‹ L'audition et ses organesChapitre 6 sur 92 · AL · texte numérisé non relu

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FiG. 5.

DiCTércntes formes des tracés de A, suivant l'intensité et l'acuité.

Or le mouvement seul a été changé, on le voit, dans cette expérience.

L'épreuve inverse (ralentissement de la rotation) amènerait aux mômes conclusions. La constitution de la période est un facteur ; le mouvement rotatoire en est un autre, tous deux

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sont ^iifs ; et Toreille ne sent qu'un rapide défilé d'excitations ou de chocs. Le mouvement est l'âme de la sensation sonore.

Rapidité de succession, multiplicité des chocs, périodicité des éléments d'excitation ; c'est-à-dire régularité des mouvements : ce sont les conditions d'origine du son musical.

Mouvement périodique; la période, qualité de la sensation sonore. — Un son musical est un son périodique; il frappe agréablement l'oreille ; la périodicité de l'excitation, sa régularité sont des conditions qui plaisent et qui facilitent sans doute la fonction sensorielle. La succession des périodes réglées soulage l'attention et repose, car elle exige moins d'efiforts d'adaptation de l'organe ou des séries d'efforts analogues et presque égaux.

Le rythme, la mesure, la périodicité sont des formes d'excitations cérébrales et sensorielles par excellence; ce sont celles de la durée et de la résistance également, comme cela est appréciable pour tous les mouvements, chez l'homme et dans les machines.

Les irrégularités de marche, les ruptures et les décompositions de mouvements sont un mode particulièrement excitant, mais plutôt irritant et surtout fatigant, des phénomènes observés, comme de tout travail effectué. L'énergie des actes extérieurs sollicite celle de l'organisme, leur irrégularité cause la fatigue. Or l'audition est un travail; l'organe subit l'assaut des vibrations sonores, et les centres nerveux éprouvent moins de fatigue à se pénétrer d'impressions régulièrement espacées dont le courant réglé les entraîne sans effort, pour ainsi dire.

L'accoutumance est en effet vite créée par une répétition d'ondes associées par un mouvement musical : c'est le secret de l'action énergique et douce tout à la fois de la musique. J'ajouterai que, l'élasticité de nos tissus et de nos appareils auriculaires jouant le premier rôle dans la réception des excitations sensorielles, la forme pendulaire de ces communications de mouvements de l'extérieur à l'intérieur des instruments delà connaissance ne fait point doute; et la période qui réunit un certain nombre de ces mouvements vibratoires moléculaires, infiniment petits, devient par suite une caractéristique fondamentale de la sensation.

On peut comprendre au moins que la capacité de notre sensihililé est bien plus grande pour connaître et éprouver ces sortes de mouvements périodiques qui dépendent de la nature même de notre constitution organique et des propriétés physiques générales de nos tissus.

L'élasticité et la mobilité sont les propriétés communes à ceux-ci et aux autres corps extérieurs et par lesquelles ils se joignent et entrent en communication. Le son, essentiellement périodique, doit à ces conditions d'être des plus pénétrants et des plus sympathiques.

D'autre part, Tirrégularité, Tinconnu, la complexité des bruits, des sons qui composent le bruit et en donnent 1» sensation en sont bian les éléments caractéristiques et étiologiques.

Les expériences des physiologistes, de Wundt surtout, ont permis d'apprécier les différences extrêmes de réceptivité de nos appareils sensoriels et de notre système nerveux pour les bruits et pour les sons périodiques.

Dans les alternances régulières la réponse du sujet à l'exci-» tation expérimentale est bien plus rapide ; et si l'individu connaît le rythme des sons émis par l'action de la mémoire, i) advient qu'il réagit encore plus rapidement, môme au point qu'il arrive à devancer l'excitation dans ses réponses (i) (sensation attendue).

La sensation du bruit est rendue confuse par suite de la lenteur des impressions, qui peut être comparée avec celle d'un son régulier, dans le rapport de iio par exemple (pour un son fort) à 189; tandis que, pour celui d'un son faible, régulier, à un son faible, irrégulier dans ses alternances, Wundt donne le rapport de 127 à 298.

La périodicité est donc une condition excellente de Taudition.

Un son musical est identique à un autre quand il est dû au même nombre de vibrations dans le môme temps à intensités égales.

Un son est différent d'un autre soit par son intensité, soit par sa tonalité, soit par sa durée, soit par sa direction, son timbre, son origine; soit par sa composition, soit parles sensa-

(1) Richet, Dictionnaire de physiologie, p. 27, cerveau; Paris, F. Alcan.

lions qu'il fait naître dans les organes autres que l'oreille ou dans Toreille elle-même (douleurs, agacements, peur, souvenir, plaisir, excitation vive motrice, inhibition, etc.). Dans la parole humaine, dans le langage articulé, toutes ces alternatives, toutes les qualités des sons se succèdent avec rapidité, ce qui exige de Tappareil auditif qui les ressent une flexibilité, une élasticité remarquables des parties vibrantes, organes de transmission de ces mouvements, et une sensibilité exquise de la partie nerveuse, chargée de percevoir cette extrême variété de sensations.

§ IL — t La dubée du phénomène vibratoire sonore

Mais la capacité d'entendre a des limites, et nous avons beau tendre l'oreille, bien des sons passent inaperçus ; il y a, il est vrai, par suite de l'éducation du sens, un dressage particulier qui augmente, nos aptitudes et les approprie à un but donné (sons musicaux, bruits de la nature, des forêts, langage articulé, etc.); mais le phénomène sonore, pour être perçu, doit durer un certain temps, et posséder une intensité suffisante pour émouvoir l'air, l'oreille et atteindre le nerf acoustique.

Il faut, pour trouver accès, qu'il persiste un moment assez long pour attirer l'attention, pour être manifeste, et apparaître à la conscience. A ce propos, nous ne ferons que rappeler l'importance du milieu aérien dans la propagation des ondes sonores. De toute façon, le son s'éteint plus facilement à l'air libre, l'amplitude des vibrations diminuant alors rapidement (comme le carré des distances). Un son continu, à intensité égale, est plus longtemps perçu, même par le sourd; l'épreuve acoumétrique des diapasons montre bien cette supériorité des sons continus au point de vue de la pénétration au cœur des centres auditifs.

Les expériences suivantes m'ont permis de rendre évidente cette influence de la durée de l'excitation sensorielle qui est nécessaire pour obtenir la sensation sonore.

Expérience I. — Avec la montre : i° dans un premier

temps, Tobservateur s'assure de la portée de Touïe du sujet en portant la montre à distance, dans l'axe du conduit, et la rapprochant jusqu'au point où le sujet indique une audition franche ; 2° dans les limites ainsi reconnues, on fait plus ou moins vite passer et repasser la montre, tenue à pleine main, au-devant de l'oreille. On constate alors que, dès que les passages deviennent un peu rapides (2, 3 à 4 paV seconde), l'audition cesse; 3® et cependant au repos, à la môme distance du méat, la montre est bien nettement entendue. Le nombre des passages par seconde nécessaire pour arriver à éteindre la sensation, ou la vitesse du passage du son, fournissent la plus petite durée de l'excitation sonore suffisante pour qu'il y ait sensation.

En passant trop vite, l'impression est trop courte pour causer une sensation ; avec un peu plus de lenteur, celle-ci reparaît à chaque passage de la montre au méat.

L'oreille normale perçoit le diapason la 3, s'il ne passe pas plus de quatre fois par seconde à la distance de 4 à 5 centimètres du méat auditif; plus vite, l'audition reste nulle, et cependant la sensation a lieu à l'arrêt.

Au moyen d'un tube de caoutchouc adapté à l'oreille, on peut aussi exécuter cette expérience. C'est devant l'extrémité du tube qu'on fait passer et repasser la montre ou plutôt un diapason.

Vu l'importance du fait, j'ai cherché à le mesurer d'une façon scientifique et à le rendre pratiquement démonstratif avec le dispositif suivant (t. II, Études d'otoL, et Bull. Société de Biologie) (V. fig. 6).

Expérience IL Mensuration avec le ressort pendulaire. — Une lame d'acier de 60 centimètres de longueur est fixée solidement à une masse immobile par une de ses extrémités. L'autre oscille dans un plan horizontal au-dessus d'un cadran en demi-cercle, gradué, dont le zéro correspond à la position de repos. Cette extrémité libre porte un diapason la 3 volumineux (10 cent, de long), qui se meut avecelle.

En face du zéro, une planche verticale fixe, trouée pour recevoir l'oreille du sujet en observation, l'isole de la lame élastique et dû diapason. Tout mis en place, si l'on éloigne le bout de la lame élastique du zéro du cadran, on lui fait exécuter des oscillations d'autant plus grandes qu'on l'a écarté

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davanlage;et plus le diapason se trouve ainsi porté loin du o, plus le temps de passage au-devant de l'oreille du sujet est court, puisque, d'après les lois du pendule, ces oscillations ont lieu dans le même temps. La durée de l'impression est donc mensurable par ce dispositif, et par suite l'acuité auditive mesurée; car on la juge d'autant meilleure que la sensa-

FiG. 6

A. Lomé d'acier longue detoeenlimètrea, fiiepar une e:ilpéniitC. dont l'autre oscille avec le diap.ison ou avec un téléphone C au-dessus de D. — D. Règle graduée courbe, dont le zéro médian correspond il la posilion d'équilibre

l'audiljon, et l'Isole de l'eitrêmilé de la lame élastique qui rase l'oreille dans ses ascillalions.

tion a pu avoir lieu avec un écartement plus étendu, qui donne une vitesse plus grande et une durée de passage et d'excitation sonore plus faible.

Comme je l'ai dit, on oblientainsi la mesure de l'acuité auditive, basée sur la durée de l'excllalion nécessaire à la perception.

Or, la durée de l'oscillation est à Paris d'un quart de seconde ; si l'on porte le diapason avec la lame à lo centimètres du zéro, l'oscillation aura 20 centimètres de longueur totale ;

3o l'audition et ses organes

le diapason, par suite, traversera le zéro à son passage en face de l'oreille, en un Ho*^ de seconde.

Si le sujet perçoit le son de Tinstrument vibrant et qu'après des examens réitérés ce soit la limite extrême de sa perception, on conclut qu'une excitation vibratoire de i /So** de seconde suffit à amener la sensation sonore. A d'autres, il faut 1/20* de seconde, 1/10% etc. Plus long est le temps de passag-e nécessaire pour percevoir le son, moins active est l'audition. • L'expérience montre que peu d'oreilles saines peuvent être impressionnées encore au delà de 1/120® de seconde (c'està-dire le diapason écarté à 1 5 centimètres, ce qui donne 3o centimètres d'oscillation totale et un passage devant le méat d'une durée de 1/120*^ de seconde).

A ce propos, il faut rappeler que Helmhoitz, dans ses expériences sur les battements, a pu reconnaître des battements de cent trente-deux à la seconde.

Ce sont les limites de la sensation possible quand les durées d'impression sont si faibles; encore y faut-il une oreille exercée et savante.

D'après cette expérience, on juge que l'audition est d'autant meilleure qu'elle exige un temps moindre pour chaque impression bien nette. Pour avoir une intensité connue, constante, j'ai utilisé le téléphone mis à la place du diapason ; celui-ci était mû par un courant, et l'intensité du son gradué au moyen de la bobine à chariot.

Les résultats sont identiques aux précédents.

La durée de l'impression est un élément des plus importants pour ouïr. C'est pour cette raison que les gens durs d'oreilles, qui ne perçoivent plus les paroles débitées rapidement, peuvent souvent comprendre les mêmes mots dits avec lenteur.

M*"® X... entend et distingue très bien le mot « Chicago », prononcé en une seconde ; si je le parle en une demiseconde, elle ne sent plus qu'un bruit indistinct.

Une autre personne entendra « go », la dernière syllabe, plus accentuée, mais très insuffisamment. D'autres n'entendent qu'un bruit indistinct, et d'autres rien du tout. Beaucoup d'oreilles ressemblent à un miroir dépoli ou couvert de buée, l'image s'y forme mal ou reste incomplète, et difficilement reconnaissable. On y arrive, mais il faut plus de temps.

Est-il besoin de dire de quelle nécessité est la durée d'une

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sensation sonore au point de vue de la formation des images acoustiques et de Ist mémoire des sons ? Le son est d'abord perçu, puis Timage est reconnue, et sa signification trouvée.

De la sensation initiale du soii-voyelle, puis de la syllabe, puis du mot prononcé à sa compréhension, à sa reconnaissance et au retour de l'idée qu'il exprime, il y a un long chemin parcouru ; et cela prend un temps appt-éciable, surtout facile à mesurer dans le cas d'affaiblissement de Totiie.

L'examen de ces durées de l'impression sonore nécessaire, et des intervalles entre deux impressions indispensables à une bonne audition, est relativement commode à faire au moyen du microphonographe. On constate sans peine l'influence de la vitesse du débit, de la succession des sons, des syllabes, des notes sur leur exacte reconnaissance.

Par un dispositif relativement simple, je suis arrivé à calculer, avec une approximation suffisante, la durée des sons et celle des intervalles, pendant que le rouleau tourne et que les paroles sont reproduites par l'instrument. On comprend que l'inscription sur la cire peut aussi, dès l'abord, être exécutée, le métronome servant de guide, le mouvement de rotation restant le même pendant tout le temps de l'opération.

L'intérêt de savoir le débit par seconde d'un rouleau sur lequel sont inscrites des syllabes, des sons-voyelles simples, est évident puisque le temps joue un rôle majeur dans l'impression que le son fait sur l'oreille du sourd. L'audition sera jugée d'autant plus mauvaise que les sons, pour faire sensation, devront se succéder à intervalles plus longs et posséder eux-mêmes une continuité plus persistante.

Tel sujet qui sent très bien se succéder les sons té^ pé, së^ ré^ dits à une seconde de distance, peut ne point entendre té té, pé pé, ré ré^ etc., dits à une demi-seconde l'un de l'autre, ainsi de suite.

Mon dispositif fournit ces renseignements et permet aussi de suivre de près les notes prononcées, pour les choisir, les répéter et reprendre la leçon à un point utile. J'ai pu, par cet artifice, disposer un certain nombre de rouleaux inscrits, où les durées et les vitesses de succession sont connues ; ce qui m'a donné la possibilité de comparer les résultats et d'apprécier les progrès obtenus aussi bien que les degrés de surdité.

La répétition du son peut, on le sait, l'imposer à la cons-

cience et provoquer le retour de sa représentation au point d'en faire une obsession tyrannique. N'est-ce pas ainsi que Ton apprend à parler, à chanter aux enfants, et qu'on réveille l'ouïe des sourds-muets eux-mêmes ? La persistance de l'excitation, la durée prolongée du son, sa répétition à satiété, pour ainsi dire, provoquent, peu à peu, môme chez les tout jeunes enfants (à trois mois môme), une tendance à l'expression, à l'adaptation, des mouvements d'imitation de la sensation perçue. C'est tout le mystère de l'éducation auditive des sourds-muets par les exercices acoustiques, tels que je les ai institués avec le microphonographe de Dussault. Je me suis rappelé que Taine dit expressément que nous avons des tendances à nommer, c'est-à-dire qu'éprouver une sensation sonore ou autre et l'exprimer, la dépeindre, la reproduire sont des actes connexes; et l'expérience montre que c'est vrai. (Voir plus loin : Durée de réaction d'une excitation acoustique.)

§111. — Intensité du son, portée de l'ouïe

Limite de perception des sons. — L'intensité du son dépend de la densité de l'air au sein duquel il s'est produit, et nullement de celle de l'air où il est entendu (Tyndall). Nous savons que la vitesse du son dans l'air est surtout en proportion de son élasticité, et l'étude de la physiologie de la caisse du tympan nous apprendra que sa conductibilité est également en rapport avec l'élasticité et la mobilité des parties auriculaires.

La limite à laquelle une oreille saine ou affaiblie cesse d'entendre un son donné (voix, parole, montre, diapason, etc.) s'appelle sa portée. La portée de l'ouïe est très variable, et sa connaissance prend une importance particulière au point de vue pratique, notamment en ce qui concerne les signaux sonores (marine, chemins de fer), indispensables quand le brouillard éteint les signaux lumineux. L'étude de la portée de l'ouïe est aussi une partie importante de la sémiotique auriculaire ; ce n'est pas le lieu de dire comment on doit la rechercher.

La loi militaire admet, comme limite de l'audition audessous de laquelle le sujet est inadmissible au service militaire, celle de la voix murmurée à vingt-cinq mètres; mais les conditions du milieu modifient beaucoup cette moyenne et lui ôtent de la valeur ; c'est une limite extrême, de convention. A Tair libre, la force du son diminue rapidement ; son intensité se perd en proportion du carré de la distance de Toreille au corps sonore ; de plus, elle est proportionnelle au carré de la vitesse de chaque molécule en vibration.

Une expérience de Regnault montre que la propagation des ondes dans l'air continue cependant encore, bien que la sensation auditive n'ait plus lieu. On sait que la propagation d'une onde sonore n'est pas un mouvement de translation des molécules d'air, chaque molécule ne fait qu'une petite excursion de va-et-vient; c'est la longueur de cette excursion qu'on nomme l'amplitude de la vibration.

Mais ce mouvement peut exister sans influencer Toreille, parce qu'il n'a pas ou n'a plus l'intensité suffisante.

Regnault, au moyen des membranes tendues placées sur le parcours du courant vibratoire, dans les conduites de la Ville, a constaté que la sensation sonore étant devenue nulle, impossible à i.i5o mètres, par exemple, la membrane révélatrice placée à une très grande distance au delà de ce point indiquait encore par ses oscillations l'action continue des vibrations de l'air : notre capacité auditive a donc des bornes. L'intensité est la première condition pour qu'un son soit perçu. Nous verrons, d'autre part, que certaines portions du tympan vibrent plus facilement, sous l'action des ébranlements les plus légers, et possèdent une vibratilité, une sensibilité plus grandes. L'onde vibratoire chemine donc bien longtemps encore après que l'oreille a cessé d'en être impressionnée ; les vibrations ne sont plus senties, mais elles existent; c'est-à-dire que le tympan peut continuer à vibrer, mais sans qu'il y ait une action suffisante sur le nerf sensible ; or, le son est le produit des ébranlements perçus par celui-ci.

Ces mouvements insensibles existent aussi chez le sourd, dont Torgane raidi exige une plus forte intensité sonore ; ces légères secousses peuvent être perçues tactilement, mais n'arrivent plus à émouvoir l'acoustique.

Un son, môme assez intense, qui dure sans arrêt, le sifflet

Gellé. 3

d'une machine, le bruit de la roue du moulin, etc., cessent d'être perçus par la puissance de Thabitude ; la continuité de l'excitation finit par émousser la sensibilité et lasser Tattention, surtout pour ce son. Cependant, il y a unesensation; car la suppression brusque de cette excitation accoutumée amène par contre une secousse particulièrement sentie ; et celui qui dormait au bruit continu s'éveille s'il y a un arrêt. Concluons que nous sentons mieux des différences, des rapports, des successions de nos sensations, et aussi qu'il existe des sensations subconscientes. Les inégalités individuelles de l'audition montrent que le « seuil de l'audition consciente » diffère chez chacun de nous.

Nous sommes de même habitués au bruit de Paris qui incommode les voyageurs venus de province ; c'est que Tintensité du son perçu est en raison inverse du bruit ambiant ; nous saisissons par l'ouïe la différence. Ce travail est difficile ou impossible quand un bruit fort s'impose et même pour le bien entendant. Il est vrai que certaines sensations sonores subjectives (bourdonnements) disparaissent dans ce brouhaha de la grande ville ; c'est une compensation ; mais le bruit de Paris, de toutes façons, est une grande cause d'énervement pour les organismes affaiblis, pour les convalescents et les névrosés. Ils doivent vivre à la campagne, loin des routes, des gares, des usines. Toute sensation vive leur est une source d'émotions, de douleurs, de trouble profond dans la capacité de sentir.

Il en est pareillement des bruits de marteaux, de ferrailles et des sifflets de chemin de fer, etc., pour tous si blessants et si épuisants.

Cependant certains sourds entendent mieux, même assez pour converser, aussitôt que ces bruits, assourdissants pour les entendants, envahissent le milieu. C'est là un cas assez commun, et c'est un des phénomènes paradoxaux les plus curieux. Un homme âgé, intelligent, éourd depuis 20 ans au moins, entend facilement les paroles auprès d'une cascade bruyante voisine ; mais il n'entend pas le bruit de celle-ci ce^ pendant. Cette action dynamogénique d'un bruit non perçu ne manque pas d'intérêt, ce me semble.

L'organisme éprouve l'effet deis phénomènes avant d'eil prendre connaissance.

l'excitant de l'ouïe, vibrations sonores 35

Il se produit là une excitation nerveuse, une hyperexcilation cérébrale, par les trépidations sans doute.

Politzer pense que celles-ci mettent en branle l'appareil auriculaire raidi et le son passe. En plus de la dynamogénie admise aussi par M. Duval, je crois que la sensation tactile (trépidation) éveille l'attention ; et de plus que les grandes vibrations propagent les petites ; entre les trépidations et les vibrations, c'est l'intensité seule qui diffère. Nous étudierons plus loin les causes de l'amélioration de la surdité dans le bruit. Quand on a l'ouïe bonne, il est connu de tous qu'on entend mieux dans le silence, et plus la nuit.

Ainsi un son trop faible est imperceptible ; mais un son trop fort est indistinct. Les sensations auditives sont donc très variées et non forcément en rapport avec l'intensité. Celle-ci est due à l'amplitude des ondes sonores ; elle est comme le carré de l'amplitude dont l'énergie est commandée par la plus ou moins grande force de l'ébranlement initial, et par la masse du corps générateur du mouvement vibratoire.

L'intensité du son tient d'abord et principalement à la force initiale du phénomène vibratoire ; c'est une action mécanique qui commande la sensation sonore. Un son est plus fort, parce que le nerf acoustique est fortement ébranlé et plus profondément touché. On comprend par là que les conditions de sensibilité dans lesquelles il se trouve influent également sur la sensation perçue.

D'autre part, c'est par l'appareil périphérique de l'audition que le nerf est frappé par le courant, par le choc vibratoire ; c'est lui qui propage les vibrations venues de l'air jusqu'au nerf spécial ; l'influence des propriétés de conduction de ces parties externes de l'oreille est ainsi précisée et bien établie. C'est une troisième condition de l'intensité du son. Enfin l'air apporte les vibrations à l'organe de l'ouïe ; il agit donc énergiquement dans la propagation, puisque celles-ci ont accès dans l'oreille : ainsi la sensation dépend de l'ébranlement initial, de l'air vecteur, de l'oreille qui transmet, du nerf qui reçoit, du centre impressionné enfin. De l'air, le mouvement vibratoire se propage par la membrane du tympan. On connaît tout le parti que Savart a su tirer de la « sensibilité » des membranes aux vibrations. Or, tout l'appareit^uditif est constitué par des membranes tendues; et il est logique d'atlri*

buerles propriétés, signalées par Savart, et reconnues parles auteurs aux membranes, au tympan et aux autres tissus membraneux intérieurs de cet organe. Les membranes tendues vibrent à l'unisson de tous les sons qui les ébranlent avec la plus grande facilité.

On comprend alors toute la délicatesse de la conduction de Torgane auditif, et les lois de cette propagation.

C*est dans cet ordre d'idées que l'application du phonographe à l'étude de l'audition est féconde en résultats d'ob- -servation ; aussi en userons-nous dans ce travail, les plaques minces et les membranes tendues ayant la plus grande analogie au point de vue des propriétés.

Effets produits et leur variation avec l'intensité. — L'inspection des tracés phonographiques montre bien le rôle de l'intensité sonore et les effets de l'action vibratoire quand son énergie est accentuée.

Dans ce cas, les sillons et les figures sont inscrits en creux plus marqués; les périodes sont plus nettement limitées et dessinées ; mais si le son est émis avec éclats, si la voyelle A (fig. 5, 7), par exemple, est dite avec une explosive comme T, dans T A, tout le tableau change. La membrane (disque) du phonographe a reçu une rapide succession d'ondes vives et amples ; le soc du style-graveur, qui oscille avec elle, a entaillé profondément la cire du rouleau, et laissé des empreintes dont les contours et les creux accusés révèlent l'intensité des chocs sonores. Si le son est plus violent encore, il y a plus d'ampleur dans l'ébranlement ; la membrane réagit en proportion, et, d'abord déplacée vivement du côté du rouleau de cire, elle revient brusquement par Toscillation de retour vers le dehors avec la même force ; aussi le soc, ou pointe du style-graveur, saute-t-il au-dessus de la surface du rouleau ; il s'en écarte trop, et cesse de la toucher, tandis que la rotation continue. Alors à l'inspection on constate de très nettes interruptions du sillon tracé, à ce moment ; et ces intervalles, espacés entre les entailles profondes et courtes, et quelquefois réduites à de simples traits ou crans, par la succession des ébranlements inégaux en intensité, sont caractéristiques des déformations de la période par l'excès de l'énergie vibratoire.

Mais comme résultat sonore, au point de vue de la sensation auditive, c'est déplorable.

l'excitant de l'oûie, vibrations sonores

Ceschocsespacés,discontinus, que les tracés indiquent si nettement dans les éclats de voix et les forte, nous ramènent à la

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