PATRONNE DES
Dames de Miséricorde de Reims
Le 24 Novembre 1874
Defunctus ad hue loquitur.
11 n'est plus, et il parle encore.
(S. Paul, Hebr., xi, 4.)
Mesdames,
Telles sont les paroles appliquées autrefois par saint Paul au juste Abel : il n'est plus, et pourtant il ne cesse pas d'intercéder pour nous auprès de Dieu, et de nous édifier par les souvenirs qui nous restent de lui, de^ functiis adhuc loquitur. Mais aujourd'hui, dans l'assemblée des Dames de Miséricorde
de Reims^ réunies dans cette chapelle archiépiscopale, pour y célébrer la fête de sainte Elisabeth, choisie pour leur modèle et leur patronne, par celui qui a su vivifier et transformer leur œuvre, puis-je faire autre chose que de les lui appliquer à lui-même? — Defmictus adhiic îoquiîur^ du fond de son tombeau, sa voix éloquente s'élève encore pour leur parler! — Il vous parle, n^est-il pas vrai, Mesdames, par les souvenirs qui se pressent ici de toutes parts ? — Cet autel, sur lequel il offrait pour vous le saint sacrifice, votre reconnaissance Tavait orné, vous aimez à Ty revoir encore, par la pensée, dans la douce majesté du Pontife et du Père, laissant couler sur vous, de ses lèvres, les flots de vérités, de consolations et de lumière qui débordaient de son esprit et de son cœur. Ces voûtes ne semblent-elles pas avoir gardé les échos de ses paroles, pour vous les renvoyer encore aujourd'hui, definictus adhuc loqiiitur? Ne le voyez-vous pas toujours dans le salon
voisin^ familièrement assis comme un père au milieu des siens, provoquant leurs questions, y répondant avec une bonté, une ingénuité qui les charmait ? — C'est là aussi, dans cette même salle, que vous l'avez contemplé pour la dernière fois, étendu par la mort sur un lit funèbre, et gardant, même après son trépas, ce sourire, cette calme et majestueuse sérénité que vous aviez si souvent admirés pendant sa vie. Ah ! dites-le moi, vous toutes qui êtes venues vous agenouiller finalement à ses pieds, pour adresser à Dieu, en faveur de son âme, la plus fervente de vos prières, est-ce que vous n'avez pas entendu votre Archevêque vous remercier, en faisant retentir dans vos cœurs de suaves accents ? — Est-ce que vous les avez oubliés, ces accents ? — Non, sans doute ! Il vous parle, il vous parlera toujours, defunctiis adhuc loquitur. Loin de moi. Mesdames, la pensée d'essayer seulement une nouvelle oraison funèbre, après celle qui vous a si fortement émues. Mais,
réuni en ce moment à la famille privilégiée de rillustre archevêque de Reims, Mgr Landriot, je voudrais répondre aux désirs de ses enfants, comme aux miens, en leur disant, simplement et en deux mots, comment il leur parlera toujours : 1° par les souveJiif^s qu'il leur a laissés ; 2° par les livres qu'il a écrits pour eux. — Defunctus ' adhuc loquitia^ il n'est plus, et il nous parle encore. Ai-je besoin de solliciter votre attention ?
Le principal souvenir que nous laisse Mgr Landriot^ et qui résume toute sa vie, c'est qu'il fut un véritable Apôtre. Mais, pour vous faire apprécier la grandeur de cet éloge appliqué à un évêque, permettez-moi, Mesdames, une courte explication.
Sans doute, N.-S. J.-G. est le modèle accompli de tous les chrétiens, et Tcime la plus parfaite sera celle qui saura s'en rapprocher le plus. Mais n'est-il pas évident que, s'il est le type achevé de la sainteté intérieure par sa vie intime, il n'y a qu'un bien petit nombre d'âmes qui soient appelées à le reproduire tout entier, en ajoutant, à l'imitation de son cœur divin, la répétition des actes de sa vie publique. De ce nombre sont les apôtres et leurs successeurs ; et, parmi eux, le plus admirable sera celui qui aura su marcher le mieux sur ses traces. —
Or, écoutons TEvangUe. Après les préparations de Nazareth, dans Tobéissance, le recueillement et la prière; après qu'il a reçu visiblement le Saint-Esprit dans les eaux du Jourdain, et qu'il a subi Tépreuve des quarante jours au désert, Jésus commence sa vie publique et ce ministère des âmes, qui devra durer sur la terre jusquà la fin des temps. — Que fait-il ? — Une seule chose, pour ainsi dire : // prêche ! Entendez-le, sur la montagne ; sur les bords du lac ; au désert^ où les foules le suivent ; dans la synagogue; dans le temple... partout, toujours ! Il explique en particulier aux disciples, ce qu'il n'a qu'indiqué en public. Il accueille Nicodcme pendant la nuit; il accorde de longs entretiens à Marthe, à Marie, à la Samaritaine. Ses miracles ne sont que la confirmation de ses discours : Ut credant quia tu me juisisti (i), dit-il au moment de ressusciter Lazare. Et quand l'heure est
(i) Joan., 1 1, 42.
venue de garder le silence, après le long et admirable sermon qui suivait la cène, il monte au Calvaire pour prêcher, par ses exemples, ce qu'il avait si souvent recommandé par sa parole : Tobéissance dans répreuve, la patience, Tamour de Dieu, la fidélité à la prière, le ciel par la croix.
Il monte au ciel, mais ses apôtres continueront sa mission : euntes docete ! allez, enseignez (i). Rien ne les distraira, pas même le soin des pauvres, si sacré pour r Eglise ! les diacres s^en occuperont ; mais eux, ils prêchent, nos vero ministerio verbi instantes ertmiis{2). Pour nous, disent les apôtres, nous nous appliquerons au ministère de la parole, jusqu'au jour où il faudra nous en aller au ciel en versant notre sang. Leurs disciples recevront la même consigne, Prœdica verbum, argue, increpa, obsecra, opportune, importuné... (3). Reprenez,
(i) Matth., 28, 19.
(2 y Act., 6, 4.
(3) 2 Tim., 4, 2.
priez, prêchez, à temps, à contre-temps, tel est Tordre donné par saint Paul à Timothée, et par lui à tous les évêques du monde.
O saint évèque que nous pleurons, qui donc Ta mieux observée que vous, cette consigne dans laquelle se résume, pour ainsi dire, tout Tapostolat de vos modèles, depuis J.-C. jusqu'à nos jours ? Instruire, semer à pleines mains la bonne nouvelle ; prêcher, prêcher toujours ! C'est votre œuvre, c'est votre vie. Un des amis qui vous ont le mieux connu, résume en deux mots votre règle de conduite, quand la Providence vous formait au gouvernement des diocèses, par l'administration d'un séminaire. « Ne rien faire, ne rien laisser faire, faire faire (i). » Vous abandonniez auxcoopérateurs que vous vous étiez choisis tous les détails des affaires, mais vous les surveilliez, mais vous les dirigiez en toutes choses,
(i) Notice, par M. l'abbé Duchêne, supérieur du petit Séminaire d'Autun, p. i6.
sans vous charger personnellement d'aucune. Il n'y a qu'un travail dont vous vous réserviez le fardeau, si accablant quelquefois, c'était celui de la prédication évangélique : stations d'Avent et de Carême, tournées pastorales, dont chaque jour, pendant plusieurs semaines, ramenait un sermon nouveau, et le plus souvent en plein air; pèlerinages, bénédictions, ou d'églises, ou de cloches, ou de chemins de fer, ou de vaisseaux, ou de calvaires; car, tel fut le sujet de son premier sermon d'évêque, comme de son dernier ! L'infatigable apôtre est toujours prêt. — Et vous savez comment. Mesdames ? — C'est que toute sa vie se concentre dans cette préparation. Voyez-vous cette lampe qui s'allume à une heure où tous dans la cité ont encore besoin de prolonger leur sommeil ? — C'est celle de votre Archevêque. — Tout à l'heure, quand il aura fortifié son âme par la prière, et offert pour nous le saint sacrifice, il commencera cette longue étude, ininterrompue pendant six heures en-
tières. Il lira, la plume à la main, tous les Pères de TEglise, tous les auteurs de Tantiquité profane, tous les écrits des penseurs modernes, et jusqu'aux littérateurs et aux poètes. Il en extraira d'immenses matériaux, remplissant près de mille cahiers différents; et quelque sujet qui s'offre à traiter, ou que les circonstances lui imposent, il est prêt! — Que la guerre amène nos vainqueurs au pied de sa chaire ? — Qu'il faille des leçons adaptées aux événements qui ne se reproduisent pas deux fois en un siècle, et qu'aucune sagacité humaine n'aurait pu prévoir? — Il est prêt!.. Vous n'avez pas oublié, plus que moi, l'admiration , l'émotion qui nous suspendait à ses lèvres pendant ces jours d'angoisse.
Est-ce tout ? Non. Notre futur Archevêque avait treize ans quand il perdit sa mère. Mais la reconnaissance et l'affection filiale avaient laissé dans son ame une ineffaçable empreinte. En sa mère, il aimait toutes les mères. Il comprenait de plus, que, dans
ce siècle affairé, dans ce siècle où Fignorance des vérités religieuses et Tindifférence pratique ont fait parmi les pères de familles tant de ravages, il n'y a qu'un seul moyen de raviver la foi et d'en sauver les restes : c'est de la développer et de l'affermir au cœur des mères ; car ce seront elles qui la transmettront à leurs enfants. De là naquirent, ou se développèrent, ces deux œuvres de charité, de La Rochelle et de Reims ! Il attirait vos cœurs par l'appas irrésistible pour vous, du bien à faire, et des pauvres à soulager ; et il en profitait, pour y semer ce bon grain de l'Evangile, qui, reçu dans une terre excellente et bien préparée, a tant de fois centuplé ses fruits. Ce que la prédication avait ébauché, la causerie du salon l'achevait ; l'entretien du cabinet et du confessionnal y mettait la dernière main ; et souvent, la correspondance allait perfectionner au loin le bien commencé par la parole. Et pourtant ce n'est pas tout ! la part la plus riche, la plus
précieuse de cette parole si sainte, était réservée aux épouses de Jésus-Christ, qui se sanctifient dans le cloître, afin de mieux prier pour vous ; ou qui se dévouent à vous donner un jour, par l'éducation de vos filles, des aides et des remplaçantes dignes de vous.
Et voilà. Monseigneur, comment vous avez été Apôtre, et comment vous avez fidèlement imité Jésus-Christ Notre-Seigneur, dans les travaux incessants de la vie publique. Emîtes docete. Il restait la dernière prédication, celle de la souffrance ! Pourrions-nous oublier jamais comment vous nous Pavez donnée ? Quelle patience, quelle douceur, quelle résignation à la volonté divine, quel constant oubli de vousmême, pour ne penser qu'à ceux que vous aimiez î O saint Pontife, nous nous sommes unis de grand cœur aux triomphantes funérailles que vous a décernées la reconnaissance de toute une cité I Nous vous avons suivi, au lieu où, confondu avec les Prin-
ces de T Eglise et avec les saints, vous attendez comme eux le jour de la résurrection. Toujours cette place nous sera sacrée, car elle est pour nous la tombe d'un père ; nous aimerons à y prier pour vous, en attendant le jour désiré, où le cœur divin de Jésus, se faisant le gardien de votre propre cœur, nous apprenne à nous souvenir chrétiennement de vous et à vous aimer plus finalement, en lui et pour lui. Et c'est ainsi que toujours vous nous parlerez par le souvenir. Defunctus adhuc loquitur,
y 31 ajouté. Mesdames, que Mgr Landriot vous parlera encore par ses ouvrages.
Ils sont précieux, certainement, les Souvenirs que je viens de vous rappeler, et vous les estimez à leur valeur ! Et pourtant, malgré nous, ils s'affaibliront avec les années ! Dieu a voulu que, sur cette terre si justement appelée une Vallée de Larmes^ rhomme possédât le don d'oublier; et ce don est un des plus visibles bienfaits de la Providence. Que deviendrions-nous, en effet, si la mort d'un père, d'une mère, d'un mari, d'un enfant mille fois aimé, pesait à jamais sur notre âme aussi cruellement qu'au premier jour? Que deviendrions-nous, si les plaies de notre cœur ne se cicatrisaient avec le temps, quand le cours des années nous apportera de nouvelles blessures, aussi navrantes que les premières ? Vous ne l'avez pas ainsi voulu, ô mon Dieu ! et pour nous rendre possible notre tâche ici-bas, vous
permettez que les souvenirs les plus tristes s^atténuent et se perdent dans un lointain consolant et doux. Ainsi en arrivera-t-il certainement des souvenirs laissés par notre illustre Archevêque.
Mais, grâce à Dieu, à côté de ses soii^ penirs, il nous a donné des œiivi^es^ à Taide desquelles il sera toujours vivant, toujours agissant, toujours parlant au milieu de nous ; et jusqu^aux âges les plus lointains, ceux qui viendront après nous pourront dire, comme nous le disons aujourd'hui : defunctus adhiic loquitur, il n^est plus, et il nous parle encore. Je veux rappeler, Mesdames, les précieux livres qu'il a composés pour vous.
Pendant sa vie, vous étiez heureuses de Tentendre, et quelque multipliés que fussent ses discours, vous ne l'entendiez jamais assez. Que de fois vous auriez voulu recourir à ses conseils ? Mais le respect, la timidité, l'embarras des affaires, l'éloignement, ne vous permettaient pas de pénétrer
jusqu'à lui, ou même d'oser solliciter une audience. Ses livres vous parleront, vous répondront toujours ! Ils seront toujours prêts, non pas à ses moments, mais aux vôtres. Le jour, la nuit, vous le trouverez; il vous suit jusque dans votre sanctuaire le plus intime, il s'assied à votre chevet pour vous parler jde Dieu. A quelque heure que vous le vouliez, il est là, vous prodiguant ses comparaisons gracieuses, ses observations si pleines de finesse, sa science profonde de tous les mystères du cœur, sa bonté toujours spirituelle, excitant la sensibilité de rame pour mieux la soulager, la nourrissant des doctrines de la piété la plus solide, toute formée de la moelle substantielle de la Tradition catholique, appliquée par le sentiment exquis des besoins de notre siècle, et vivifiée par la piété la plus sincère. Ah ! Mesdames, jouissez de tous ces beaux livres ! Que dis-je ? soyez-en justement fières, car ils ont été composés pour vous ; ils vous sont dédiés ; ils portent vos
noms à côté du sien ; et, grâce à eux, grâce aux traductions qui en sont faites dans toutes les langues de l'Europe,, vos Asso^ dations de La Rochelle et de Reims sont connues du monde entier ! Partout où, en français, en anglais, en italien, en allemand, on savoure les délicieuses pages de la Femme pieuse^ ou de la Femme forte, on porte une sainte et légitime envie à celles^ qui les ont entendues tomber des lèvres du pieux auteur, et à qui elles ont été primitivement adressées.
Mais voici quelque chose de bien plus précieux I Votre Association de la Miséri^ corde vous est doublement chère. Vous Faimez pour les pauvres, que vous êtes heureuses de soulager ; vous Faimez plus encore pour vous-mêmes, car elle est, vous le reconnaissez, un tout-puissant secours pour vos âmes, par la prière commune, par les pensées qu'elle vous suggère, par les instructions qu'elle vous procure. Eh bien, voulez-vous apprendre à Faimer da-
vantage en vous pénétrant plus intimement de son esprit ? Appelez le restaurateur, le fondateur de votre œuvre. Il vous rapportera, dans les premières pages du livre Des Péchés de la Langue, Féloquente instruction qu'il vous adressait d'ici même le 21 mars 1868. Et sa parole si suave ne se contentera pas de frapper vos oreilles, comme un concert harmonieux, sans vous laisser le loisir de Tadmirer en détail autant que vous l'auriez désiré. Fixée pour jamais par l'impression, elle vivra pour vos yeux ; et vous pourrez, tout à l'aise, la méditer, vous en pénétrer, afin de la traduire plus parfaitement dans vos actes. Vous lui aviez demandé au premier jour de vos réunions : qui d faci émus ? Monseigneur, que feronsnous ici ? et il vous a répondu : nous nous réunirons^ pour centupler l'efficacité de nos aumônes, en groupant nos ressources.
Nous prierons en commun, parce que là où deux ou trois sont réunis au nom de Dieu, il est toujours au milieu d'eux pour
les exaucer. Nous méditerons ensemble sur les devoirs de la femme chrétienne, parce que son action sera d'autant plus influente pour le bien, qu^elle connaîtra mieux son devoir, et qu^elle saura mieux en apprécier rimportance.
Mais que fais-je, Mesdames, par cette analyse sèche et décolorée, moins complète qu^une table des matières ? Allez à TAuteur ! car il vit dans son livre et il vous parle toujours, defwictus adhîic loqiiitur! Lisez, méditez, étudiez à fond ces leçons d'un grand Evêque, écrites, composées spécialement pour vous ! Elles ont leur place dans toute bibliothèque de Dame qui aime à comprendre sa religion, à côté des beaux traités de Fénelon ou des immortels conseils adressés par saint François de Sales à sa chère Philothée. Mais ceux-ci ne sont plus appliquables en tout ; le temps où vivaient leurs auteurs différait trop du nôtre ! Ceux de Monseigneur Landriot, au contraire, extraits, pour le fond, de Timmuable doc-
trine de N. S. J.-C. et des Saints, sont rendus éminemment pratiquas pour vous, par les détails de mœurs les plus précis, et d'autant mieux appropriés à vos besoins, qu'ils ont été recueillis sur la nature même, comme de vraies photographies^, dans vos salons^ dans vos entretiens, au milieu de vous, par l'observateur le plus sagace.
Venez, Mesdames, lui demander souvent ce que vous avez à faire pour être vraiment chrétiennes, quid faciemus? Et il vous renseignera tout aussi éloquemment que quand vous aviez le bonheur d'entendre sa parole, defunctus adhiic loquitiir.
La femme chrétienne, vous dira-t-il, doit avant tout txvQ.fo7^te. La vertu se fonde sur une volonté énergique et solide, et non pas sur le sable mouvant de velléités inconstantes. Pour être /br/e, il est nécessaire qu'elle soit pieuse, c'est-à-dire, qu'elle aime Dieu, avec une tendresse filiale, comme on aime un père. Car alors, elle aura confiance en lui, elle saura s'appuyer sur lui et re-
courir à lui par la prière. Ses résolutions deviendront inébranlables, parce que la grâce en sera le soutien. Sa piété la rendra fidèle aux saintes pratiques qui sont Taliment de Pâme : Toraison, qui parle à Dieu ; la lecture pieuse, qui écoute Dieu en écoutant les saints; la réception des Sacrements, sans lesquels la vie ne saurait ni s^alimenter, ni se soutenir. L^âme chrétienne, usant de ces moyens, marchera de vertus en vertus ; rhiirnilité sera sa compagne ; elle chassera, et la jalousie^ et la vanité, et Famour-propre, ces sources intarissables des Péchés de la langue^ laquelle n'est jamais que Tinterprète et Fécho d'un cœur trop imparfait. Enfin, pour couronner Tœuvre de la perfection, la Ste Communion vous apporte les trésors du ciel, et votre guide vous dira, dans le plus admirable langage, comment vous devez vous y préparer, comment en approcher, en rendre grâce à Dieu, pour communier saintement et avec fruit. Quel trésor, Mesdames, que Tcnsemble de
ces précieux ouvrages ! Ce n'est plus de la tombe que cette voix sort pour vous instruire, defiinctiis adhuc loquititr^ c'est du Ciel qu'elle descend, pour vous parler le langage de Dieu. Un autre traité avait été composé pour vous ; c'est cette cruelle maladie qui ne lui a pas permis de le faire imprimer. Véritable voix d'outre-tombe, il vous sera prochainement livré, comme les adieux de votre Père et son testament suprême. Il y parle du devoir fondamental de votre association, de V aumône^ et de la manière de remplir cette obligation si essentielle à la vie chrétienne. Avec quel empressement vous l'accueillerez ! D'autant plus, qu'en le propageant, vous accomplirez une double bonne œuvre. Car, vous le savez, après avoir donné aux Séminaires, à sa Cathédrale, à l'Eglise de son prédécesseur saint Rémi, aux Communautés pieuses de sa ville métropolitaine, et d'ailleurs, à peu près tout ce qu'il possédait, votre saint Archevêque a voulu que le produit de ses
ouvrages, le fruit de son travail et de ses veilles, fût la part de vos pauvres. Prédicadon bien touchante, que celle qui unit l'exemple à la parole, pour nous encourager au bien, defmictiis adhuc loquitur ! Prions pour lui, dans le reste de cet office, afin que, comme Abel, il parle à Dieu pour nous, et nous envoie de là-haut les bénédictions qu'il aimait tant à répandre sur nous ici-bas, et qu'un jour nous puissions, au sein de Dieu, jouir à jamais de ses entretiens. Defunctus adhuc loquitur. Amen.