‹ L'aumôneChapitre 16 sur 30 · S. EX. MONSEIGNEUR LANDRIOT · texte numérisé non relu

S. EX. MONSEIGNEUR LANDRIOT

monseigneur,

Messieurs,

Mes chers Enfants,

Le 12 juin j'étais à Reims, dans cette noble cite qui, se souvenant de ses grandeurs, fait de splendides furérailles aux successeurs de saint Rémi : un hommage solennel était rendu à la mémoire de Son Excellence Mgr Landriot. L'estime, l'affection et la reconnaissance réunissaient autour de son cercueil une illustre et nombreuse assistance de savants, de magistrats, de guerriers et de prêtres que la mort du pontife blessait au cœur , groupaient

sur le parcours du cortège ces masses populaires,

tristes et recueillies, voulant dire un dernier adieu à leur archevêque dont le dévouement avait encore grandi pendant Toccupation allemande. Le devoir et Tamitië nous avaient assigné une place près des restes mortels de celui qui fut élève distingué, supérieur éminent, ami fidèle de cette maison : les mêmes sentiments nous font une obligation, en cette fête de famille, de donner un souvenir de cœur à cette mémoire bénie.

D'autres ont dit et diront les splendeurs de son esprit, les admirables vertus qui ont fait de lui un grand évoque ; notre rôle sera plus modeste et plus intime : nous voulons seulement dérouler devant vous une page de l'histoire du Séminaire. En vous parlant d'un modèle, d'un père, d'un ami, j'espère, mes Enfants, ne paa trop assombrir vos joies, ne pas trop retarder vos légitimes impatiences.

Merci à celte réunion nombreuse et sympathique ! Merci à nos honorables autorités ! Leur présence nous est toujours précieuse, elle l'est plus encore aujourd'hui; nous la regarderons comme un hom* mage rendu à la mémoire de l'ami que nous pleurons. D'ailleurs, Mgr Landriot n'a-t-il pas une place marquée dans les gloires d'Autun !

Monseigneur, pour votre bienvenue je n'aurai que des paroles de douleur ; mais vous nous avez engagé à lea dire. Vous étiez l'ami de notre illustre

défunt, il vous sera doux d'entendre parler de lui : le nom d'un ami absent et regretté est toujours un parfum pour le cœur.

Mgr Landriot naquit à Couches-les-Mines le 6 janvier 1816 ; il reçut au baptême les noms de Jean- Baptiste- Anne ; au jour de sa consécration épiscopale, il leur adjoignit ceux de François-Thomas. Ces noms résumaient à l'avance sa vie intime et publique ; il les honora par l'amour de la science, par une filiale tendresse envers Marie, par une piété douce et entraînante, par un zèle ardent pour la gloire de Dieu, zèle qui fut l'élément de sa vie et qu'il consacra par sa devise épiscopale : Parare viam Dornini.

Ses parents n'avaient que deux enfants : Jean- Baptiste et une fille qui mourut jeune; ils jouissaient d'une large aisance qui, dans un pays viticole, est presque une fortune. L'estime et les sympathies dont ils étaient entourés semblaient une récompense bien légitime des traditions chrétiennes de la famille Landriot.

Doué d'un extérieur agréable, vif, alerte, quelque peu espiègle, ardent à tout ce qu'il faisait, le jeune Landriot annonçait les plus heureuses dispo-

sitions de cœur et (inintelligence ; et, sans s'en douter, par ses qualités physiques et morales, il se faisait aimer de tous. Instinctivement il comprenait tout ce qui était grand et noble, et dès ses plus jeunes années il eut la pensée du sacerdoce : rappelons deux circonstances qui eurent une profonde influence sur cette nature généreuse.

Pendant les mauvais jours de 1792, Couches avait été témoin du massacre de quatre prêtres vénérables, immolés par la fureur antireligieuse, et la maison Landriot était près du lieu arrosée par ce sang sacerdotal, ce sang des martyrs.

Au lendemain du Concordat, M. Charles Morvanchet 1 avait été nommé curé de Couches; déjà il avait été vicaire de cette paroisse avant 1790. Ce prêtre vénérable, doué d'une distinction naturelle qu'avaient rehaussée encore les épreuves de l'exil et la dignité de confesseur de la foi, était dévoré de zèle pour le salut des âmes, et travaillé du désir de relever les pierres du sanctuaire. Il espérait que le sang des prêtres français serait une semence de nouveaux lévites : Sanguis martyrum, semen christianorum.

Jean-Baptiste Landriot avait attiré l'attention du

1. M. Charles Morvanchet^ d'Autun, né en 1761, vicaire de C3ouches en 1790, curé au Concordat, démissionnaire à la fin de 1847. mort à Couches le 13 janvier 1852.

vënërable pasteur qui veillait sur lui avec une vive sollicitude : afin d'augmenter en lui le goût des choses saintes qu'il aimait dëjà, il en fit un de ses enfants de chœur pour les grandes solennite's. Dans les visites qu'il rendait à la famille, dans celles qu'il recevait, il secondait ces parents chrétiens dans l'éducation de leur fils, et soutenait les espérances de la pieuse mère qui de'sirait voir son enrant se consacrer au Seigneur. Pour cette femme de foi, la vocation sacerdotale était le plus grand honneur que Dieu pût accorder à une mère et à son fils.

Mgr Landriot aimait à se rappeler les soins affectueux de ses parents, la tendre sollicitude du vénéré pasteur, pour lequel il conserva toujours la plus profonde reconnaissance. Il parlait avec bonheur de sa mère qui savait, avec une intelligence chrétienne et un tact maternel parfait, déposer dans son âme ardente, dans son cœur aimant, les premières semences de la foi, les premiers enseignements de l'Evangile dont les paraboles le ravissaient.

Ce premier contact de la parole divine avec cette jeune âme n'a-t-il pas fait germer en elle cet amour du Verbe qui a fait dire que «; Mgr Landriot est l'un des contemporains qui ont le mieux raconté

l'Evangile de la vie de Jésus dans les âmes, i » Ne retrouverait-on pas dans ces premières lectures du livre sacré la source de ce « génie des similitudes qui abaissent la vérité à la portée de tous les regards, et qui, de même que Notre-Seigneur s'exprimait en paraboles, parlait souvent par comparaisons. 2 ^

Le jeune Landriot faisait des progrès rapides dans les études élémentaires et se distinguait parmi tous ses condisciples ; M. Morvanchet, qui suivait avec bonheur le développement de son intelligence, l'initia à la connaissance de la langue latine, et, au mois de novembre 1826, à l'âge de dix ans, Jean- Baptiste entra au petit Séminaire d'Autun. Classé en sixième, il s^y plaça de suite au premier rang par son intelligence, son travail et sa bonne conduite, et ce rang il le garda jusqu'à la fin de ses études, terminées avec succès le 8 août 1832.

Deux grandes douleurs éprouvèrent son âme si sensible et si aimante : il perdit son père à la fia de l'année scolaire 1827-1828. Pour ne pas enlever à rélève de cinquième les joies légitimes de la distribution des prix, on lui laissa ignorer son malheur; il ne l'apprit que par les larmes de sa mère,

1. Oraison funèbre de Mgr Landriot, par le R. P, Caussette^ p. 18.

Page 1