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CHAPITRE V

Nous avons étudié plus haut le fonctionnement de l'appareil centripète de transmission et nous avons abouti à un petit tiraillement périodique des cils de la cellule infusoriforme de Corti. Selon la forme, la force et la périodicité de l'ébranlement, il se produit sur chacun des éléments cochléaires de la papille, consécutivement, un tiraillement ciliaire d'une certaine forme, d'une certaine force et d'une certaine périodicité. Tout cet appareil de transmission a pour effet la transformation de la conduction moléculaire, acoustique, de l'ébranlement en un travail de solhcitation mécanique des milieux suspendus de l'oreille, et le développement d'une action mécanique qui, bien que conjuguée à l'ébranlement moléculaire, est considérablement plus puissante.

Cette irritation de l'élément épithéhal, infusoriforme eçt perçue par les ramosités amœboïdes du prolongement périphérique de la cellule nerveuse du ganghon de Corti et nous entrons ici dans le domaine de la sensation auditive.

Une sensation en apparence aussi simple est au

T.A SENSATION ATIDITIVE jb']

fond quelque chose d'extrêmement compliqué. Ce n'est pas en effet l'irritation propre à l'élément cellulaire épithélial qui est recueillie et transportée in naturd par la chaîne des neurones jusqu'à l'écorce. L'irritation de l'élément épithélial ne dépasse pas l'élément épithélial ; mais cette irritation est perçue, appréciée par le premier neurone, la cellule ganglionnaire, qui l'embrasse de ses ramosités. Or cette cellule ganglionnaire ne s'approprie pas l'irritation de la cellule épithéliale, n'éprouve pas en elle-même la même irritation que cette cellule, et ne la transmet pas, puisqu'elle ne la reçoit pas ; mais elle éprouve au contact de cette irritation cellulaire une irritation qui lui est propre à elle cellule nerveuse, irritation sans doute correspondant au changement d'état de la cellule épithéliale et conjuguée à celle-ci, mais néanmoins aussi différente de l'irritation de l'élément infusoriforme qu'une cellule nerveuse est différente d'une cellule épithéliale ciliée.

Il y a donc dès le premier neurone une sorte de digestion de l'irritation nerveuse éveillée par la perception toute tactile de l'irritation de l'élément épithélial. Et il en va ainsi dé neurone en neurone avec des dispersions, des absorptions ; bref ce qui arrive à l'écorce, — aux nombreux éléments de l'écorce — est tout autre chose que l'irritation périphérique.

Ces cellules se sont éveillées l'une après l'autre, mais chacune a réagi à sa façon et a transmis autre chose que ce qu'elle recevait, et la suivante a reçu autre chose que ce qu'on lui transmettait. Chaque nouveau neurone complique donc l'irritation et la modifie. Il y a à la périphérie épithéliale un tiraille-

l58 L** AUDITION

ment périodique exercé sur les éléments ciliés d'une vaste papille — nous ne sentons qu'une sonorité que nous analysons dans sa force, sa forme, son acuité tonale.

Nous n'avons naturellement aucun droit de penser que la sensation ne s'est produite qu'au niveau même de l'écorce. La sensation élémentaire s'est produite au niveau de chaque élément. La cellule épithélialea senti, la cellule du ganglion de Corti a senti, tous les neurones ont senti l'irritation dont ils étaient le siège, mais c'est au niveau de ce vaste réseau de l'écorce où par les multiples associations chaque irritation cellulaire prend place dans la vaste conscience c'est-à-dire dans la cohésion de toutes les parties sentantes, que la sensation se définit par ce fait qu'elle a sa place, son lieu dans l'ensemble des perceptions.

Les voies auditives ne sont donc pas une grande route où cheminent des sensations auditives, cela n'a aucun sens. C'est comme une poste où on changerait à chaque relai non seulement les chevaux et le véhicule, mais le voyageur lui-même. Chaque neurone a sa réaction propre, ses connexions anatomiques propres et par conséquent ses dispersions et ses adjonctions propres. Et néanmoins chaque neurone, dans sa réaction personnelle à l'irritation qu'il emprunte au précédent, offre une réaction appropriée à cette irritation. C'est par cette série d'appropriations conjuguées de réactions élémentaires individuelles que s'opère la mise en rapport de la conscience avec la périphérie sensorielle.

Un tiraillement des éléments de notre papille

LA SENSATION AUDITIVE iSg

cochléaire devient une irritation de nos éléments corticaux très difiTérente de l'irritation d'autres éléments corticaux autrement situés. Cette irritation, nous la distinguons des autres par des caractères qui en font l'image sensorielle que nous appelons son. Et ce son a pour qualités la force, qui correspond à la force du tiraillement épithélial, à la force de l'ébranlement extérieur, — l'acuité tonale, qui correspond à la périodicité du tiraillement papillaire, à la périodicité de l'ébranlement extérieur, — et le timbre, correspondant la forme du tiraillement épithélial, à la forme de l'ébranlement extérieur.

Cette sensation sonore a un caractère continu, elle n'existe que quand le tiraillement a une périodicité assez courte, pour que la phase négative de l'ébranlement ne laisse paç se produire une interruption totale de l'irritation cochléaire ; il faut pour cela une périodicité plus courte qu'un vingtième de seconde.

Les sensations visuelles, thermiques, dues à des ébranlements de périodicité beaucoup plus courte encore que les plus hautes tonalités sonores, sont naturellement aussi continues, mais elles se produisent en des zones cérébrales organiquement distinctes et distantes des zones où aboutit l'irritation auditive. De par leur distribution même dans le milieu des éléments associés de l'écorce, ces sensations sont forcément distinctes, puisqu'elles n'ont pas le même lieu. Et précisément parce qu'elles n'ont pas le même domaine organique, elles ne peuvent se confondre; mais comme elles sont toutes dans le domaine des associations intracentrales dont la composition constitue cette chose complexe et étendue qui est la

i6o i/ai'ditton

conscience, elles peuvent se comparer entre elles et nous les distinguons par des caractères propres, tout en leur reconnaissant des qualités comparables.

La chaleur, la lumière et le son sont des sensations continues.

Elles peuvent être fortes ou faibles, c'est-à-dire plus ou moins fortement senties :

Elles peuvent être classées selon une échelle d'acuités, de tonalités ; c'est-à-dire que tout en étant forte ou faible la chaleur peut occuper tel niveau dans la sensibilité thermique, tel degré du thermomètre; la couleur a telle tonalité, telle place dans le spectre; le son telle acuité, tel rang dans l'échelle des tonalités.

La forme de l'ébranlement ne semble pas nous fournir d'impression sensorielle particulière quand il s'agit de l'ébranlement thermique ou lumineux, et cependant ces ébranlements ont sans doute une forme, mais il semble que l'énorme rapidité de la succession des ondulations ne laisse pas de place à une analyse de la forme même de chaque phase. Pour l'ébranlement sonore, sa lenteur relative permet cette analyse et nous en tirons la sensation de timbre.

Nous sommes sensibles non seulement à l'intensité et à la périodicité, mais aux détails mêmes de la forme ondulatoire, et il faut reconnaître que l'étalement de l'ondulation sUr la vaste papille spirale est favorable à une analyse extrêmement délicate des moindres accidents de la courbe ondulatoire. De là la notion du timbre, associée à la sensation de forme plus ou moins régulière ou irrégulière de la phase ondulatoire et qui nous permet de distinguer entre diverses sonorités de même force et de même tonalité.

LA SENSATION AIDITIVE l6l

On peut mesurer l'acuité auditive au moyen d'un très grand nombre d'acoumètres qui tous ont divers défauts, soit par leur complication ou leur variabilité, soit par le choix de la source sonore elle-même. Je renverrai aux livres spéciaux d'otologie pour la description de ces appareils, qui donnent le plus souvent des résultats qui ne sont pas comparables d'un instrument à l'autre, d'un observateur à l'autre. J'ai proposé, au Congrès international de Londres et au Congrès international de Paris, en 1900, que tous les aurisles adoptent le diapason de 100 vibrations (allemandes) à la seconde, ce chiffre 100 n'appartenant au système musical d'aucun pays, ce qui est un avantage au point de vue international, et appartenant aux méthodes chronographiques de tous les pays, puisque la seconde, dont il donne la centième partie, est l'unité de temps elle-même. Ce diapason ne vaut naturellement pas pour toutes les mesures acoumétriques, mais il fait étalon, et l'on peut lui associer ses multiples, les diapasons de i 000 et 10 000 vibrations, pour pouvoir avec ces trois appareils avoir une évaluation de la capacité auditive au moins aussi pratique et utile que celles des séries classiques de diapasons si coûteuses, si peu portatives, et il faut le reconnaître, si peu justes.

De plus en plus instamment les médecins auristes et les physiologistes ressentent le besoin d'une notation acoumétrique unique, simple et pratique, destinée à rendre les observations cliniques et expérimentales aussi intelligibles d'un auteur à l'autre et d'un pays à un autre que le sont entre elles les observations des ophtalmologistes. D'intéressants efforts ont

été tentés dans ce but en Allemagne, en Italie, et aussi en France dans ces derniers temps. Knapp, Hartmann, Kessel, Bezold, de Stein, Habermann, Zwardemaker, Bloch, Bartb, Gradenigo, Baratoux ont proposé divers systèmes de notation dont chacun offre de réels avantages, mais aussi des inconvénients de lecture, dus surtout à leur complexité^ et qui ont empêché jusqu'ici cette urgente réforme de vaincre l'inertie des praticiens.

Pour être adopté universellement en principe, et surtout pour pénétrer dans l'usage courant, un bon procédé acoumétrique doit être simple, mais suffisamment exact et pratique pour donner, par sa lecture, avant tout facile et parlant aux yeux, une notion rapide et satisfaisante de l'état fondamental de la fonction auditive.

Il faut sans doute qu'un examen fonctionnel soit complet pour qu'on en puisse, avec quelque sécurité, tirer un document diagnostique, mais il n'est pas nécessaire, dans la pratique, que tout l'examen soit condensé en un faisceau serré dans une seule notation. Il faut abandonner d'abord toute préoccupation et toute prétention de diagnostic par la seule notation acoumétrique. Le relevé acoumétrique le plus complet ne peut se passer d'un examen visuel d'abord, et aussi de certaines recherches sur le fonctionnement des parties intéressant l'appareil de transmission; mais, en outre, c'est à grand'peine qu'avec l'examen des fonctions non auditives de l'oreille, on arrivera, par l'ensemble de tous les signes et symptômes, à formuler un diagnostic inattaquable.

Si l'onjetle les yeux sur certaines formules dénota-

LA. SE?îSATIO?ï AUDITIVE l63

tiens acoumétriques, telles que la suivante, d'Haber-

mann :

us f

IW (

fl )

0j us I /-\

uw

fl

o.io st. O.IO

5" cp 6"

la co 14

0' Gh- 5.6.7.8 5.6.7.8

OU celle-ci de Bloch :

^ (^'""^ ijLÏS '^^'*- ®'' "" &~^^@ ' ' ~ «^- (38/65)

PC c' -i— , G (2,5 ^*°*"

OU celle-ci de Gradenigo :

AD —8 o,o5-|- -|->4 0.3o-o,i5 >4

S(i8)-f-6W/ R (4- 16"). H, Hm, Ht, P. v, V;

AS — i5o,o5-|- -h > 4 2,00-1,00 >4

13 4a 7a 9a 100 95 100 Ut, ut, ut*, ut2, ut3, ut*, ut"\ 5o 80 87 95 100 100 loo

ou enfin celle de Baratoux :

Ad 3.25 > 4

PA = h(5); Ph;

As c 0.20

o.ii 0.71 61

Gai.

iG^j l'audition

on sera immcdiatement frappé de leur effrayante complexité, bien que chacune d'elles réunisse le plus possible de données utiles. Mais jamais un clinicien ne lirait une analyse d'urine notée selon ces principes. Il faut quelques chiffres, bien choisis et le moins d'algèbre possible.

Il y a évidemment un grand nombre de points à examiner dans l'étude de la fonction auditive avec ses particularités chez un sujet donné, mais je trouve, pour ma part, parfaitement impossible à réaliser dans la pratique courante le relevé de toutes les particularités de chaque oreille, à des points de vue dont on pourra multiplier à plaisir le nombre. Certaines sont de première importance et doivent toujours être exanjinées ; les autres viennent apporter leur signification propre pour définir par leur concours le genre de lésion probable et classer cliniquement le trouble considéré ; mais si elles ont dans tel cas une grande importance, elles peuvent n'en avoir aucune dans tel autre, et il ne faut pas évidemment songer à en encombrer la pratique courante et à en surcharger la notation clinique.

Pour prendre un exemple qui rendra bien ma pensée, je dirai que la formule acoumétrique, que je voudrais voir adopter et entrer dans l'usage courant doit avoir dans le signalement d'un individu la simplicité de ce qu'on appelle une pointure. Il n'y a pas deux mains qui se ressemblent, ni deux pieds, et la notation morphologique ou physiologique d'une de ces extrémités pourrait comporterdes termes en nombre infini ; et pourtant dans la pratique des bottiers et des gantiers tout se réduit à quelques pointures simples. On

LA SE>SVTIOIS AIDITIVE l65

chausse tant, on gante tel numéro, ou a telle pointure acoumétrique.

L'acoumétrie doit être avant tout la mesure de la capacité auditive pour les sons transmis par l'air (audition proprement dite) et pour les sons transmis par contact (paracousie de Weber). Il y a, en clinique surtout, un intérêt immédiat à comparer les valeurs respectives de ces deux modes d'audition, et pour les comparer, il faut que ces valeurs soient fournies par le même procédé d'évaluation. D'autre part, il est sans contredit infiniment plus rationnel de comparer des grandeurs connues que d'établir un rapport plus ou moins mal défini entre deux valeurs également ignorées.

Cette double observation nous permet d'écarter de la notation minima fondamentale :

i*^ L'examen par la montre, parce que toutes les montres ne sont pas équivalentes comme sonorité ; et que la graduation d'intensité, qui s'évalue par la distance, ne peut servir pour mesurer l'audition au contact, puisque, dans ce cas, la distance est constante;

2** Les nombreux modèles d\icou mètres sans graduation, pour des raisons analogues;

3** La i^oia: haute ou chuchotée, pour ces mêmes raisons d'abord, et aussi parce qu'elle se gradue mal, la qualité d'articulation y complique la puissance phonale. La faculté de discernement et d'analyse, l'intelligence des sonorités complexes du langage est trop difficile à noter simplement, si important que soit son examen, pour que sa formule puisse entrer dans un énoncé acoumétrique simple ;

1 66 l'auditu»

■ 4" Les sifflets et instruments à sons aigus, parce

qu'ils ont des intensités extrêmement variables

d'abord; ensuite parce qu'ils n'ont rien à voir, à

cause de leur acuité, avec la perception au contact,

et surtout parce qu'ils renseignent réellement fort peu

sur la nature et le siège de l'obstacle à l'audition ;

5** \j'' épreuve de Weber, parce qu'au lieu de la comparaison mal définie qu'elle nous donne entre deux auditions dont aucune n'est évaluée, et cela par simple latéralisation, il est plus utile d'évaluer directement l'audition mastoïdienne de l'un et de l'autre côté ;

6"^ De même V épreuve de Rinne, En évaluant avec précision et en les rapportant à la même unité sonore l'audition aérienne et la solidienne d'un même côté, on en sait plus qu'en recherchant simplement laquelle l'emporte sur l'autre;

7° Et enfin V épreuve de Schwabacliy puisque nous avons la valeur exacte de l'audition par contact, qu'il nous suffit de rapporter à la normale.

Tous les acoumètres employés — ou abandonnés — reposent sur l'un ou l'autre de ces principes : faire entendre un son d'intensité constante à une distance variable ou un son d'intensité variable à une distance constante. Mais comme la chnique et la physiologie exigent souvent l'examen comparatif de l'audition à distance et de l'audition au contact^ il faut s'adresser aux instruments à intensité variable, la variation de distance n'intervenant pas.

La source sonore est soit une boule métallique tombant sur un anneau (Itard) ou un marteau de métal tombant sur un tube (Politzer), ou une bille tombant sur

un diapason (Magnus) ou une goutte d'eau tombant sur une lame métallique (Lévy, Toulouse et Vaschide *) d'une hauteur variable et mesurée. On a employé aussi les séries de diapasons, de verges vibrantes, lames de boîtes à musique, accordéons, etc ; des audiomètres dans lesquels le bruit d'une montre est plus ou moins étouffé (Hélot, Ch. Henry); des diapasons électriques, des appareils téléphoniques (Hughes), etc. Tous ces appareils sont en réalité peu employés et fournissent des unités sonores peu pratiques.

Restent donc les diapasons.

Tout d'abord, est-il utile d'avoir une série de diapasons ? Sans doute, on n'a jamais trop de renseignements et tout a de l'intérêt en clinique, mais est-il utile que l'examen par la série des diapasons soit porté dans la notation courante ? D'abord, cet examen est rarement pratiqué, long pour l'opérateur et pour l'opéré, et surtout il renseigne peu, dans l'état actuel de nos connaissances physiologiques, sur l'état de la papille cochléaire, la théorie de Helmholtz et les autres qui lui ont succédé dans l'admission des localisations papillaires étant aujourd'hui justement abandonnées.

Quel diapason adopter ?

Un diapason grave, c'est-à-dire grand et lourd, conviendra seul à l'évaluation de l'audition au contact. Gradenigo se sert, pour l'épreuve de Weber et pour celle de Schwabach, d'un diapason de 128 vibrations, et pour celle de Rinne, d'un autre diapason de

I. Toulouse et Vaschide. Nouvelle méthode pour la mesure de Tacuité auditive pour l'intensité des sons. Académie des Scienscs, 19 février 1900.

lft8 i/vuniTioN

64 vibralions. J'ai proposé à la Société de Laryngologie, le i4 avril 1899, le diapason de 100 vibrations doubles qui a l'avantage de rester en dehors de tout système musical et d'être déjà d'un usage constant en chronographie. Il convient parfaitement à la mesure de l'audition aérienne et de la solidienne.

Il doit être assez fort pour être perçu du plus grand nombre de sourds. Il doit vibrer assez longtemps, mais pas trop, car l'expérience montre que si la durée de l'extinction du diapason laissé libre rend négligeables les erreurs de quelques secondes, en revanche, elle augmente la période d'incertitude pendant laquelle le sujet ne sait s'il entend encore ou s'il a cessé d'entendre.

Il ne portera pas d'étaux, qui peuvent se déplacer au moment du choc et ne sont pas toujours replacés au même point, ce qui altère les quaUtés physiques de la vibration.

Il n'est pas nécessaire, de plus, que le diapason ait une grande sonorité aérienne, car il importe que toute la sonorité vienne de la même source, que l'on examine l'audition aérienne ou la solidienne, et pour cette dernière, on ne peut utiliser que le pied du diapason. La plupart des auristes, dans l'épreuve de Rinne, par exemple, mesurent l'audition aérienne par le son produit à l'extrémité des branches, point où la vibration est molaire et la sonorité maxima, et ils évaluent ensuite l'audition au contact par le son qui émane du pied du diapason, où la vibration est moléculaire et la sonorité minima. Ce procédé est incorrect, car on ne doit pas comparer deux modes fonctionnels en les rapportant a ^es unités sonores

différentes. En plaçant le pied du diapason sur le tube otoscopique introduit dans le conduit auditif, au voisinage de l'oreille du sujet, on évaluera l'audition aérienne avec la même unité sonore que la solidienne, et on pourra se rendre compte soi-même de l'intensité sonore en jeu. Il importera donc peu que l'extrémité libre émette beaucoup de son ; il y a même avantage à ce qu'il n'en soit pas ainsi, quand on examine l'audition du diapason placé sur le genou, par exemple (paracousie lointaine), comme je l'ai conseillé antérieurement, car le diapason se fait entendre alors aussi par l'air, ce qui est une cause d'erreur.

J'ai donc fait construire, par M. CoUin, un diapason type, donnant exactement loo vibrations doubles, dont les bra nches ont une épaisseur croissante de bas en haut, sans étaux, sans harmoniques, et dont le son est assez puissant et d'une grande pénétration par le contact du pied.

Les dimensions sont les suivantes :

Hauteur de la branche.. 180 millimètres.

Largeur au pied. ... 5 —

— au sommet.. , i5 —

Épaisseur i5 —

Ecartement 20 —

Comment se servir du diapason pour évaluer l'audition ?

Les auteurs allemands comptent le temps qui s'écoule entre le moment où l'on frappe le diapason et celui où l'on cesse de l'entendre. Or, ce temps varie avec la force avec laquelle le diapason est mis en vibration, bien qu'après le choc il s'établisse rapidement un régime de décroissance. Il est donc peu sûr

BOMNIEK. 10

de prendre pour point de départ un phénomène aussi inconstant que la mise en vibration du diapason par une force évidemment variable.

J'ai proposé * une méthode optique d'une grande simplicité et qui donne des mensurations rapides, précises et délicates. A l'une des extrémités libres j'ai fixé une tige brillante qui peut se rabattre sur le corps de la branche quand le diapason ne sert pas.

Quand on fait osciller le diapason dans le plan de ses branches, en éclairant fortement, on voit que la tige donne une image plane et continue si le diapason ne vibre pas, ou vibre à peine ; mais l'image apparaît striée dès qu'il vibre sensiblement, et la striation est d'autant plus nette que l'amplitude de vibration est plus grande. Le passage de l'image striée, de moins en moins nette, mais longtemps perceptible, à l'image plane se fait rapidement, pendant quelques secondes d'incertitude à peine. Ce passage est le o de la graduation.

Une bonne oreille entend encore le diapason de 20 à 3o secondes après la disparition de l'image striée ; on note donc + 20 ou + 3o.

L'audition est donc positive et vaut n secondes.

Une mauvaise oreille cessera d'entendre plus ou moins longtemps avant la disparition de l'image striée, et elle vaudra — n secondes, — ou vers le o, ou peu au-dessus.

Et cela pour l'audition aérienne, comme pour l'audition par contact à la mastoïde et au genou. Ces

I. Voir Archives internationales de laryngologie, p. i3i, ï899-

trois mesures sont fondamentales. Selon qu'il s'agit, d'après l'examen de l'audition par le diapason placé sur le tube otoscopique, d'une audition bonne ou mauvaise, on opère différemment. S'il s'agit d'une bonne oreille, je cherche d'iabord la disparition de la striation, et je compte combien de secondes l'audition persiste ; s'il s'agit d'une mauvaise, je compte combien de temps s'écoule entre la cessation de l'audition et l'apparition de l'image plane.

Depuis, le D*" Gradenigo, au dernier congrès de Londres, en août 1899, ^ présenté une autre méthode optique, très élégante qui consiste à adapter à l'extrémité de l'une des branches une petite figure triangulaire :

Quand le diapason vibre, le blanc se superpose au noir d'autant plus que l'amplitude oscillatoire est plus grande et le petit triangle noir a une hauteur qui croît avec la diminution de l'amplitude ; elle revient à la position d'immobilité, d'après l'auteur, au moment où une oreille normale cesse ou à peu près d'entendre. Ceci n'est naturellement exact que pour un diapason très grave, 48 vibrations. Dix dentelures des bords du triangle noir divisent la hauteur totale en dix degrés, et la simple inspection du triangle permet de reconnaître le degré d'audition sans aucun calcul, et sans faire intervenir la notion du temps.

Avec mon diapason de 100 vibrations auquel j'ai adapté l'image même publiée par Gradenigo, la position d'immobilité de l'image est atteinte naturellement longtemps avant qu'une oreille normale cesse d'entendre, et plus de quarante secondes avant quel'image striée de l'aiguille ait fait place à une image plane. D'autre part, il nous donne seulement le chiffre de 48 vibra-

J'JVi L AUDITION

tions, ce qui n'est que la vitesse, et non Tamplitude de la vibration. Or, c'est l'amplitude qui est ici en jeu, aussi bien pour le phénomène optique que pour l'auditif, et cette amplitude varie avec le diapason choisi, plusieurs sortes de diapasons pouvant fournir 48 vibrations avec des amplitudes diverses. Mais l'entente sur le diapason serait facile et le procédé reste excellent par sa jolie simplicité et sa précision relative.

Pour ma part, je trouve des avantages à l'évalua^ tion en secondes, qui me permettra des graduations assez délicates dont je saisis les moindres variations d'un jour à l'autre, avant et après l'intervention, et facilitent les graphiques.

J'évalue donc la perception sonore, avec le pied du diapason,

1° Sur le tube otoscopique introduit dans l'oreille = A.

2° Placé sur la mastoïde (paracousie immédiate) = P.

3° Placé sur la rotule (paracousie lointaine) = p.

Une formule acoumétrique comporte uniquement ces trois chiflres, donc le dernier manque dans l'audition normale, et je n'ai qu'à les énoncer dans un ordre invariable, A. P. p., comme font les tailleurs pour leurs mesures. En voici quelques exemples :

OD = A -f- i5, P — a5, p. manque

ou simplement

H- 2o — 3o OG =: A -h ao, P — 3o, p. manque

C'est une oreille sensiblement normale.

— lo I — 35

LA SENSATION AUDITIVE lyS

Cette pointure acoumétrique, la mienne, révèle une audition aérienne moyenne, avec une audition para- ' cousique exagérée, surtout à gauche, du côté où l'aérienne est moins bonne. Cette diflerence entre la paracousie mastoïdienne droite et la gauche, sensible avec mon procédé, n'est pas assez accentuée pour faire apparaître le signe de Weber, et la latéralisation à gauche. Au genou, l'écart paracousique est plus sensible, — 35 à droite et — 5o à gauche, il coïncide avec une rhinite postérieure passagère et le diapason posé sur le genou droit se fait entendre plus longtemps que sur le gauche. D'ailleurs, ici, le signe de Weber apparaît, et au début, quand le diapason vibre fort, c'est dans l'oreille droite que je le perçois d'abord, même quand il est placé sur le genou gauche.

Ce signe du genou est très sensible, car à l'apparition du rhume, il apparaît chez moi avec autant de netteté que chez un vieux scléreux, entendant mal depuis plus de quinze ans et dont la formule, la pointure acoumétrique est

D = — 3o — lo — 45 G = — 3o — i5 — 55

ou

— lO

On voit immédiatement à la lecture que l'audition aérienne est négative, et assez fortement des deux côtés, que la paracousie mastoïdienne est sensible, mais moindre que chez moi ; il n'y a pas de signe de Weber, ni pour la mastoïde, ni pour le genou. En revanche le Rinne apparaît très nettement négatif.

Chez cette autre malade, aflQigée d'une sclérose

ancienne à droite, et d'une otite moyenne récente à gauche, je trouve

D = — 45 — lo — 65 —45 — lo I — 65

Les signes de Weber, de Rinne et de Schwabach sont ici très nets.

Un autre exemple montrera immédiatement le côté pratique de cet examen si simple et comment les variations délicates sont notées d'une façon saisissante.

P = — 6o. — 4o, manque — 6o 1 — 4o 1 —

r> * ou i i

G = manque, — lo, manque. — | — lo | —

L'oreille gauôhe est presque totalement sourde pour la vibration aérienne, en revanche la paracousie y est très élevée à la mastoïde ; elle manque des deux côtés aux genoux.

La douche d'air de Politzer et le massage de Delstanche n'amènent aucun changement ; je pratique à l'aide de mon tympanomoteur quelques légères tractions élastiques sur la chaîne des osselets, et outre la diminution très sensible des bourdonnements et de la

constriction labyrinthique, je trouve

— 3o — 45, manque — 3o I — 45 I —

? — 5, manque — ( — 5 | —

Du côté droit, le moins atteint, l'audition aérienne a augmenté, et la paracousie a diminué, ce qui est excellent ; du côté gauche, côté de l'otite, l'aérienne et la paracousie immédiate ont parallèlement augmenté. La variation de la transmission, qui a de ce côté favorisé simultanément l'audition et la paracousie s'est donc

nettement manifestée par un changement dans la formule acoumétrique.

En résumé, il ne faut que quelques minutes pour relever un état fonctionnel ou ses moindres variations, fussent-elles passagères. Sans doute, le procédé optique que j'ai recommandé et dont Gradenigo a fait un si joli emploi de son côté, l'emporte jusqu'ici sur toutes les méthodes connues, mais le dernier mot n'est pas dit dans cette utile recherche.

Quant à la capacité auditive en périodicités distinctes, nous savons que les sons les plus graves que nous possédons dans notre sensation auditive correspondent à 16 vibrations doubles par seconde et les plus aigus à 38000.

Dans cet espace, de bas en haut, de grave à l'aigu, nous avons ii octaves, c'est-à-dire qu'une périodicité prise dans les sons graves pourra se doubler 1 1 fois, ce qui fait une échelle considérable de tonalités puisqu'elle comprend ii octaves, dans lesquelles nous percevons 5 876 tonalités différentes d'après Helm-

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