‹ L'audition et ses organesChapitre 7 sur 92 · XI · texte numérisé non relu

XI

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a. période retour

MM.Mnn

FiG. 7.

^é-Zfe' J^ûif.

Le graphique (schéma) des modifications subies par la voyelle A dans ta, etc., et autres explosives. Les périodes décomposées au début, puis reformées, puis altérées de nouveau dans les forte, enfln reparaissent quand le son moins intense est plus doux.

sensation de sons discontinus que Savart obtenait avec la roue dentée quand elle ne donnait qu'un chiffre de vibrations inférieur à trente-deux, c'est-à-dire un son ronflant, crépitant, avec battements réguliers, mais qui irritent Toreille et la fatiguent sans permettre une différenciation, une distinction de tona-

lité, de timbre, une reconnaissance de la sensation éprouvée. C'est là un effet fatal de Fintensité exagérée ; et qui tient k la structure même de l'organe de l'ouïe. Ses membranes vibrantes oscillent avec une amplitude extrême ; l'appareil de transmission est secoué violemment et soumis l\ des ébranlements anormaux; il en résulte unmartèlement,une trépidation, par suite des interruptions du courant sonore qui empêchent l'audition. Nous verrons que l'excès d'intensité nuit à tout le monde, mais surtout aux organes affaiblis et aux névrosés. Ce sont, en effet, de vraies commotions que Foreille subit en pareil cas et qu'elle supporte d'autant plus mal qu'elle est plus faible.

L'étude attentive des tracés, aux points où le son devient assez fort pour donner lieu à ces ronflements, à ces crépitations discordantes, éclaire très vivement la question des limites de l'audition au point de vue de l'intensité de la perception. Pour qu'un son soit distinct, il doit être donné avec une force telle que ces écarts d'amplitude de l'appareil conducteur soient évités.

De plus, on constate qu'il existe des limites à notre capacité de sentir, et surtout de distinguer les sensations sonores au rapport de leur énergie ; mais ne voit-on pas qu'il en est ainsi de tous nos organes des sens ; et que leurs capacités ont des bornes au delà desquelles il y a commotion, choc, trouble, émotion, mais sans analyse, sans différenciation, sans reconnaissance, sans rien de précis et d'exact dans la sensation, qui devient douloureuse, en même temps qu'indistincte, comme un bruit violent.

La membrane vibre en proportion des chocs qui lui sont transmis. Malgré ces déformations des périodes caractéristiques, il y a, cependant persistance des ondes avec leur caractère franchement périodique dans le dessin total du son inscrit» Au reste, le son émis par le parleur sort continu, bien clair, bien franc, et ne montre que dans les intensités extrêmes des battements ou un ronflement ; on peut à volonté le reproduire et l'analyser.

Si au lieu d'une syllabe c'est un chanl sur A, par exemple, d'une voix de femme, qu'on examine à ce point de vue au microscope (g. 25), on trouve sur la surface du rouleau des creux de profondeurs diverses, en rangées symé-

l'excitant de l'ouïe, vibrations sonores 39

triques, d'autant plus nombreux que le son est plus aigu,

d'autant plus gros et simples que le son est plus intense.

Avec un débit ordinaire, calme, on aperçoit sur la cire

" les périodes à forme pendulaire uniformes, qui constituent

Afortissimo

profîll

+ lent A.

ice

face

profil V]

AMUi

A iaible . chant é . finale

A. parlé . moyenne len t

ûe//e Arj'L

FiG. 8.

les éléments primaires inscrits. Les phases de condensation et de raréfaction sont indiquées par deux empreintes, arrondies en forme d'O, jointes ensemble, ou à peine séparées entre elles, et un peu plus isolées des suivants dans le sillon (fig.5,7, 8).

4o l'audition et ses organes

Celte simplification de la période de A est extrêmement intéressante à constater; la voix parlée a d'autres caractères, bien nets et typiques au contraire, tandis qu'ici on dirait d'un graphique d'un morceau de musique instrumentale. Il y a là une différence, sur laquelle nous reviendrons bientôt, car elle n'a, que je sache, jamais été signalée. La note en réalité sonne bien mieux; mais le son- voyelle est presque nul, indistinct, et très mollement inscrit sur le tracé (fig. 8).

Les qualités de résonance dans le chant influencent donc moins le son laryngé qui sort pur et n'offre plus, dans la voix chantée de la femme surtout, un timbre spécial, mais des variations de hauteur seulement : on sait que la tonalité est chez elle au moins d'une octave au-dessus de celle de l'homme.

Cependant on peut reconnaître encore les paroles, si la dietion est bonne ; les forte seuls sont peu nets. Dans les tonalités très aiguës, il en est de même pour la plupart des voyelles. Les grands traits de la période caractéristique sont évidents dans les intensités moyennes seules.

Sur les graphiques phonographiques de voix d'homme chantée, on verra plus loin combien, dans lès sons élevés, les tracés se rapprochent évidemment de ceux à périodes si simples du diapason même.

Réduction et simplification de la période sont les deux manifestations de la force, de la hauteur des sons et de la vitesse de l'écoulement des périodes. L'artiste, pour obtenir de la force et des sons aigus, suspend la syllabation ou la supprime même (F. 3).

On remarque à ce moment que le son apparaît comme une note pure; et qu'aussi le son-voyelle est indistinct ou le plus souvent peu reconnaissable. La vocalisation sur la voyelle A montre ces nuances, et les graphiques de cette voyelle qui se dessinent différents suivant la hauteur peuvent perdre absolument leur caractère vocal et garder leur allure musicale seule.

Le graphique indique fidèlement ces modifications; on doit en conclure que l'articulation et la formation des voyelles qui s'ajoutent au son laryngé, étant de purs artifices appris, cessent de se manifester dans les grandes vitesses de vibrations, qui utiHsent le son musical laryngien presque seul.

Une trop grande énergie dans l'émission réduit la voix au son laryngien.

l'excitant de l'ouïe, vibrations sonores 4i

Mes graphiques, mes phonogrammes, sont très démonstratifs de ces effets de l'intensité.

La sensation éprouvée dans ces conditions se rapproche évidemment beaucoup de celle des bruits ; les éclats de voix sont peu harmoniques le plus souvent et peu distincts. D'autre part, au moyen de la sirène de Seebeck, on peut se rendre compte de l'influence de la force de la soufflerie sur l'intensité du son ; d'ailleurs, chacun sait au reste et sent que les sons qu'il émet lui-même à pleins poumons vibrent avec une vigueur bien différente de ceux donnés sans effort; leur portée est également tout opposée ; les tracés phonographiques révèlent toutes ces nuances, à l'inspection ou à l'oreille.

Formes simples des périodes des sons-voyelles. Périodes de la voix chaniée. — Pour comprendre la période, il n'est rien de mieux que de lire le tracé phonographique des sons de voyelles, syllabes ou mots, inscrits sur un ton monotone, sans force, sans effet d'accent, de hauteur et d'iniensité ; on trouve la période de la voix et de la parole ordinaire, aussi peu individualisées que possible... On obtient ainsi un type moyen, autour duquel se groupent une foule de variétés plus difficiles à reconnaître, mais qui n'ont pas à nous occuper pour le moment.

Je donne ici les graphiques de sons-voyelles seuls et d'autres où ils sont accompagnés de consonnes par comparaison. Il est visible que chacune des voyelles a un tracé à elle, bien particulier, et c'est par la connaissance de ce tracé qu'il faut débuter, sans cependant croire que c'est une figure immuable; il s'en faut de tout, ainsi que l'inspection du moindre graphique d'une phrase permet de le constater (V. fig. 8 et précédentes).

Intensités diverses des sons- voyelles. — C'est par l'action des mômes causes, c'est-à-dire par les différences dans le volume et la force de l'air expiré dans la parole, que les voyelles sortent très dissemblables sous le rapport de l'intensité sonore ; cela tient à leur mode de formation et d'émission : on sait en effet que l'appareil de résonance buccal se rétrécit de A à I ; A sera donc toujours d'une sonorité plus grande que I (F. 5, 8 et profils).

Les inscriptions phonographiques, d'autant plus creuses que la voix est plus forte, traduisent exactement ces différences de

sonorité caraclérisliquo do chaque son-voyoUc ; ainsi A est aussi creusé et aussi sonore que I Test peu. Mais, par contre, I supporte sans se déformer ni s'altérer Teffort du souffle qui nuit à la netteté du son pur A et modifie son timbre. On peut comparer à ce point de vue les tracés ci-joints

simple

l'r^liasc 2*pliase

vite dgu violent «xplosif

A'baa.le nt et fa ible pénode

A répété

A ivn

fon

^ ■llll y i

ijia

■Il Mil I

tort

^iiiiiiii simili

simple

fort

eaplotiii

'SKJmsrsDt,

cr

fon

faible

GeUe £edt.

FiG. 9i

On voit la période isolée de A et les modifications imprimées sous Tinflucnce de l'intensité dans le tracé des sons-voyelles : A, £, /, 0, V.

de la lettre A par exemple, qui se prononce avec le canal de résonance ouvert, les cavités pharyngo-buccales et la bouche béantes, avec celui de la lettre I ou de É qui se produisent dans les conditions opposées, les voies de Fair très resserrées. Disons à ce propos qu'il entre un facteur particulier de la finesse et de la faiblesse des creux et stries qui composent la période de ces deux derniers sons (I, É) sur le graphique.

On remarque on effet que le sillon tracé n'est pas superficiel, tant s*cn faut, et que la cire a été profondément entaillée par

AI è. fort-

ZJB

profiJÎ

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IZIEIEI

le fort

zie'fûrt exploaif

JL Ji Jl

profil 2

"<■) ^E'm^mbWL .

fm

GeJJè fedt.

FiG. 10.

C'esl le graphique réduil du mol « Ayez ! », qui s'inscrit ainsi : É, puis succède un silence ; c'est-à-dire qu'il y a un intervalle entre cette voyelle et / qui vient, mais vite suivi de /É, très forts, explosifs, et non séparés.

le soc graveur ; mais les détails des éléments partiels sont à peine indiqués au fond et sur les bords ; et souvent ils ne sont visibles qu'au début de la période et encore en petit nombre.

44 i/auditjon et ses organes

Cela s'expliquera si Ton réfléchit qu'il y a une tension forte (une pression même) de la membrane vibrante au moment de la production de ces sons, et que la période montre des limites nettes, tranchées ; ce sont les éléments partiels qui restent peu visibles au microscope par l'effet de cette surtension indispensable, tant ils sont rapides et multiples dans un temps donné (V. fîg. 9 et lo).

La deuxième phase de la période de ces sons surtout est insuffisamment écrite et son dessin peu manifeste. Cependant Tonde et ses phases sont encore reconnaissables et indiquées nettement dans le cas où l'on a forcé le son.

Cette faiblesse tient à ce que les voyelles I et E s'obtiennent par une impulsion vive du souffle, mais au moment d'un rétrécissement intense des voies pharyngo-buccales de résonance ; et l'on sait que, sur la cire du phonographe, c'est la profondeur des figures tracées qui caractérise l'intensité des sons émis ; à simple vue, dans une série on reconnaît les forte à la vigueur de l'impression des graphiques. La figure 10 montre dans « Ayez » ces nuances et les déformations des périodes de É, L

Effets physiologiques de l'intensité. — L'intensité de la sensation sonore est donc en proportion de la force vive du courant aérien sonore, cette notion offre un intérêt particulier dans l'inscription des paroles sur le rouleau, car cette force vive se retrouve dans le son reproduit.

Si un fort courant vibratoire frappe directement l'oreille et de trop près, cela peut prendre les proportions et avoir les suites d'un acte traumatique.

Alors l'ébranlement blesse l'organe comme un coup. Le jierf est excité d'une façon dangereuse ; et le cerveau en éprouve de douloureuses secousses; on voit, à la suite, la syncope, l'inhibition motrice, le vertige avec chute apparaître chez les sujets prédisposés, absolument comme dans le cas d'une contusion sur l'orifice de l'oreille.

Cette brutale commotion envahit toute la tête. Le tympan est vivement ébranlé, et peut se briser et se déchirer, pu il subit une distension anormale suivie d'un relâchement nuisible à la fonction. D'autre part, les muscles du tympan, protecteurs de l'ouïe, qui jouent un rôle analogue à celui des muscles des paupières pour la vue, sont alors parfois pris de

l'excitant de l'ouïe, vibrations sonores 45

spasmes ou de contractures ; et le sujet est surpris de Tapparition d'une surdité passagère unilatérale ou bilatérale, qui s'explique ainsi. Parfois on constate qu'un afTaiblissement de l'audition antérieur s'est subitement aggravé par cet accident (coups de canon, etc.).

Il découle de la connaissance de ces notions des déductions pratiques intéressantes ; une intensité extrême de rémission des sons n'amène pas forcément l'audition chez les sourds, car sous son impression l'oreille saisie se ferme, comme l'œil, à trop de lumière. De plus, Vintensité nuit à la distinction et à V orientation.

Une trop grande intensité des bruits ou des sons musicaux ou autres met l'auditeur dans l'incapacité de distinguer quoi que ce soit ; les résonances, les échos dans les endroits clos nuisent aussi à l'audition des orateurs ; on voit que Ton parle mais on ne perçoit rien d'intelligible. On ne saurait non plus, au milieu d'un bruit violent, reconnaître la direction du bruit; les deux oreilles étant également frappées, la différenciation est rendue impossible ; et si, par exemple, l'on arrive à percevoir un appel, il est difficile de savoir de quel côté il vient, de reconnaître la voix, etc. C'est l'opposition entre le clair et l'ombre qui fait le trait ; distinction c'est comparaison ; constater des différences, dans le bruit, est impossible.

Le défaut de netteté de la sensation acoustique trop forte produit les mêmes incapacités chez qui entend mal.

L'éducation, l'habitude donnent heureusement au médecin pour l'auscultation, aux musiciens, aux chasseurs, etc., pour la distinction précise et la reconnaissance des plus faibles souffles et des bruits les plus légers, une finesse d'ouïe remarquable ; mais un milieu bruyant s'oppose à ces études.

Il y a cependant des compensations; car, d'autre part, l'attention de l'auditeur est retenue par les sons intenses d'une voix qui porte au loin, par la vigueur de la parole articulée, par le rythme des périodes, de la musique et par l'accent, par l'intonation, qui sont des pulsations actives au moyen desquelles les sons vibrent avec une plus pénétrante énergie; mais il doit s'y mêler des oppositions, une grande variété dans la force du débit et la succession des sons.

Chacun de nous se rappelle le mordant de certaines voix à accent prononcé; l'âpreté, le timbre éclatant de certaines dé-

ciamaiions. Le phonographe rend l'influence de ces timbres manifeste. La déclamation est Tart de donner aux paroles la plus grande portée et la plus complète expression ; aussi, ne vous avisez point d'entendre avec le microphonographe de Dussaud^ qui enfle tous les sons, une de ces tirades classiques d'Hernani ou du Mariage de Figaro^ hurlées plus que débitées, vibrantes, par un soi-disant acteur des scènes parisiennes; votre déconvenue serait extrême.

Quelle cacophonie, quelle confusion d'éclats, de grincements et d'oppositions sourdes ou silencieuses, où tout est également indistinct et inintelligible.

Certes, l'intensité est un facteur indispensable de l'audition; mais il n'en est pas le seul ; et une certaine mesure doit être observée, même dans le traitement de la surdité, sous peine de troubles dans le fonctionnement, et même de suspendre l'ouïe, péniblement affectée. Entendre, comprendre, ce doit être, au moins pour la parole, une seule et même chose.

Le signe sonore, le mot comporte une idée; ce n'est point entendre que de ne saisir que des sons sans signification.

Ces voix vibrantes, éclatantes s'inscrivent parfaitement sur le rouleau phonographique et sortent tapageusement avec les cornets de métal ; elles sont, pour cela, recherchées des marchands de cyhndres inscrits ; mais leurs défauts, amplifiés par le microphone, déforment tous les sons, les rendent criards, mêlés à des bruits de friture, de crépitations atroces à entendre.

C'est là une démonstration pratique de l'inconvénient des excès d'intensité. Une image acoustique est un tableau ; un tableau n'est pas seulement un groupe de couleurs. Kendrik [Trans. of Royal Soc. of Edimburgh^ p. 768) dit à ce propos : « And althougt thèse is a loss in intensity, thèses is a gain in « quality and distinctness. » Trop de lumière éteint les nuances, qui, je le répète, sont les éléments de la distinction, de la comparaison, deTanalyse, de la différenciation ; de même trop de force vibratoire assourdit et empêche le jugement, déforme le son et nuit à sa reconnaissance.

Dans l'éducation du sourd-muet par les exercices acoustiques, c'est autre chose; on se trouve bien, au début, de ces excitants déplaisants, dont la pénétration est sans égale et de grande utilité pour provoquer l'apparition d'une sensa-

lion sonore ; encore y faut-il de la prudence et de la mesure, fruits de Texpérience.

Mesure de rintensité. — On pourrait utiliser la sirène pour mesurer l'acuité auditive ; en se basant sur le fait qu'en multipliant le nombre des pulsations, par l'ouverture (à volonté) d'un plus ou moins grand nombre de trous, on accroît ou on diminue graduellement l'intensité sans changer le ton (Tyndall). En tous cas, cette expérience classique montre bien l'influence de la masse, de l'addition des sources du son dans la production du phénomène intensité (orchestre, unisson, etc. ); pour modifier au contraire la tonalité du son, il faut augmenter la rotation du disque de la sirène, afin de multiplier la vitesse des pulsations sonores et leur nombre dans le même temps ; c'est tout différent.

Enotologie, Lucœ, de Berlin, a proposé de mesurer l'intensité de la voix dans l'examen de l'acuité auditive chez le sourd. Son « phonomètre » indique la pression de l'air expiré dans l'émission d'une voyelle ou d'une syllabe'; et le degré s'en trouve marqué sur un manomètre à maxima très sensible.

On obtient ainsi une mesure approximative de la force de l'air expiré en parlant, au moyen de laquelle cet auteur apprécie l'intensité du son émis.

S'il était possible de comparer ces données avec l'intensité de la sensation obtenue, également mesurée, on aurait la valeur de la perte éprouvée par le sourd dans la fonction de l'ouïe. Par malheur, cela est de toute impossibilité.

Au point de vue de l'intensité des sons, le volume (la quantité) de l'air expiré dans l'effort qui accompagne le chant ou la parole est une valeur de premier ordre ; mais le souffle sonore peut être rendu plus énergique autrement que par l'augmentation de cette quantité d'air en vibrations qui sort des poumons ; c'est cette puissance, particulièrement sensible 6 l'oreille, qui tient au choc initial du courant, à la tension même de Tair, à son issue par l'orifice buccal.

Le volume est plutôt en rapport avec la capacité des voies et cavités pulmonaires et aériennes ; tandis que l'énergie initiale, la tension, s'obtiennetit par l'action musculaire, parles efforts variables suivant les individus, les situations, les états de l'âme, les émotions, etc., etc.

La mensuration de l'intensité sonore de la parole ou du

chant pourra être aussi indirectement effectuée en utilisant rinstrument et le dispositif de Lennox-Brown et Rehnke {la Voix^ le Chani, la Parole)^ connus sous le nom de pneumographe.

C'est un cylindre métallique muni de chaque côté de courroies dont on entoure le thorax; un embout auquel s'ajoute un tube de caoutchouc conduit du cylindre à un enregistreur les oscillations de la pression intérieure, variant sous l'influence des mouvements respiratoires, plus ou moins amples, suivant la vigueur du débit et l'intensité sonore. On obtieht ainsi les graphiques des efforts, et on peut comparer avec l'intensité du son perçu et, j'ajouterai, avec les empreintes du phonographe.

Sur les rouleaux du phonographe l'intensité est très visible; alors les tracés sont manifestes à l'œil nu à chaque forte, et dans les moments de vive sonorité.

Guillet a étudié le sujet au moyen du spiromètre dans la voix chantée, et conclut : i** que la dépense d'air expiré pour une note donnée est d'autant plus grande que le son est plus aigu ; 2^ que les voyelles exigent pour leur émission moins d'air que les consonnes. (Guillet, C. R. Acad.^ 1857; et Gougenheim et Lermoyez, Phys, de la voix et chant ^ p. 45.)

C'est là un dispositif relativement simple et qui peut être employé dans l'étude des intensités du courant d'air expiré, dans leurs rapports avec l'audition. La seconde conclusion de cet auteur ne semble pas être d'accord avec ce que Marey et Rosapelly ont trouvé dans leurs expériences où ils ont enregistré les vibrations simultanément du larynx et les mouvements de la langue et des lèvres.

La consonne, à leur avis, serait un repos laryngien, une lettre muette durant laquelle la glotte ne vibre pas. Nous reviendrons bientôt sur ce sujet que l'étude des phonogrammes éclaire vivement.

On peut encore mesurer l'intensité des sons au moyen du dispositif employé par Helmholtz ; un diapason est mis en vibration par un électro-aimant; l'intensité du son est soumise aux variations voulues en modifiant le nombre des décharges électriques.

Dans le môme but, on peut utiliser le courant induit ; le bruit, dissimulé au loin, du trembleur est la source sonore ; on

l'excitant de l^ouie, vibrations sonores 49

varie à volonté l'intensité du son en changeant la position de la bobine à chariot, ^ sur la règle graduée ; un téléphone apporte le son à Foreille du sujet; ce dispositif fort simple m'a servi souvent pour Tétude des graves.

Toutes les méthodes ont eu leurs succès en otologie. On sait que le défaut sérieux de ces procédés de mensuration consiste en ce qu'un seul son peut être ainsi étudié. On a cependant beaucoup compliqué ces appareils acoumétriques. Ceux de Helmholtz et Kœnig, qui amplifient et varient les sons, au moyen de résonnateurs adaptés successivement ou simultanément^ (sons complexes), sont décrits dans tous les traités d'acoustique. (Helmholtz, Traité physiologique de la musique,)

On peut adresser les mêmes critiques à tous les audiomètres, qui sont nombreux, et peu pratiques en somme.

J'emploie journellement, pour mesurer l'intensité du son dans la recherche de l'acuité auditive des sourds, le microphonographe, et c'est alors avec des mots, des chiffres inscrits choisis, de la musique, etc., que l'expérience est faite.

Au moyen d'un dispositif assez simple, le courant, par l'intercalation de résistances qu'on peut varier à volonté au moyen aune manette, transmet à un téléphone, que la personne observée applique à l'oreille en examen, des intensités différentes qui permettent d'apprécier l'audition pour la parole, isolément pour chaque oreille. Cet audiomètre utile ne vaut pas encore la parole directe, au moins pour les surdités moyennes ou légères, mais il rend de grands services chez les sourds, pour l'étude de la capacité auditive des variations de leur audition, pour reconnaître les sons susceptibles d'être perçus, ceux qui ne le sont plus, et le retour d'un degré plus élevé de la perception.

Je pense avec O. Wolf que rien ne vaut, pour explorer l'acuité auditive, l'épreuve d'audition de la parole, soit directement, soit avec le cornet acoustique ; mais on va plus loin et plus sûrement avec le microphonographe (i). On s'aperçoit

'i) Le microphonograpbe est constitué par Taddition d'un microphone au phonographe d'Edison. Ce microphone spécial, œuvre de MM. Dussaud, Berthon et Jaubert, s'adapte au-dessus du disque du phonographe, et fait corps avec lui. On obtient par ce moyen une

Gellé. . . > ** . , \ ' ^ ' . 4

5o l'audition et ses organes

alors assez vite que l'audition, c'est-à-dire la compréhension des sons perçus, reconnaît d'autres facteurs que l'intensité vibratoire; car, avec moins de force, des paroles restées d'abord incompréhensibles deviennent faciles à distinguer et dans leurs plus délicates nuances souvent ; ces analyses ne sont possibles qu'avec un instrument délicat.

Les variations rapides d'intensité, de tonalité, de timbre surtout, la vitesse du débit enfln, jouent un rôle majeur dans ces incapacités d'ouïr ; il semble que c'est la mise au point de l'organe qui manque, l'adaptation qui fait défaut.

Certaines oreilles sont de môme très remarquables par un phénomène bien particulier, qui semble étrange tout d'abord ; à savoir que, dès que les accents, les intonations, les exclamations, etc., les forte enfin se produisent, dans la parole, l'ouïe se perd, devient confuse, et la sensation désagréable, indistincte et fatigante.

Chez quelques sujets, l'étourdissement même et le vertige apparaissent, s'ils continuent à écouter, à vouloir comprendre, à faire acte d'attention.

Il est à noter que ces troubles dus à l'excès des sensations auditives n'indiquent pas toujours et nécessairement une faiblesse actuelle des organes auriculaires bien qu'ils soient observés souvent dans le cas où l'ouïe est altérée ; mais ils peuvent certainement en faire augurer l'affaiblissement dans un avenir plus ou moins lointain.

Expérience — Au moyen du dispositif que je décrivais tout à l'heure (le son étant amené à l'oreille du sujet par un téléphone adapté à un courant d'induction, le trembleur ou un diapason mû par le courant électrique formant la source sonore), j'ai pu constater l'effet d'une sensation sonore violente sur l'audition d'un son plus faible consécutif. Si le sujet est bien doué sous le rapport de la sensibilité générale et auriculaire, le son maximum fourni par Tappareil, très assourdissant, n'empêchait pas l'apparition, en apparence immédiatement consécutive, du deuxième son très faible. Il y

amplification de sons des plus remarquables ; et ceux-ci peuvent être portés à l'oreille au moyen de conducteurs téléphoniques, ce qui permet aussi la gradation des intensités suivant les besoins, en variant les résistances interposées. (Rapport du D' Laborde à V Académie.)

mwgy^e^

l'excitant de l'ouïe, vibrations sonores 5i

a là sans doute pour le sujet sain une question de mesure ; mais le son, instantanément amoindri par le déplacement de la bobine jusqu'à la limite de sa perception, était perçu sans intervalle appréciable. L'audition n'est possible que si la sensation nouvelle éteint la précédente.

Or, chez certaines personnes atteintes d'affaiblissement peu accusé de l'ouïe, j'ai pu obsei'ver l'existence d'un intervalle d'un quart de minute à une minute et demie entre la cessation du premier son violent et Faudition du deuxième son. (Gellé, Tribune médicale^ Arrêt d'accommodation, 1876.)

Il semble que l'oreille se débarrasse lentement du premier son, ou que la perception centrale en est tellement vive qu'elle dure et qu'elle empêche la sensation sonore suivante ; ou il faut un] repos, un intervalle appréciable pour que le nerf soit de nouveau capable de percevoir.

On constate des phénomènes analogues sur les autres organes des sens.

Quand on passe brusquement de la lumière à l'obscurité relative, il faut un certain temps pour voir. Nous discuterons cet intéressant sujet plus loin.

Dans la pratique de l'acoumétrie, on gradue très suffisamment l'intensité sonore en éloignant plus ou moins de l'oreille le corps sonore (montre, diapason, etc.) ou la personne qui parle; on peut ainsi apprécier la portée de Touïe sur l'axe auditif.

Influence du milieu. — Cependant il faut toujours tenir compte de l'influence du milieu ambiant qui est également sonore ; car nous entendons d'autant mieux que le silence règne autour de nous (la nuit). Un gros bruit couvre tout; notre sensation représente un rapport entre le bruit écouté et celui du dehors inévitable.

Cela est des plus évidents quand on pratique l'examen des capacités auditives avec la montre chez les sourds ; le moindre roulement de voiture dans la rue, la voix d'une autre per^ sonne qui détourne l'attention, suffisent pour faire descendre la portée d'une proportion étonnante, jusqu'à zéro même.

Mais nous savons qu'il se passe quelque chose d'analogue, toutes proportions gardées, chez ceux qui entendent absolu^ ment bien : c'est un fait général.

Une grande lumière efface une plus faible ; un son bruyant étouffe le plus petit, et rend la distinction impossible ou difficile. L'habitude triomphe cependant de ces difficultés, et l'audition devient à la fin possible malgré le bruit.

Tout bruit abaisse Taudition d'une certaine quantité, mais, à l'inverse du sourd, Tindividu normal a le moyen de perdre sans être incommodé.

Il existe une limite à la portée auditive, au-dessous de laquelle l'individu n'est plus apte ou aussi apte qu'il le faut à un service donné (armée, chemin de fer, usines, etc.), qui exige des signaux sonores et des communications à distance : de là la nécessité de fixer et de reconnaître la portée de l'ouïe.

Portée de la voix. — En otologie également, on a dû convenir d'une moyenne de portée pour l'audition de la voix; et cela a donné lieu à d'intéressantes constatations que je résume, car nous allons tout à l'heure toucher à fond ce sujet.

L'acoumétrie par la voix parlée ou non est, nous l'avons dit, le meilleur procédé, parce que la parole et la phonation sonles deux fonctions indispensables surtout atteintes par la surdité (surdi-mutité).

On s'est aperçu bientôt que la portée varie non seulement suivant la personne qui parle et le milieu où l'on parle, mais également suivant la voyelle parlée (Donders), suivant la syllabe, suivant le mot. Ainsi, par exemple, ban est sourd, comme on dit, et chat s'entend de loin. Les nasales, les consonnes sont peu sonores. 0. Wolf (i) a classé ainsi la portée des sonsvoyelles et des sons articulés; on pourra juger par ce tableau curieux des intensités différentes des sons émis dans la parole :

Portées des sons de la voix

A s'entend à 262™

Ei Ai — 238

Eu — 2o3

(1) O. Wolff, in Urbanischiisch.f trad. Calmettes.

■■■■^^i>.j^j — ■ Il I ■ Il ■iA,-',".ti.ji,mLyL

Au s'entend à 199^,5

Ou — i9™,6

Sch - 140

G et ch doux — 91

Gh rude et R palatin — 63

K G dur. . — 44»,i

T et D - 44",i

R lingual sans son glottique. 28

R et P — 12^16

H aspirée — 8

On conclut de la lecture de ce tableau qu'il est indispensable d'employer plusieurs tons pour juger de la portée de Touïe, sous peine d'erreurs grossières.

D'après Wolf, la voix murmurée s'entendrait à 3o mètres ; tous les auristes admettent la portée de 25 mètres. On peut par ce tableau s'expliquer aussi que les sourds entendent certains mots et point d'autres dans un débit de paroles qui semblent égales cependant en intensité vocale.

Applications. — L'oreille étant un organe aérien, baignant dans l'air vecteur des sons, et plein d'air aussi, on comprend qu'il est d'utilité grande, chez les individus dont l'ouïe est affaiblie, de renforcer les vibrations aériennes auprès du conduit auditif en associant aux sources sonores de très larges surfaces vibrantes, c'est-à-dire des surfaces qui emmagasinent les vibrations et les transmettent à l'air environnant ; c'est le rôle que remplissent les tables d'harmonie des harpes, des violons, etc., l'audiphone tenu serré entre les dents, et tous les résonnateurs classiques. Par exemple, on sait que le son du diapason, à peine perceptible, est renforcé aussitôt qu'on en pose le pied sur une table, sur une boîte ouverte quelconque. Il s'ajoute, par ce seul fait, des sons harmoniques au ton de la source sonore fondamentale ; et en choisissant les résonnateurs, on peut faciliter l'audition de certains sons plus particulièrement.

Le principe est susceptible d'applications journalières, quand il s'agit d'accroître une sonorité ; et il indique également les contacts à éviter quand il s'agit, problème opposé et fréquemment

54 i/audition et ses organes

posé dans une grande ville, d'empêcher la propagation des bruits d'usines et des machines dans le voisinage. Eteindre un bruit n'est point œuvre facile; le son, comme le feu, se propage au moyen des solides, des liquides et des gaz. Quand on peut l'arrêter par un rideau d'arbres, par un mur à distance dans un sous-sol, c'est beaucoup.

S'il est proche, comment en éviter la propagation? Il faudra modifier les résonances des machines métalliques, les isoler (au loin) des maisons voisines, des planchers et du sol même (tranchée); un autre moyen serait d'absorber le bruit solidien dans une masse interposée, qui arrête le courant vibratoire et l'éteint au passage (caoutchouc interposé) ; mais tout cela n'est pas simple à exécuter et le résultat est faible le plus souvent.

Altérations du son par la distance. — L'intensité de la sensation sonore est recherchée dans les constructions des salles de théâtre et de concert ; les qualités de sonorité d'une pièce sont sans doute très connues, mais elles se trouvent changées par des conditions en apparence futiles ou sans importance.

Tyndall ne dit-il pas qu'il fut un moment très anxieux des propriétés acoustiques de l'amphithéâtre où il faisait ses fameuses leçons de physique; il avait constaté des résonances fâcheuses et des échos tout à fait désagréables dans un premier essai ; et ces phénomènes disparurent, quand l'amphithéâtre fut plein de monde, au grand contentement du professeur. (Tyndall, le Son^ p. 18.)

Les tapis épais, les tentures, les vêtements de laine, amortissent les sons; les incidences produites par les dispositions locales des portes et des pièces communicantes peuvent changer totalement les conditions acoustiques.

Les personnes placées trop loin de la source sonore ne peuvent recevoir l'influence des vibrations que tardivement ; et cette lenteur de succession de sons peut suffire à changer le timbre, l'allure et la tonalité des harmonies, et de la voix tout aussi sérieusement ; car, ainsi que nous l'avons dit, tous les sons composants n'ont pas une égale énergie, ni une égale portée; il en est qui se perdent en route (les consonnes par exemple) (1). De là, sur les scènes antiques, devant les arènes

(1) Les sourds ressentent cela vivement; ainsi, dans le mot chicard, c'est ar qu'ils entendent; quelquefois A seulement.

l'excitant de l'ouïe, vibrations sonores 55

immenses, la nécessité du masque tragique, véritable instrument d'amplification au moyen duquel la portée de la voix de l'acteur se trouvait augmentée suffisamment pour qu'il fût partout entendu et compris.

Par les mêmes raisons, les soldats qui marchent à la queue d'une colonne n'entendent pas le rythme de la même façon que ceux qui marchent en tête, auprès des musiciens; et leur pas ne saurait être scandé sur le même mouvement, sur la même cadence. (Tyndall, loc, cit.)

Ces altérations du rythme de la tonalité, du timbre quand l'intensité du son s'affaiblit par la distance ou autrement sont rendues absolument analysables au moyen du microphonographe.

En effet, quand le courant faiblit, que les accumulateurs ou les piles sont usés, et ne fournissent plus qu'une insuffisan^te circulation, les vibrations partielles les plus délicates, celles que l'exploration visuelle, au microscope, découvre à peine dans les sillons de la cire, ne parlent plus ou très insuffisamment ; et le son sort dépouillé d'une plus ou moins grande partie de son bouquet d'harmoniques ; la période est ainsi décomposée; le son fondamental sourd reste isolé et nu. Dans un air de musique, les forte seuls arrivent encore à provoquer l'audition; la première phase, plus fortement imprimée sur la cire, sonne assez, puis très incomplètement ; puis le ton, le timbre deviennent méconnaissables, et la musique fausse et incohérente ; mais on voit que les paroles sont moins altérées.

Il est clair que tout se tient dans ces qualités du son que notre analyse isole et qui constituent le son même. Notre façon d'envisager le phénomène a fini par supplanter dans notre esprit le phénomène lui-même, et nous croyons que l'une des qualités fondamentales est susceptible d'être changée sans que cela modifie les autres.

L'épreuve de ralentissement des sons par le microphonographe rend manifeste le lien étroitement serré des qualités qui font la sensation sonore, de ce faisceau que nous décomposons ensuite par l'étude analytique.

Helmholtz, Kœnig ont reconstitué le timbre en ajoutant au son fondamental les harmoniques; mais quelle différence entre le son ainsi accompagné et le son primitif ! Deux sons

semblables résonnant dans le môme moment donnent une sensation identique, au point de vue de la hauteur, mais avec accroissement évident de la force du son ; plusieurs sons harmoniques, c'est-à-dire en rapports simples avec le fondamental, ne donnent également qu'une seule impression sonore, mais qui se différencie nettement du son premier par l'intensité aussi, mais par une autre qualité encore qu'on nomme le timbre {klang-farhe en Allemagne, et en anglais clang-tint).

L'intensité de la voix tient à des conditions multiples. La structure de l'appareil phonateur et la puissance développée dans l'émission de la voix, dans la phonation varient suivant les individus et avec les circonstances. L'énergie initiale du mouvement vibratoire en est le facteur le plus important. Je veux surtout attirer l'attention sur les intensités inégales de la parole, du langage articulé, et sur les modes de production de ses variétés curieuses (articulations, accents, etc., etc.).

J'ai déjà signalé la sonorité propre des sons-voyelles, la supériorité des éclats de A, la finesse du dessin et du son de I et de É si voisines.

Les auteurs expliquent cette différence par l'opposition très' sensible entre les modes de production de ces voyelles, entre les conditions dans lesquelles elles sont émises.

A éclatant trouve toutes les voies béantes pour le passage des sons laryngiens et la bouche ouverte en pavillon, tandis que les autres voyelles sont formées par un resserrement de plus en plus complet du canal de résonance. Cet étranglement du souffle expiré cause l'amortissement forcé du son émis en même temps que le timbre qui caractérise chaque voyelle ; de là aussi leurs différences de sonorité et de portée, si manifestes dans le cas d'affaibHssement de l'ouïe.

Effets de Tintensité sonore sur la période. — L'énergie vibratoire est signalée par la profondeur des empreintes, ainsi que nous l'avons déjà dit ; mais, sous cette influence, on remarque à la lecture du graphique une métamorphose de la période, et cela quelle que soit la voyelle observée.

On peut même dire d'ores et déjà que tous les sons-voyelles subissent à peu près la même forme d'altération, manifeste à Ja vue, par l'effet de l'excès de l'intensité vibratoire. Cette

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modification du tracé consiste d'abord dans le changement de la deuxième phase, qui devient totalement marquée, et presque égale à la première dans les degrés les plus légers, mais dont l'aspect effacé disparaît absolument dans les sons éclatants. (V. schémas de É, fig. 8, 9 et 10.)

De plus, un phénomène important se produit ; la première phase s'imprime avec une force extrême, donne en plus creux l'image de la demi-période à l'état de calme ; puis bientôt les demi-périodes cessent de se toucher, les creux s'espacent, le tracé se raréfie en même temps que les bruits éclatent ; et ces traits isolés bientôt ne se forment plus qu'au début et au milieu de la période, puis au début seul, ayec une ou deux vibrations espacées ; enfin on ne voit plus que des incisures simples séparées de distance en distance par des empreintes punctiformes. (V. fig. 2, 5 et profils.)

Le mécanisme même de l'articulation, de la formation des voyelles, c'est-à-dire les degrés et le siège des strictures du conduit pharyn go-buccal sont les causes vraies des variations de leur intensité (1).

(1) La formation des voyelles dans la voix humaine a provoqué depuis longtemps les recherches des physiciens.

Nous savons distinguer parfaitement les sons de deux voyelles, même alors qu'elles ont le même ton et la môme intensité. Quelle est donc la qualité qui rend cette distinction possible? Dans l'année 1779, l'Académie »le Saint-Pétersbourg fît de cette question un sujet de prix, décerné à Kratzenstein, qui était heureusement parvenu à imiter les sons de voyelle par des dispositions mécaniques. A la même époque, Von Kempelez, de Vienne, fit des expériences semblables, mais mieux organisées.

La question fut reprise plus tard par Willis, qui dépassa tous ses prédécesseurs dans sa solution expérimentale. La théorie des sonsvoyelles a été établie pour la première fois par M. Wheastone, et tout récemment M. Helmholtz en a fait une étude approfondie qui ne laisse rien à désirer.

Origine de ces sons mystérieux^ — Expérience : Une anche libre est ajustée dans une cloison, sans tuyau adapté, on l'installe sur un sommier acoustique et on pompe l'air à travers ; aussitôt elle parle avec force. Appuyant un tuyau pyramidal à la cloison, on constate un changement de timbre, et, en appliquant la main à plat sur l'extrémité ouverte du tube, on est frappé de la ressemblance du son rendu avec la voix humaine.

En enlevant rapidement deux fois la main avec force et la reposant, on perçoit maman très clairement.

A ce tube pyramidal substituons-en un plus court, et répétons les

Les sons fermés OU, I, U sont en môme temps les plus sourds et les moins visibles sur le rouleau du phonographe.

Effets de la consonne sur Tintensité. — Mais, dans un mot, la force vibratoire, chose curieuse, ne tient pas uniquement à ce son-voyelle, elle ne dépend pas au moins de lui seul. Il se produit au moment de la syllabation un travail curieux, qui agit sur la force du courant sonore ; c'est un morcellement du souffle, une rapide segmentation du courant, d'où naît l'articulation. Or, c'est la consonne qui est l'élément actif et nouveau de cette modification. La consonne, ce petit bruit, ce souffle insensible presque? disent les définitions; oui, certes !

La consonne a des effets de force vive qui dynamogénisent le son-voyelle, et lui donnent une vigueur d'émission nouvelle, et cela se produit par la tension et la détente obtenues par les fermetures et les ouvertures alternatives du canal pharyngo-buccal, ainsi que la physiologie l'apprend.

Voyez les tracés ci-joints : les modifications de la période, caractéristiques du son-voyelle, sont uniquement dues à l'action de la pulsation consonante.

La consonne est une pulsation ; elle cause une petite explosion d^air comprimé, et la combinaison syllabique ne peut naître que de cette explosion caractéristique. Czermak et Passavant les premiers, Marey, Rosapelly (i), depuis, ont expérimentalement démontré l'accroissement de la pression intérieure au moment de la formation de la consonne.

Le phénomène est facile à observer avec les consonnes explosives P, T, C ; mais il existe tout autant, bien que moins marqué, dans toutes les consonnes, même dans celles qu'on nomme sonores (V. fig. ii). '

allées et venues de la main posée sur rorifice libre du tube, on entend encore « maman », mais c'est un son nasal comme le dirait un enfant enrhumé. Il est évident que, en associant à une anche vibrante un tuyau convenable, nous pouvons donner aux sons de l'anche les qualités de la voix humaine.

Dans l'organe de la voix humaine, les cordes vocales forment une anche associée à la voix sonore de la bouche, dont la forme se modifie de manière à résonner à l'unisson soit du ton fondamentale soit de l'un de ses harmoniques (Tyndall).

(i) Rosapelly, Mém, Soc, ling,, Paris, t. IX et X.

En effet, quand nous voulons émettre une consonne, nous rétrécissons considérablement le canal buccal, les cavités de résonance de la voix afin de retenir et de condenser le

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