‹ L'aumôneChapitre 11 sur 30 · PATRONNE · texte numérisé non relu

PATRONNE

de r Œuvre des Dames de Miséricorde de Reims,

Conférences prêchées en 1868-70-71.

La première de ces Conférences montre en sainte Elisabeth le modèle et l'héroïne de la charité. Les quatre suivantes, prêchées en des jours d'incomparable angoisse, présentent la a chère sainte » comme Is type de la femme forte au milieu des épreuves et des malheurs de la vie, et pourraient, selon un mot de l'auteur lui-même, être nommées le catéchisme de la douleur.

Sainte Elisabeth, modèle de charité.

Compaiiebatur anima mea pauperi.

Mon âme était pleine de compassion pour le pauvre. (Job. 3o. 25.)

Je ne sais si je me trompe, mais il me semble qu^on pourrait établir deux grandes divisions parmi les saints. Les premiers n'ont rien eu d'extraordinaire dans leur vie extérieure ; leur existence était simple, calme et pacifique ; mais^ sous ces dehors de simplicité vulgaire, ils cachaient un grand amour de Dieu, et par conséquent une trèsgrande perfection. Les autres ont eu, dans la pratique du bien, je ne sais quelles saintes

audaces que leur inspirait le génie de la charité ; ils ont mis dans leurs œuvres ces formes d'un héroïsme éclatant qui excitent Tadmiration et souvent provoquent les censures du monde. Ces généreuses témérités pouvaient tenir à la trempe du tempérament, à des voies spéciales, à des desseins particuliers du Seigneur, et quelquefois aussi aux besoins sociaux des contrées où vivaient ces amis de Dieu. Et d'ailleurs, en face des excès de tout genre que se permet rhumanité, excès de sensualisme, d'orgueil, de volupté, d'attachement aux biens de ce monde, n'est-ce pas un noble spectacle de voir toute une armée de héros qui franchit d'un pas assuré les chemins les plus abruptes de la perfection, et qui porte le courage du bien jusqu'à ces saintes extrémités que la nature ne peut guère contempler sans effroi ? Si vous me demandez quels sont dans ces deux ordres les saints les plus agréables à Dieu, je vous répondrai que ce sont les saints dont le cœur

brûle d'un amour plus grand ; car c'est d'abord la charité, le degré de Famour divin : ce ne sont point les choses extraordinaires qui constituent le degré de perfection le plus éminent. Aussi, TEglise^ mère sage et discrète, propose la première catégorie des saints à Timitation des fidèles, et la seconde à notre admiration.

Vous avez. Mesdames, choisi sainte Elisabeth de Hongrie pour la patronne de votre œuvre, et assurément votre choix ne pouvait être mieux inspiré. Sainte Elisabeth est rhéroïne de la charité ; elle a poussé la charité pour les pauvres jusqu'à ces excès qui peuvent effrayer, mais qui arrachent les larmes de Famour et de Fadmiration, alors même qu'on n'est pas appelé à les imiter. Cest ce que je me propose de vous montrer en faisant une rapide analyse de la charité de sainte Elisabeth, et de cet abrégé historique nous tirerons quelques conséquences pour la pratique de votre vie.

Dès sa plus tendre enfance, sainte Elisabeth n'avait jamais pu supporter la vue d'un pauvre sans que son cœur en fût transpercé de douleur. Devenue reine de Hongrie, elle profita de la liberté que lui laissait son pieux mari pour satisfaire ses généreux instincts. Toujours digne et convenable dans ses attitudes de reine, elle savait cependant trouver les moyens les plus ingénieux pour mettre une sorte d'impôt sur les habitudes de luxe qui régnent dans les cours, et tout le superflu qu'elle arrachait ainsi à des vanités inutiles, elle le donnait aux membres souffrants de J.-C. Il lui est arrivé plus d'une fois, après l'effusion de larges libéralités, de donner une partie de ses vêtements, des gants précieux, son manteau. — Mais ce n'était pas seulement avec des dons extérieurs et de l'argent qu'elle exerçait la charité, c'était surtout par le don d'ellemême, par ce dévouement personnel qui se sacrifie, par les soins assidus d'une âme qui se livre elle-même après avoir donné ce

qu'elle possède. Elle allait visiter les pauvres, elle entrait avec un visage souriant dans les chaumières les plus abandonnées, les plus repoussantes par leur malpropreté et le mauvais air ; elle suivait les sentiers les plus difficiles, les plus escarpés ; elle apportait elle-même tout ce qui pouvait être utile aux malheureux habitants. Elle apportait surtout son cœur et sa parole affectueuse, et en la voyant et en Tentendant, les pauvres se rappelaient ce mot si vrai de FEcriture : La parole du cœur vaut encore mieux que le don, verbum melius quam dation. « Les pauvres femmes en couche, dit rillustre historien de sa vie, étaient surtout Tobjet de sa compassion : toutes les fois qu'elle le pouvait, elle allait se mettre à côté de leurs misérables lits, les assistait et les encourageait ; elle prenait leurs nouveau-nés entre ses bras avec un amour de mère, les couvrait d'habits qu'elle avait faits elle-même et les tenait souvent sur les

fonts baptismaux, afin que cette maternité

308 SAi:^TE Ér.ISABETH.

spirituelle pût lui fournir un motif de plus pour les aimer et les soigner pendant toute leur vie. Quand un de ses pauvres mourait, elle venait, dès qu'elle le pouvait, veiller auprès du corps, Tensevelissait de ses propres mains, souvent avec les draps de son propre lit, assistait à ses obsèques, et Ton voyait avec admiration cette noble souveraine suivre avec humilité et recueillement le pauvre cercueil du dernier de ses sujets (i). ï) Rentrée chez elle, elle travaillait pour les pauvres, faisait travailler dans le même but les personnes de sa suite, elle filait de la laine et confectionnait des vêtements.

Non-seulement elle soulageait les pauvres, mais elle tenait à les honorer et à les rendre heureux. Un jour, elle avait donné rendezvous à une multitude de pauvres dans une vaste plaine ; comme une reine glorieuse au milieu de ses enfants, elle présida elle-même

(i) Hist. de S le Elis., par M. de Montalembert, c. 8, 9e édit. t. I, p. 257-258.

à la distribution. A Tapproche de la nuit, tous les pauvres valides retournèrent dans leurs foyers, mais un grand nombre de ceux qui étaient faibles ou malades ne purent repartir et cherchèrent un gîte pour la nuit. En les apercevant, sainte Elisabeth dit à ses suivantes : « Voilà que les plus faibles sont restés, donnons-leur encore quelque chose. » Elle leur distribua du pain et de Fargent. « Je veux donner à ces pauvres gens une fête complète, qu'on leur fasse donc du feu. » D'après ses ordres, on alluma de grands feux partout où ils étaient couchés, et on vint leur laver les pieds et les parfumer. Les pauvres, heureux et gais, se mirent à chanter. De sa chambre, Elisabeth les entendit ; elle accourut aussitôt, et s'écria, toute joyeuse : « Je vous Pavais bien dit, il faut rendre les hommes aussi heureux que possible. » — Puis elle se mêla à la foule pour prendre part à la joie commune (i ) .

(i) Vie de Ste El., par M. de Montalembert^ c. 26 t. 2, p. 8-1 1.

Elle avait une tendresse spéciale pour les lépreux, ces ilotes de la nature humaine, déshérités de toute faveur et de toute affection ; elle allait les visiter, les consolait, les exhortait à la patience; elle leur rendait des services dont les détails font frissonner notre délicatesse. Un jour même que son mari était absent, on vint lui parler d'un pauvre petit lépreux, dont Pétat était si déplorable, que personne ne voulait plus le soigner. Elisabeth en prit un soin tout particulier ; elle lui prodigua les attentions de la plus excessive tendresse ; elle alla même jusqu'à le faire coucher dans son lit royal, A son arrivée, le duc est informé du fait, et ne peut s'empêcher d'un premier mouvement d'impatience ; il entre dans sa chambre, et il enlève brusquement la couverture du lit. Mais, ô merveille ! ce n'est pas un lépreux qu'il aperçoit; il découvre la figure de J.-C. crucifié, étendu dans son lit. A cette vue, il verse des larmes abondantes, sans pouvoir proférer une seule

parole. Puis, se retournant^ il voit sa femme qui s'apprêtait à le calmer, et il s'écrie : (( Elisabeth, ma sœur bien-aimée, je te prie de donner bien souvent mon lit à de pareils hôtes, je t'en saurai bien bon gré. » Vers Tan 1226, une grande disette se déclara dans toute l'Allemagne, les pauvres mouraient en foule, et les routes étaient jonchées de leurs cadavres. Elisabeth fit des aumônes extraordinaires; neuf cents pauvres venaient tous les jours lui demander leur nourriture, et comme plusieurs ne pouvaient pas, à cause de leurs infirmités, gravir la montagne où était situé le palais, elle fit construire à mi-côte plusieurs hospices; elle visitait elle-même les malades^ faisait leurs lits et leur rendait tous les soins d'une infirmière. Dans un de ces hospices, il y avait un asile particulier pour les petits enfants ; elle les aimait comme une mère; aussi, quand elle apparaissait au milieu d'eux, ils couraient au-devant d*elle commue de petits oiseaux, dit un auteur du

temps; ils s^att;^chaient à ses vêtements et s'écriaient : « Maman ! maman ! » Elle les faisait asseoir autour d'elle, leur distribuait de petits présents et les caressait, surtout les plus infirmes. — Quand elle notait pas dans ses hospices, elle allait à la campagne visiter les pauvres qui ne pouvaient pas venir au château ; elle se trouvait auprès du lit des agonisants, les fortifiait dans les luttes de la dernière heure, ou bien elle allait dans les prisons consoler et soigner les détenus. Un jour, pardonnez ce détail, elle entra dans la cabane d'un pauvre malade qui était tout seul; il lui demanda plaintivement du lait, en disant qu'il n'avait pas la force d'aller traire sa vache : Aussitôt la princesse entra dans rétable et se mit en devoir de lui rendre le service qu'il désirait.

Et au milieu de tous ces actes héroïques, de ces excès de charité, savez-vous quels étaient les sentiments de sainte Elisabeth ? les voici exprimés par elle-même dans leur

QUATORZIÈME CONFt^RENCE. 313

admirable simplicité et leur merveilleuse sincérité : « O Seigneur, s'écriait-clle souj) vent, je ne puis assez vous remercier de x> ce que vous me donnez Toccasion de » recueillir et de visiter ces pauvres gens, » qui sont vos plus chers amis, et de ce T> que vous me permettez de les servir 7> ainsi moi-même. »

Voilà, Mesdames, un abrégé des prodiges de charité qui ont illustré la vie de sainte Elisabeth ; vie courte, puisqu'elle est morte à 24 ans, mais pleine devant Dieu et devant les hommes. Je vous en ai prévenues ; cette vie est Phéroïsme de la charité à rétat permanent, c'est l'amour du pauvre poussé jusqu'à la passion, ce sont les pieux excès d'une âme qui était sous le pressoir de la charité du Christ : le monde pourra sourire à certains détails; pour moi, je ne puis qu'admirer, tout en avouant que ces détails ne peuvent pas être généralement imités. Quand je vois un héros qui fait des prodiges sur le champ de bataille, qui cou-

che plusieurs semaines sur la dure, qui s'impose les plus rudes privations, qui souffre du froid, du chaud, pour soutenir rhonneur de la patrie, je ne dis pas à Tensemble des citoyens d'imiter cette vie de sévère abnégation, mais mon cœur est rempli d'une affectueuse vénération. — Ah ! je le répète, quand on voit les excès de la vie voluptueuse, les délicates inventions du sensualisme, les intempérances du luxe, les raffinements de Tamour du bien-être, n'cst-il pas bon, n'est-il pas glorieux de pouvoir présenter la noble contre-partie dans les excès du sacrifice, du désintéressement le plup) complet, dans les délicatesses les plus minutieuses de la charité la plus sévère pour soi et la plus dévouée aux autres ? Oui, ces nobles spectacles font du bien, ils réconcilient avec l'humanité, et quand même les apôtres de la vie sensuelfe devraient en rire, pour nous, comme pour tout homme raisonnable, de pareils exemples sont de l'héroïsme, et il faut avoir l'âme

QUATORZIÈME CQNFÉKENCE. 315

plus que vulgaire pour rire de Théroïsme. J'arrive aux applications que je dois faire à votre vie. Devez-vous imiter sainte Elisabeth de Hongrie ? Je répondrai oui et non. Oui, puisqu'elle est votre patronne, et que son esprit doit vous animer ; non, parce que plusieurs actes de sa vie sont plutôt à admirer qu'à imiter, et que d'ailleurs ils seraient la plupart du temps impossibles à votre position. Ce que vous devez imiter dans cette noble princesse, c'est son tendre amour pour les pauvres, et, chacune selon vos ressources, ses pieuses libéralités. Avec de la bonne'volonté. Mesdames, avec un peu d'ordre et d'économie, on peut donner beaucoup plus qu'on ne pense; en retranchant les désirs de la vanité, la fièvre du luxe, les besoins de mille caprices, on peut se créer des ressources relativement considérables, et sans nuire en rien aux nécessités, ni même à la convenance de la position sociale. C'est une chose triste à dire, mais incontestable : si

Ton retranchait, dans les hautes classes et dans les classes moyennes^ toutes les inutilités, toutes les frivolités, il n^j^ aurait plus de misérables, à moins qu'ils ne le fussent par leur faute, et dans ce cas, c'est la justice de Dieu qui les punit. Alors, Mesdames, le problème social serait résolu, la cause principale des révolutions disparaîtrait, et le pauvre et le riche, unis par les liens de la plus tendre charité^ marcheraient ensemble dans le chemin du bonheur et de la perfection.

Ce que je vous recommande avant tout, c'est de vous donner vous-mêmes aux pauvres comme sainte Elisabeth. Ne vous contentez pas de donner de l'argent, de verser votre cotisation; donnez votre amour, votre cœur, votre dévouement personnel.

Allez visiter les pauvres, montez dans les réduits les plus obscurs, demeurez auprès des malades, montrez-leur que vous êtes leur sœur de charité, consultez votre cœur et suivez ses inspirations pour les détails,

quatorzièml; co^'FÉRE^'CE- 317

consultez votre cœur, et il saura trouver quelques affectueuses paroles, qui souvent valent beaucoup mieux, soulagent beaucoup plus qu'un don matériel. Réjouissez le cœur du pauvre par votre présence^ et en vous retirant, vous aurez pratiqué le conseil de sainte Elisabeth, vous aurez compris « qu'il faut rendre les hommes aussi heureux que possible. » Ce don de soi, ce dévouement du cœur qui se donne et qui va lui-même s'offrir aux pauvres, sont le caractère propre des oeuvres chrétiennes. Dans les œuvres purement philanthropiques, voyez comme souvent tout finit par devenir froid, officiel, sans vie intime ; il n'y a guère de ces délicatesses d'affection prévenante qui sont le charme de la charité chrétienne, ni de ces consolations intimes que la religion seule peut inspirer. La nature fait ce qu'elle peut, aussi je ne l'accuse pas ; je constate un fait •, la nature seule use peu de force pour se dévouer avec persévérance ! Pour aimer le pauvre avec tendresse^ pour lui

donner, non-seulement sa bourse, mais une partie de son intelligence, de son cœur, de son dévouement affectueux, il faut voir le Christ dans le pauvre. Il faut que la foi renouvelle tous les jours à nos yeux Thistoire du petit lépreux ; il faut qu'en découvrant le pauvre et le malade, nous voyions sur le lit de douleur le Christ lui-même, et le Christ en croix. Alors l'âme se précipite, le cœur vole, la charité déborde, elle se dépense, elle se fatigue, elle s'use, elle ne croit jamais en faire assez : et le soir, en rentrant chez elle, elle ne veut d'autre remerciement que la pensée de recommencer le lendemain. Au lieu de se plaindre de ses fatigues, elle répète souvent la prière de sainte Elisabeth : Mon Dieu, je ne saurais assez vous remercier de ce que vous me donnez l'occasion de vous servir vousmême dans la personne des pauvres, qui sont vos plus chers amis.

Voilà , Mesdames , ce que j'appellerai l'esprit de sainte Elisabeth : c'est cet esprit

QUATORZIÈME CONPÉIIENCE. 3.10

que toutes vous pouvez, que toutes vous devez prendre. L^esprit, c'est le souffle de la vie ; Pesprit, c'est ce qui nous pousse, nous excite, nous fait aller dans un sens ou dans Tautre. Puisse donc Tesprit de notre chère sainte s'emparer de vous, se glisser dans vos veines, dans votre cœur, dans vos actes ; et quand vous viendrez me demander des conseils sur les œuvres de charité, je vous répondrai simplement :

Vous avez l'esprit de sainte Elisabeth, vous aimez les pauvres comme elle les aimait ; alors faites ce que vous voudrez, l'amour est le plus habile et le meilleur des maîtres, dilige et fac quod vis.

Je voudrais encore qu'une conclusion pratique de cet entretien fût celle-ci : toutes celles d'entre vous qui le pourront, auxquelles des raisons graves n'en feront pas un empêchement, iront visiter les pauvres, se feront inscrire sur le catalogue des dames visitantes ; et, quand elles auront compris toute la grandeur et l'utilité de cette

320 iSAIî^TE ÉLISABETÉ.

mission^ toutes les joies de ce dévouement personnel, tout le bien qu^elles en retireront pour les pauvres et pour elles-mêmes, elles éprouveront peut-être le besoin de venir me remercier pour leur avoir donné un si salutaire et si doux conseil. — Donner son argent, c'est quelque chose ; offrir sa bourse à la main qui quête, c'est une bonne œuvre, mais il y a quelque chose de meilleur et de plus parfait, c'est le don de soi, et le don de soi se fait par les visites affectueuses, par les relations cordiales, par les soins assidus de la charité, et par ces mille moyens que savent inventer les âmes pieuses pour se dépenser elles-mêmes, dépenser leur vie, leurs peines, leurs sueurs, leur amour.

On lit dans la vie de sainte Elisabeth, qu'un jour elle descendait, accompagnée d'une de ses suivantes, par un petit chemin très-rude et qui s'appelle encore comme au temps de la sainte, d'un nom allemand dont le sens est cassc-g^nou (RuîehrechenJ : elb

portait dans son manteau du pain, de la viande, des œufs et d^autres mets pour les distribuer aux pauvres ; elle se trouva toutà-coup en face de son mari qui revenait de la chasse. Etonné de la voir ainsi ployer sous le poids de son fardeau, il lui dit : (( Voyons ce que vous portez, )> et en même temps il ouvrit, malgré elle, le manteau qu'elle serrait, tout effrayée, contre sa poitrine : mais il n'y avait plus que des roses blanches et rouges, les plus belles qu'il eût vues de sa vie : cela le surprit, d'autant plus que ce n'était plus la saison des fleurs. En même temps, il aperçut sur la tête de sa femme une croix lumineuse en forme de crucifix. Il lui dit alors, avec un saint respect, de continuer sa route, et il se retira, emportant avec lui une de ces roses qu'il garda toute sa vie. A l'endroit même où la rencontre eut lieu, il fît élever une colonne surmontée d'une croix, pour consacrer â jamais le souvenir de celle qu'il avait

vue planer sur la tetc dz sa femme (i). J^espère, Mesdames, que ce miracle se reproduira dans votre vie. Quand vous irez soulager le pauvre, Toeil de la foi saura bien, sous des œuvres extérieures, discerner les roses parfumées de votre charité; le monde lui-même finira par ne pas s'y méprendre, et il en sera d'autant plus émerveillé, que, dans notre siècle d'égoïsme, ce n'est plus guère la saison de semblables roses, aussi belles qu'odorantes. On verra sur votre tête Fimage lumineuse de la charité, et comme c'est le crucifié que vous servez dans la personne des pauvres, cette image sera transfigurée en forme de croix, c'est-à-dire que, par votre vie et vos œuvres, vous répandrez la bonne odeur de la vertu chrétienne ; vous prêcherez par la lumière de votre charité, vous serez nos aides et nos coopératriccs dans l'œuvre de l'apostolat. Et chacun des pauvres que vous aurez

(i) M. de Montalembert, c. 8, v. i, p. 259-260^

iiÙATOllZlÈME CONFÉRENCE. S23

soulagés, chacune des âmes que vous aurez édifiées, vous érigera aussi un monument dans son cœur ; ce sera le souvenir de vos bienfaits, la reconnaissance pour les roses que votre charité aura jetées dans le chemin du pauvre, sur le lit du malade ; ce sera un retour affectueux pour tout le bien que vous aurez fait sur la terre, et periransiit bencfaciendo (i).

(i) Act. lo, 38.

âo

Sainte Elisabeth, modèle de la femme forte au milieu des malheurs.

No I.

Page 1