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Il nous reste à ajouter quelques considérations qui intéressent surtout le côté plus particulièrement psychologique de la question.
« L'ouïe, écrivait Itard, il y a plus d'un demi-siècle, est de tous les sens, celui qui se ressent le plus promptement des moindres dispositions morbides du cerveau et celui dont les relations tant physiologiques que pathologiques sur cet organe, ont le plus d'activité. Il est peu de sourds qui n'aient observé l'influence du chagrin, des travaux de l'esprit sur leur infirmité. On connaît les profondes distractions dans ce sens dans la méditation et dans les grandes préoccupations de Pâme et on peut remarquer que l'ouïe, plus que la vue, que le goût, que l'odorat, se trouve affaiblie par une attaque d'apoplexie ».
L'audition occupe en effet, dit Vaschide, une grande place dans notre vie psychique ; c'est le sens qui s'assoupit le dernier avant de nous plonger dans nous-mème, dans la vie du sommeil et c'est le sens qui le premier nous réveille et nous met en contact avec le milieu cosmique et social du monde extérieur ; et durant toute la nuit il est presque en état de
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veille. On a dit avec raison que l'ouïe est la sentinelle de notre personnalité. Et chose bizarre, quoique depuis bien des années on n'avait plus que deviné, précisé presque, ce rôle spécial de l'audition et quoique Itard eut créé même un appareil pour la mesure de l'acuitéauditive, a Pacoumètre d'iTARD » les recherches audiométriques ont laissé cette piste fructueuse pour finir par faire continuellement, de génération d'otologistes en génération, Papologie de la voix, la seule méthode sérieuse et capable de renseigner l'expérimentateur sur Pétat sensoreil de l'organe exploré.
On peut arriver à l'aide des diapasons, à établir le diagnostic de la surdité périphérique ou centrale, il ne saurait môme exister, selon Nattier, d'autre moyen pour diagnostiquer exactement cette affection. Or, les limites du champ auditif normal étant de 32 vibrations simples à environ 30.000 vibrations, on comprend que pour découvrir toutes les lacunes susceptibles de se produire dans une étendue aussi vaste, il faille un tonomètre aussi parfait que possible. C'est pourquoi la recherche d'un acoumètre « simple et pratique » est une véritable utopie qu'il convient de ranger à côté de celles
de là « quadrature du cercle » ou du « mouvement perpétuel ».
Les otologistes ne sont pas plus fondés à prétendre établir le diagnostic des divers troubles de l'ouïe avec un seul diapason que les oculistes à diagnostiquer les différents troubles de la vue avec une seule lentille. Enfin les diapasons fournissent encore de précieux éléments pour le pronostic, il y a, selon Boucheron, des affections de l'oreille ou le nerf acoustique excité par pression (otopiésis) transmet son excitation aux diverses parties des centres nerveux et produit selon le sujet des effets irradiés divers.
« Transmise : 1° au bulbe et à la moelle , cette excitation produit de l'épilepsie, de la pseudoméningite ou des convulsions variées, sans caractère spécial; 2° du côté du cervelet, elle produit des troubles de l'équilibration, vertiges, chute, rotation ; 3° arrivée au cerveau et à l'écorce cérébrale, l'irradiation produit des troubles mentaux, légers ou graves, ayant un caractère commun de dépression.
« Les troubles légers sont la perte ou la diminution de la mémoire, de l'esprit de suite, de la réflexion, de la vivacité des conceptions ;
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diminution de l'affection pour les proches ; idées de tristesse, de suspicion, de défiance, de persécution, ou de l'hypocondrie.
a Les troubles mentaux graves peuvent s'élever jusqu'à la folie mélancolique aiguë, avec délire, hallucinations, perte de connaissance chez les sujets prédisposés.
« Le point sur lequel il y a lieu d'insister, c'est que tous ces troubles mentaux peuvent être la conséquence d'affections relativement légères de l'oreille, entre autres, de l'otopiésis par obstruction des trompes d'Eustache, et que dans les cas récents, ta cure de l'affection otopiésique de l'oreille peut faire cesser les accidents mentaux symptomatiques ». Boucheron-Folies mélancoliques, p. 3.
Hallucinations Auditives. — Au point de vue hallucinatoire, la sphère auditive peut-être le siège de désordres divers formant toutes les transitions intermédiaires entre les hypéresthésies, synesthésies, dysacousies auditives, et l'hallucination verbale coordonnée. Ce sont les interprétations fausses, illusoires et hallucinations élémentaires de l'ouïe commençant par des insultes monosyllabiques à l'occasion de bruits réels quelconques, surtout rythmiques.
Certaines hallucinations ont même des hallucinations modulées rappelant les hallucinations inspiratrices de certains musiciens compositeurs. Ces dernières peuvent être symphoniques comme celle de Berlioz et rappelant dans Tordre acoustique l'hallucination inspiratrice de certains peintres qui voient le tableau à faire sur la toile blanche. Mais ce sont là des hallucinations géniales avec conscience.
Certains aliénés au début de Paffection ou en certaines formes de simple confusion ou des hallucinés à demi-conscients, des obsédés peuvent même avoir l'hallucination auditive obsédante avec une conscience assez complète parallèlement conservée. D'autres fois ils peuvent de l'obsession simple arriver progressivement à l'obsession hallucinatoire auditive avec demi-conscience encore.
Comme chez les obsédés conscients les délirants peuvent arriver à l'hallucination de l'ouïe directement ou secondairement.
Par exemple un dégénéré pourra présenter d'emblée une bouffée hallucinatoire, ou la sphère auditive présentera la pertubation dominante et initiale. Au contraire un persécuta à délire systématisé lentement progressif com-
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mencera par une période d'inquiétude prolongée avant d'arriver aux hallucinations auditives constituées.
Dans le premier cas ce ne sera qu'un épisode, dans le second ce sera une perturbation tenace qui se transformera encore avec le temps mais en se confirmant.
Par exemple les hallucinations persécutrices de l'ouïe pourront faire place plus tard à des hallucinations consolantes marquant l'accentuation du courant délirant secondaire de défense. Au lieu d'être insulté le malade sera alors glorifié et magnifié par les voix subjectives.
Les voix hallucinatoires peuvent être secondaires pour les persécutés chez qui peut prédominer la perturbation de la sphère visuelle (comme chez les mystiques par exemple), mais le plus souvent la sphère auditive entre en jeu à son tour tôt ou tard, bien que restant secondaire et subordonnée aux manifestations subjectives visuelles auxquelles elle s'associe accessoirement. C'est de la même façon que les intoxiqués qui voient des spectres finissent souvent par leur entendre proférer des menaces bien que souvent les visions
des alcooliques par exemple restent muettes.
Secondaires aussi peuvent être les voix hallucinatoires des hypochondrîaques qui écoutent craquer les rouages de leurs machines.
Ils finissent introspectivement par se croire habités par des êtres parasites qu'ils finissent par entendre parler à force de tendre leur attention sur eux. Un mélancolique hypochondriaque qui se croyait possédé par des poissons les entendait se plaindre d'une façon mélancolique bien entendu. Les contractions musculaires sont aussi parmi les causes cénesthésiques internes de l'évocation secondaire d'hallucinations auditives associées aux phénomènes psycho-moteurs.
Les déments peuvent avoir des phénomènes hallucinatoires <le la sphère auditive comme ils ont des troubles dysacousiques et hyperacousiques douloureux. La démence paralytique, la démence précoce, la démence sénile associée ou non aux psychoses tardives peuvent présenter ces phénomènes d'audition morbide à titre d'épisode accessoire ou prémonitoire, parfois, de perturbations plus profondes et ultérieurement destructives des centres correspondants.
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Beaucoup de vieux délirants hallucinés d'ailleurs ont ceci de commun avec les séniles à bouffées hallucinatoires prédémentielles qu'ils orientent systématiquement leur voix dans un sens constant, évidemment en rapport avec une localisation particulière de la lésion cérébrale.
Tel halluciné croit entendre toujours venir ses voix du plan latéral droit ou gauche ou bien il les objective dans une direction nettement supérieure ou au contraire inférieure au plaji de l'horizon. On peut appliquer à ces cas la théorie des déviations conjuguées d'autant plus qu'un certain nombre d'observations suivies d'autopsies ont montré une concordance entre la direction de cette orientation systématique et la localisation du foyer final.
De même que l'aphasie peut-être précédée de dysphasie et de verbigération désordonnée, d'hyperphasie si je puis dire, de même la confluence hallucinatoire auditive peut précéder une surdité corticale finale dont elle n'est que l'avant-coureur et le désordre incipiens (érétisme vasculaire avant rupture d'artère).
Mais nous touchons ici à un problème remis en question tout récemment et en voie de re-
vision, c'est celui de la surdité verbale et de l'aphasie sensorielle.
On appelle aphasie sensorielle tout trouble du langage caractérisé hors la perte de compréhension de la parole entendue ou lue. (Wernicke, 1874).
Kussmaul a distingué la surdité verbale de la cécité verbale isolée, l'une et l'autre s'accompagnant de paraphasie et d'agraphie. Wernicke n'a pas reconnu cette dernière. Déjerine reconnaît à côté du syndrome sensoriel mixte de Wernicke une surdité et une cécité verbale pures différant des types de Kussmaul par l'absence de paraphasie et d'agraphie.
Selon Bernard la surdité verbale est l'impossibilité de comprendre la signification des mots et même de tous sons conventionnels représentatifs d'idées.
Selon Wernicke surdité verbale = aphasie sensorielle ; selon Kussmaul aphasie sensorielle = surdité verbale plus cécité verbale. La tonaphasie de Hugues serait la perte de la compréhension tonale des signes musicaux graphiques avec conservation de leur signification théorique.
C'est M. le professeur Pierre Marie avec son
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élève Moutier qui a entrepris de reviser la question de l'aphasie, divisée depuis Broca en motrice et sensitive (auditive, visuelle, elc).
Pour P. Marie il n'y a qu'une seule aphasie, l'aphasie de Wernicke. Le terme d'aphasie « sensorielle » doit disparaître. Il préconçoit en effet une explication pathogénique portant une théorie. L'aphasie de Wernicke a pour substratum la lésion d'une zone a peu près définie; elle seule aphasie intrinsèque s'accompagnant de troubles du langage intérieur et de déficit intellectuel. Les autres altérations du langage, anarthrie, aloxie pure, sont des syndromes extrinsèques : Falexie pure a même son siège dans un tout autre territoire vasculaire que l'aphasie.'
Celle-ci dépend de lésions de l'artère sylvienne, celle-là d'une oblitération de la cérébrale postérieure.
« Cette doctrine est d'une simplicité évidente. Elle a de plus le mérite de présenter un certain nombre de faits autrefois inexplicables sous un jour tout nouveau ». (Moutier).
On disait jadis à propos de l'aphasie de Broca, que la lésion d'un centre d'images motrices retentit sur les autres centres pour
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amener les troubles de la lecture et de l'écriture constatés; ce retentissement ne serait qu'une hypothèse dérivée des constructions schématiques. Au contraire, les faits nouveaux tendent à éclaircir ces accidents obscurs.
A l'autopsie des aphasiques de Broca on constate une double lésion : l'une a déterminé l'anarthrie, l'autre les troubles du langage intérieur de la lecture et de récriture, l'aphasie en un mot. Par suite les termes d'aphasie de Broca, aphasie mixte, aphasie totale, désignent les degrés progressifs d'un même syndrome, et il s'agit là de mélanges diversement dosés d'aphasie et d'anarthrie.
Pour Pierre Marie, l'aphasie est donc une. Il n'y a rien d'aphasique dans le trouble moteur de l'anarthrique. L'anarthrique comprend, lit, écrit. Sa pensée est intacte, et l'expression en est possible par tout autre moyen que la parole, le langage intérieur n'étant pas altéré. (Moutier, 1. c.)
Il n'y aurait donc pas de surdité verbale particulière à l'aphasie de Broca, ni a son alexie ou à son agraphie, aucun symptôme, aucune nuance ne les distinguerait de la surdité verbale, de l'alexie, de l'agraphie, qui s'obser-
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vent chez l'aphasique de Wernicke. Ces phénomènes ne seraient pas seulement du même ordre, ils auraient une allure identique, une pathologie identique, ils sont les mêmes, avec une densité variable.
Les troubles aphasiques n'auraient donc rien, à voir avec les altérations théoriques des centres d'images verbales non moins théoriques, puisque selon Pierre Marie on n'a jamais eu la preuve de leur existence.
Ceci n'infirme pas l'existence d'un centre de Paudition brute dans le lobe temporal, analogue à celui de la vision dans la zone occipitale interne (rétine corticale) ; autre chose est la surdité corticale et la surdité verbale.
La surdité corticale peut s'observer comme lésion acquise de même qu'elle peut s'observer congénitalement. ~
C'est la surdité démentielle qu'on peut comparer à la surdi-mutité native; la seconde relentit bien sur le mécanisme de la parole qui ne peut être suscité par le réflexe auditif, mais il peut être éveillé par d'autres voies comme le prouvent les méthodes modernes d'enseignement de la parole aux muets de ce genre, à côté de la surdi-mutité il convient de citer
Paudi-mutité congénitale des pseudo idiots frappés dans leur mécanisme de l'expression parlée sans présenter de lésions des centres auditifs; ceux-là seraient des anarthriques congénitaux par agénésie native de la circonvolution de Broca ou des entendants aphasiques-nés par atrophie du quadrilatère de Pierre Marie (zone insulo capsulaire) ; dans le simple retard do la parole si fréquent chez les arriérés, il y aurait évolution tardive de ces centres comme Ta entrevue Méens.
On le voit les problèmes psychologiques soulevés par la question de l'audition morbide centrale sont multiples et du plus haut intérêt, beaucoup sont loin d'être élucidés et offrent un vaste champ d'étude pour les chercheurs de l'avenir.