‹ L'audition coloréeChapitre 4 sur 34 · Pseuilopliotesthésic · texte numérisé non relu

Pseuilopliotesthésic

Voyelles et diphtongues. — Rappelons qu’il s’agit encore ici, comme dans plusieurs des observations rapportées dans cette étude, des voyelles et diphtongues allemandes.

De petites modifications dans la prononciation amènent de grandes différences dans les sensations colorées du sujet, tandis que la diversité des caractères graphiques n’y fait presque rien. Quand les lettres sont chantées, c'est la couleur du son ou la teinte de la voix qui domine. Pour lui. Va est d’un gris bleu sombre ; Ve, gris jaunâtre clair ; presque blanc ; l’o, de couleur orange avec idée de rondeur ; Vu, brun rouge tirant sur le violet; Va, gris bleuâtre clair ; l’ô, jaunâtre clair ; Vü, d’une teinte qu’il n’a jamais vue objectivement, et qui est comme un mélange de rouge brillant avec un peu de jaune et de bleu, mais sans aucune idée de vert.

Parmi les diphtongues, les unes prennent les couleurs des voyelles composantes, tandis que quelques-unes ont une teinte propre. Ainsi ai se colore des teintes de Va et de Vi; de même ei~e — i, oi — o — i, uizzu — i, au — « —; tandis que CW est d’un brun rougeâtre clair, au d’un vert bleuâtre gris clair.

Consonnes. —Le ô est jaune gris clair ; ^3 est jaunâtre

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avec idée de rondeur ; d, jaune gris un peu sombre ; t, sombre \ g, gris jaune ; U, brun gris sombre ; f, gris transparent ; V, également ; m, brun sombre ; n, brun clair ; n, lilas gris clair transparent ; l, gris transparent ; w, gris clair transparent ; r, brun sombre en ligne horizontale ondulée ; s, couleur d’argent \ œ — h-\-s; z~t ^ s.

Mots et langues. — Les mots se colorent généralement suivant les lettres qui les composent. Cependant, quelques mots remarqués par le sujet dans son enfance et colorés par lui avant qu’il connût les lettres, sont d’une seule teinte ; ainsi müUonen est jaune avec quelques points blancs ; (mot injurieux (suisse) est d’un brun sale;

papa et mamma, ce dernier plus foncé, sont marron tous les deux. Dans ses premières années, quand il pensait à son père et à sa mère, le sujet se les figurait toujours avec des vêtements d’une certaine teinte, quoiqu’ils n’en portassent jamais de cette couleur. Plus tard, lorsqu’il se servait du mot mutter (mère), il lui semblait voir sa mère vêtue d’une robe rouge brun. Le mot Ruben lui donnait l’idée d’une figure halée par le soleil ; Joseph lui paraissait d’une teinte mêlée de jaune et sans vêtement ; Adam était bleuâtre ; Eva (Ève), d’une teinte plus claire ; Johannes (Jean) et Jacob^ couleur marron : colorations diverses que le sujet attribue aux voyelles dominantes de ces noms.

Les couleurs dominantes de certains sons de la parole peuvent parfois, dit-il, se mélanger, si les mots sont étroitement liés par une mélodie. Ainsi « G'rad ans dem Wirthshaus » {Tout droit de l’auberge, je sors, chanson très populaire en Allemagne), est d’une teinte verte ; « Ich weiss nicht was soit es bedeuten » (Je ne sais pas ce gue

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cela signifie, autre chanson populaire), est de la même couleur.

Quant aux langues, Vallemand lui paraît vert, Y anglais brun clair, le français brun sombre, Vitalien brunâtre ou bleuâtre selon la prononciation, le grec ancien jaunâtre, Vhébreu sombre.

Chiffres et figures géométriques. — Les sensations colorées secondaires déterminées par les chiffres sont absolument indépendantes de celles des sons. Le sujet n’entre pas dans les détails.

Pour les figures géométriques, une suite d’angles aigus, A A A A lui donne la sensation d’une teinte claire ; une suite d’angles obtus, /\^\/\, une teinte un peu sombre; une suite d’arcs de cercle ainsi disposés, une

nuance encore plus sombre ; un triangle, une image claire; un carré, une teinte plus sombre; un rectangle, une couleur claire ; un cercle, une teinte claire jaunâtre.

Sons et bruits. — Les sons graves sont noirs, et passent, à mesure qu’ils s’élèvent, au brun rouge puis au jaune brun; les sons moyens sont jaunes; Zcs plus élevés, d’un blanc pur.

Le bruit de la respiration vésiculaire est d’un gris transparent ; celui d’une respiration forte, d’un gris plus clair et opaque. Les bruits normaux du cœur sont d’un brun sombre allant jusqu’au noir et donnent une image de forme ovale. Le bruit de crépitement donne l’idée de points blancs; le chevrotement, l’impression d’un gris bleuâtre clair.

Voix et instruments. — Le sujet colore les timbres de voix et d’instruments. Le son d’une tige métallique, d’une

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cuillère d'argent, de certaines clocUes lui donne une sensation de bleuâtre ou de violet.

Odeurs, saveurs, tact. — Aucune odeur, aucune saveur ne peut être perçue ou pensée par le sujet sans déterminer de sensation chromatique ; cependant ces impressions sont plus faibles et s’imposent moins que celles qui naissent des sons. Le rhume change les sensations colorées qui dépendent de l’odorat.

L’odeur de la vanille donne une teinte claire légèrement violacée, presque lilas ; le parfum de la violette se traduit par un violet clair ; celui de la rose, par du rose ; l’odeur piquante de Y ammoniaque, par une teinte blanchâtre ; celle du nitrite d’amyle, par du rouge ; celle du vinaigre, également. La sensation éveillée par un parfum varie parfois avec la distance; ainsi certain parfum qui, à quelque distance, donna au sujet une idée de rouge, senti de près, lui parut d’une teinte brune ; Veau de Cologne étendue donne une couleur rougeâtre transparente ; mais sous le nez même, elle est d’une teinte grisâtre et transparente au plus haut degré.

Les sensations gustatives agréables se traduisent par des teintes également agréables. Le goût de la vanille donne la même teinte que l’odeur de cette substance ; une saveur douce se traduit par du rouge ; une saveur amère donne un brun sombre ; une saveur aigre, une teinte rouge ; une saveur piquante, alcaline, détermine la sensation d’une teinte claire légèrement jaune ; des rapports aigres se nuancent de brun rouge ; sans goût distinct, ils sont couleur de terre. Le bleu et le vert pur ne se rencontrent pas dans cette sorte de pseudo-sensations.

Les fausses sensations de couleurs qui dépendent du

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toucher proprement dit, ne sont pas nettes pour la plupart ; mais il n’en est pas de même de celles de te sensi- Ulité. Les douleurs^ par exemple, ne sont jamais senties ou pensées sans leurs couleurs propres. Elles se colorent diversement, suivant leur intensité. Les douleurs violentes s’accompagnent d’une idée de blanc ; plus intenses encore et localisées, elles vont du jaune au rouge et au brun sombre ; de sourdes douleurs de tète donnent une teinte presque noire ; des élancements, une idée de points blancs; un pincement^ une teinte jaune d’autant plus claire que la douleur est plus vive ; une démangeaison, un gris plus ou moins clair; la colique, un jaune clair pouvant passer au rouge et au brun.

Jours et mois. — Le sujet colore les uns et les autres, mais ne donne aucun détail. Nous savons seulement que les sensations chromatiques qui s’y rapportent sont indépendantes de celles des sons.

s. Pseudo-acoiiesthésic.

Le sujet n’éprouve pas seulement, avons-nous dit, des sensations lumineuses ou colorées, mais encore des pseudo-sensations de sons. Loin de toute influence lumineuse, celles-ci sont moins vives que les premières. Quand chez lui une perception objective et une pseudosensation de son ont lieu simultanément et donnent une impression identique, il a toujours quand même la notion que celle-ci est tout autre chose que celle-là, et qu’ainsi le son éveillé diffère à certains égards de celui qui est perçu par l’oreille.

Ces pseudo-sensations auditives sont éveillées souvent

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par des figures géométriques. Une suite à’angles aigus disposés comme plus haut donne la sensation d’un son élevé, sifflant ; une suite ^'angles odtus, un son grave, profond ; une suite d’arcs de cercles^ un son encore plus grave. La vue du ciel étoilé éveille l’idée d’un son aigu, très haut, un peu discontinu. Le coucher du soleil donne, au contraire, l’impression du calme, du silence. Longtemps avant de se rendre compte de ses pseudo-sensations visuelles et auditives, le sujet éprouvait, lors d’une éclipse de lune, l’impression étrange et désagréable qu’il devait entendre l’apparition de Vastre, mais toutefois que son ouïe ne serait pas assez parfaite pour cela. Il se souvient encore vivement du bruit sifflant de la comète de 1861.

Les diverses pseudo-sensations visuelles et auditives qu’il éprouve ne lui procurent ni bien-être, ni malaise ; mais elles lui sont d’un grand secours pour la mémoire. Elles sont instantanées et tellement liées aux perceptions ou aux évocations qui les déterminent que les unes ne peuvent avoir lieu sans éveiller les autres. Ces pseudosensations visuelles et auditives ne datent pas toutes de la même époque, ou du moins le sujet n’en a constaté l’existence qu’à des intervalles parfois fort éloignés. Mais depuis qu’elles lui sont connues, les unes et les autres sont restées invariables.

Deuxième observation de Bleuler et Lehmann,

PSEUDOPHOTESTHÉSIE d’ORIGINE OPTIQUE, ACOUSTIQUE, TACTILE ET PSYCHIQUE.

PSEUDO-ACOUESTHÉSIE D’ORIGINE OPTIQUE

Le sujet est une femme de cinquante ans, bonne musicienne, et mère du précédent, c’est-à-dire de B. lui-même.

Depuis l’enfance, cette dame éprouve des sensations chromatiques diverses. Cependant, la plupart de ses impressions ont bien pâli depuis lors, et ce n’est guère que de mémoire qu’elles sont rapportées. Le sujet colore les voyelles et les consonnes, les chiifres, les sons musicaux et les bruits, les sensations tactiles, les noms propres, les jours et les mois. Autant qu’on en peut juger, — car la nature de l’excitation est rarement précisée par les deux jeunes auteurs —, c’est ici un cas de pseudopUotesthésie à^or'igine optique^ à.’origine acoustique, ^‘origine tactile et d’origine purement psychique. La sensation chromatique est généralement extériorisée, et

(1) Bleuler et Lehmann. Zwangsmûssige lichtempfindungen, etc., p. 77.

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semble siéger au point de départ de la sensation première objective. Il y a aussi, semble-t-il, de la pseudo-acouesüiésîe.

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