I. D^ même, p. 71, à propos des flammes manomé triques
LES THÉORIES g 5
Les accidents de forme d'un ébranlement complexe, les détails de sa forme ne sont pas des vibrations moléculaires. L'oscillation totale du stylet peut être tout aussi irrégulière que l'on voudra, les empreintes ne seront pas des empreintes de vibrations moléculaires. La qualité idéale du stylet inscripteur, pour le phonographe comme pour le sphygmographe, est de ne pas trembler, de ne pas osciller, de ne pas vibrer pour son compte. Sans doute la vibration moléculaire le traverse, puisqu'il est un milieu conducteur du son, mais c'est son oscillation totale qui se marque sur la cire.
M. Gellé, qui avec une bienveillance dont je lui suis reconnaissant, me cite fréquemment au cours de son exposé, ne le fait pas toujours bien exactement et il est des points où cependant ma pensée s'exprimait sans ambiguïté. Il dit par exemple (page 282) :
« Comme Weber et Helmholtz, Bonnier, à l'opposé de Hurst, admet le passage, d'un bloc, de l'onde sonore sur l'appareil des osselets, et un mouvement, un déplacement d'une seule volée pour la platine de rétrier. L'ébranlement moléculaire ne franchit pas la platine, suivant lui (Oreille, Physiol.,* p. ici). » De même, page 258.
Comme Weber, Helmholtz et Hurst, j'admets au contraire que l'ébranlement passe à travers la chaîne des osselets, comme tout mouvement peut se transmettre à travers une série de leviers articulés, c'est-
de Kœnig : « Les éléments partiels, les vibrations moléculaires^ sont indiqués avec une plus grande fidélité au point de vue de leur nombre, de leur forme... dans le phonogramme.
96 L^UDITION
à-dire en les faisant jouer Tun après l'autre ; c'est tout le contraire d'un passage en bloc. Quant à dire que l'ébranlement moléculaire ne franchit pas la platine, jamaig cela ne m'est venu à l'esprit. Voici, qu'on me le permette, ce que je copie à la page indiquée de mon livre :
« Nous pouvons admettre que l'ébranlement moléculaire, c'est-à-dire la conduction sonore, d^une part, et l'ébranlement total des milieux suspendus, c'est-àdire une autre force dérivée de la première, s'adressent concurremment à la papille sensorielle. Quelle est la force utile ? quel est l'agent physiologique ?
« Nous avons vu qu'aucune des parties inertes de l'oreille interne ne pouvait utiliser physiologiquement l'ébranlement sonore lui-même, que le travail que produit celui-ci est très inférieur à celui que réalise l'autre ébranlement, tandis que ce dernier influencera forcément, sinon acoustiquement, au moins de façon hydrodynamique, les papilles baignées par les liquides cochléaires.
« La clinique nous montre d'autre part que, quelle que soit la lésion de l'appareil de transmission, l'ébranlement sonore peut toujours traverser les milieux auriculaires et que si c'était lui qui intervînt pour irriter les terminaisons sensorielles, l'audition persisterait. Au contraire, l'audition souffre de tout obstacle à l'oscillation en totalité d'une quelconque des. parties de l'appareil auriculaire, et il suffira de la moindre lésion, qui, sans aucune action sur la transmission acoustique, pourra gêner l'oscillation d'un point quelconque de la série des milieux auriculaires, pour altérer et même supprimer l'audition. »
Coifime je Tai dit dans un autre travail, cité par G ELLE, rébranlement moléculaire circule dans l'oreille comme la chaleur du foyer circule dans toute la machine à vapeur, mais ce n'est pas plus l'ébranlement moléculaire qui intervient directement dans l'audition que ce n'est la chaleur qui fait tourner la roue en l'échauffant. Les deux forces donnent naissance à des forces dérivées d'elles, sans doute, mais capables de produire un travail bien autrement utile ; dans un cas, la chaleur donne naissance à la vapeur qui agit par sa formidable pression; dans l'autre, l'ébranlement moléculaire donne naissance à un ébranlement en totalité infiniment plus puissant.
« Nous avons expérimentalement montré, dit Gellé, (p. 282) au moyen de l'analyse des graphiques du phonographe que cette propagation des vibrations moléculaires existe ; — (elle existe sans aucun doute, mais ce n'est pas le phonographe qui le démontre) — et nous ajouterons que l'observation clinique en donne une démonstration précieuse; car, dans les cas où la platine de l'étrier a été immobilisée à la suite de maladie, par sa soudure au cadre de la fenêtre ovale, l'audition bien qu'affaiblie est loin d'être impossible, tant que le tympan transmet les vibrations ; elle dure fort longtemps malgré cette lésion qui, d'après ces physiologistes, doit anéantir la fonction. »
Il est hors de doute qu'un étrier soudé ne laisse guère passer que l'ébranlement moléculaire et personne n'a jamais songé à le nier. Il est d'autre part aisé de comprendre que dans ce cas l'oscillation totale du tympan, des osselets, n'est plus en cause dans le mécanisme de l'audition, cela va sans dire;