HOLTZ
Quant aux variations en forme, elles sont sans doute extrêmes et nous n'avons aucune terminologie rationnelle pour justifier les timbres, aucun procédé pour les évaluer et les classer.
En résumé la sensation auditive est assez mal évaluée dans sa capacité par les physiologistes, faute d'étalon acoumétrique ; d'ailleurs les chiffres ont ici une valeur très conventionnelle. La sensation auditive est soumise aux lois qui régissent toutes les excitations sensorielles et sensitives et qui seront exposées dans un autre volume de cette collection.
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Dans une communication du 3 juillet 1897*, à la Société de biologie de Paris, M. André Broga remarquait que de même que la notion de couleur dépend, dans certaines limites, de l'intensité, de même par le son, il y a une loi analogue qu'on peut formuler ainsi : Qnahd Vintensité du son diminue, le son montey la période vibratoire du corps sonore restant constante et parallèlement un son dont l'intensité augmente paraît plus grave. Il remarquait avec raison, comme application de cette singularité, que les premiers violons doivent jouer plus aigu pour rester justes quand ils ont à exécuter un forte, le forte ayant pour effet d'abaisser la tonalité.
Dans la séance suivante le 10 juillet*, j'ajoute que cette observation s'applique non seulement aux instruments à cordes, mais aussi aux cuivres, pour lesquels la vibration des lèvres fixe la tonalité. De même le tambour, la caisse, les timbales jouent plus grave, quand ils jouent plus fort, ne pouvant pas modifier simultanément et volontairement la tonalité. Il en est de même pour les bois à anche; pour la flûte, l'intensité du souffle fait hausser naturellement la tonalité.
Dans les imitations du tonnerre au théâtre, le son est un peu plus grave dans le forte. Par le tonnerre lui-même, il semble au contraire que le son s'élève en devenant plus intense ; mais ici la tonalité
1. André Broc a. Influence de l'intensité sur la hauteur du son. Société de biologie, 3 juillet 1897.
2. P. BoNNiER. Pourquoi la tonalité du son perçu par l'oreille varie-t-elle avec son intensité ? Société de Biologie, lo juillet
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du tonnerre varie avec des causes multiples et rien ne permet de supposer que l'éclair ait une vitesse uniforme dans son trajet. Il produit donc des sons variant. De même un train dont le sifflet a une tonalité qui varie selon qu'il s'approche ou s'éloigne.
Dans tous ces phénomènes, il s'agit de variation dans l'intensité de la source sonore elle-même, et l'on peut se demander si la variation de tonalité est un phénomène objectif qu'enregistre l'oreille, ou si elle est au contraire un phénomène physiologique simple.
J'ai depuis longtemps observé, ainsi sans doute que beaucoup d'auristes, que dans certaines épreuves de l'ouïe où l'on fait varier le fonctionnement auriculaire, la source sonore ne variant pas, on constate également que la tonalité du son perçu varie avec son intensité, et cela dans le même sens qu'indique M. Broga, mais dans une proportion beaucoup plus sensible. Que l'on examine l'audition aérienne ou la transmission cranio-tympanique, que le diapason vibre auprès du méat sur un tube adapté au conduit, sur l'apophyse mastoïde ou sur le vertex, le son devient plus grave en devenant plus intense, plus aigu en s'affaiblissant, et les variations dépassent facilement le demi-ton.
Dans ces épreuves, que je n'énuméreraipas, et dont la technique est très variée, on fait en réalité varier l'intensité du son perçu, en modifiant les conditions de sa transmission, et les choses se ramènent aux conditions précédentes. Mais dans d'autres épreuves, le fonctionnement auriculaire est plus profondément troublé. Dans l'épreuve des pressions centripètes de Gellé, par exemple, on augmente la pression de l'air
du conduit, refoulant vers les papilles labyrinthiques les milieux inertes et suspendus de l'appareil de transnnission. Une très faible pression augmente la densité de Tair du conduit, rend plus solidaires les parties conjuguées de l'oreille moyenne et le son apparaît plus fort et plus fi;ra{>e. Une pression plus forte gêne l'inertie des milieux oscillants, étouffe le son et le fait paraître plus aigu.
Si, un diapason vibrant près du méat de l'oreille, je m'incline en abaissant fortement la tête, la tension vasculaire et labyrinthiquc exagérée accroît la sensation sonore dans son intensité et abaisse la tonalité ; d'autres exemples nous montreraient encore que la variation de tonalité est liée au fonctionnement même de l'oreille et non au phénomène physique extérieur. Beaucoup d'affections de l'appareil de transmission vicient la justesse de l'audition tonale. D'ailleurs, nous savons que les variations d'intensité de l'ébranlement sonore n'influent pas sur sa périodicité; mais, comme l'a remarqué M. Broca, et dans certaines limites, elles agissent 5M/- la {^itesse de propagation.
Ce point me semble intéressant à relever, car il doit constituer un argument de plus contre la malheureuse assimilation que fît Helmboltz de l'oreille à un appareil résonateur.
On sait qu'un son donné fait vibrer non seulement un résonateur propre, mais un peu aussi les résonateurs de tonalité toute proche. Si le son augmente, la résonance des résonateurs voisins comme tonalité sera naturellement plus manifeste, mais dans aucun cas ne supplantera la résonance du résonateur propre. Si notre oreille réagit tonalement d'une façon qui,
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dans de certaines limites, varie avec l'intensité du son perçu, c'est une preuve de plus qu'elle ne fonctionne pas comme les résonateurs.
Si Ton se reporte au contraire à ma théorie de l'ondulation longitudinale et ascendante développée au niveau de la papille basilaire suspendue, et si Pon considère que cette ondulation longitudinale est conjuguée à l'oscillation transversale de l'extrémité actionnée, dans sa forme, dans sa périodicité, dans son intensité, il est facile d'admettre de plus que la vitesse de propagation de l'ondulation longitudinale, dans des proportions appréciables, varie avec l'énergie de l'oscillation transversale. Plus la secousse est forte, plus l'ondulation se propage vite, c'est-à-dire, plus elle intéresse de longueur de corde dans une même phase ondulatoire.
Si l'on reporte ce phénomène, facile à constater sur une corde suspendue, au cordon basilaire, on peut admettre que plus l'ébranlement transversal de la base est intense, plus la phase ondulatoire — dans de certaines limites, — occupe une grande portion de la papille cochléaire : c'est-à-dire qu'un même élément, situé à un point donné de la papille, sera ramené au même point de la phase ondulatoire selon une période d'autant plus longue que l'ébranlement sera plus intense. 11 s'ensuit que, pour lui, la phase ondulatoire, tout en étant plus forte, sera plus lente et que le son perçu sera plus grave. Et comme il en est de même pour tous les éléments qui se suivent le long de cette papille, le son continu apparaîtra plus grave. Et inversement quand l'intensité diminue, le son continu est plus aigu.
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Nous avons vu que la sensation auditive nous fournissait la perception sonore et que Ton trouvait dans le son les qualités correspondant à celles deTébranlement extérieur :
L'intensité correspondait à l'amplitude de l'ébranlement,
La hauteur correspondant à sa périodicité,
Le timbre correspondant à la forme de l'ébranlement et permettant de distingner toutes les variétés sonores, en dehors de l'intensité et de la hauteur, depuis la plus pure, correspondant à l'ébranlement le plus régulier de forme, c'est-à-dire le son, jusqu'aux plus complexes, correspondant à des formes irrégulières, c'est-à-dire les bruits. 11 n'y a pas de limite entre ces deux extrêmes, carde la régularité absolue jusqu'à l'irrégularité infinie toutes les nuances peuvent s'observer. Le son comme le bruit a une force et une hauteur que l'oreille peut toujours apprécier, dans les limites de sa capacité auditive. Dans les sonorités très intenses ou très faibles, très aiguës ou très graves, l'appréciation physiologique est facilement en défaut, cela se conçoit.
Si l'on compare entre elles les sensations de lumière, de chaleur et de sonorité, on observe d'abord, comme nous l'avons fait déjà, qu'elles sont continues toutes trois et ne révèlent en rien l'existence de l'ébranlement lumineux, thermique ou sonore. Ce n'est donc pas par ce caractère qu'on les différenciera. Elles peuvent, nous l'avons dit aussi, être foites ou faibles, et vont de l'imperceptibilité à l'éblouissement, à l'assourdissement, à l'anesthésie par excès de sensation. Elles peuvent se classer par tonalités, par degrés, par
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nuances le long d'une échelle de valeurs et d'acuités. De plus leur origine extérieure est localisée, si elle est au contact, ou orientée si elle est à distance. Toutes ces qualités sont communes aux trois sensations. Elles sont toutes trois extériorisées par un même mécanisme dont nous allons parler.
PourBECHTEREW, l'objectivatiou, Pextériorisationest extrêmement difficile à comprendre si l'on ne fait pas intervenir les fibres centrifuges récurrentes, qui descendent le courant ascendant des voies sensitives centripètes, et vont des centres vers la périphérie. Je pense que cette action d'extériorisation peut s'expliquer autrement et que les fibres récurrentes n'y jouent pas le rôle supposé, lequel serait d'ailleurs tout aussi difficile à comprendre dans son mécanisme. J'ai fait observer autrefois dans mon livre sur le Vertige^ ^*^ j y suis largement revenu dans un livre plus récent sur V Orientation^^ que tout appareil sensoriel localisait par le fait seul que chaque point de la périphérie sensorielle était conjugué à un point des centres et qu'il suffisait que tel point d'une surface sensorielle fût intéressé pour que l'excitation centrale se produisît en tel point de la surface, de l'étendue des centres, et en nul autre. A la distribution sensorielle périphérique correspond une distribution sensorielle centrale, et l'orientation se fait directement par distribution topographique dans nos centres. C'est tel point de nos téguments qui est touché et non tel autre parce que c'est tel point de nos centres qui est irrité et non tel autre. L^orientation est automatique. De même quand il