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Ibidem

L'année suivante, cette pieuse mère elle-même lui fut enlevde. Ces deux morts, arrivées presque en même temps, eurent leur contre-coup sur son âme déjà fortement initie'e aux pensées de la foi. Entre le fils qui restait seul sur la terre, et ses parents qu'on lui disait être au ciel, s'établit un courant surnaturel. Cette pieuse communication le détacha des idées terrestres, fortifia sa vocation sacerdotale et lui fit aimer l'Eglise, cette mère à laquelle désormais il donnerait son amour et sa vie.

Il était orphelin, et cepen-lant ni le dévouement ni l'afiection ne lui manquèrent : son grand-oncle, M. Landriot, lui aussi chef d'une famille chrétienne, fut son tuteur ou plutôt son père d'adoption. Mais pour lui cessa cette douce influence du cœur maternel, si utile à une âme sensible, à un enfant de treize ans. La mort de sa mère l'atteignit au vif. Ce fut un de ces chagrins profonds qui laissent sur une nature délicate une impression ineffaçable. Son âme resta ce que nous l'avons connue, franche, ouverte; mais elle se replia sur elle-même; sa puissance de sentir ne s'affaiblit pas, elle devint plus intime. Sa sensibilité ne ressemblait pas à cette expansion de sentiments qui se donne à tout venant et qui est toute en superficie : ceux qui l'ont connu savent qu'elle était d'autant plus vive et profonde que réservée dans l'expression.

Bon et affectueux par nature, il ëtait sensible à' l*araitié, il en comprenait toutes lea délicatesses ; il était aimant, et quand il aimait, c'e'tait à la vie et à la mort. Lorsqu'il se trouvait avec Tenfance et la jeunesse, il avait pour elles une bienveillance qui rappelait celle de Notre-Seigneur. Se souvenant de ses douleurs intimes, il aurait voulu verser une parole de consolation chrétienne sur toutes les souffrances. Toujours prêt à rendre service, il le faisait avec simplicité. Je choisirai cet exemple entre mille autres. Le lendemain du jour où il avait été administré, après la violente crise qui faillit l'emporter au mois de décembre, un ami étant entré dans ses appartements, le trouva à sa table de travail écrivant une lettre. On crut devoir l'avertir respectueusement de son imprudence. Vous avez raison, répondit-il, mais on attend cette lettre qui doit rendre service à quelqu'un; d'ailleurs, je l'achevais, permettez-moi donc d'écrire encore l'adresse.

Les six années que le jeune Landriot passa au petit Séminaire peuvent se résumer en quelques phrases.

Par son caractère droit et ouvert, par sa nature sympathique et sa conduite exemplaire, il gagna et conserva l'estime et l'affection de ses condisciples et la bienveillance de ses maîtres.

Il avait besoin d'activité, aussi il ëtait un des plus ardents aux jeux qu'il regardait comme un devoir : la récréation terminée, il se remettait au travail avec autant de sérieux qu'il avait apporté d'entrain et de vie à ses amusements. Alors il était tout au silence, tout à ses leçons, tout à ses devoirs : âge quod agis, telle était, telle a toujours été la devise de sa vie. l

Le travail intellectuel usait les forces de son corps, et l'excellent M. Léveillé, qui aimait l'orphelin comme un fils, et que le fils aima et vénéra toujours comme un père, dut exercer une vigilance toute paternelle sur cette santé si précieuse pour TEglise dont le jeune Landriot allait bientôt revêtir les livrées.

Au mois d'octobre 1832, il fit son entrée au grand

1. Nous savons quel prix le temps avait pour lui : cétait un trésor précieux qu'il devait ménager : aussi l'emploi en était marqué avec une exactitude presque mathématique. Il ii'ignorait pas non plus que la santé était un autre trésor; peut-être ne l'a-t-il pas assez compris ; toutefois il se réservait des heures, des semaines de repos, et alors, par devoir et par charité, il était tout entier à la distraction. Il mettait ordinairement la joie et l'entrain dans ces réunions par ses soudainetés pétillantes d'esprit, mais un trait, une citation, un texte, vous reportaient à des pensées supérieures et vous replaçaient en présence du prôtre, du pontife.

Séminaire : M. Berthaud en était supérieur. Breton de naissance, il joignait à l'énergie de saint Paul l'austérité de saint Jérôme, et la direction du Séminaire se ressentait de ses fortes et mâles vertus, M. Piégay, chargé de la section de philosophie, avait une nature affectueuse : sa piété douce et forte rappelait celle du saint évêque de Genève. Le nouveau séminariste lui confia sa conscience et sa vocation. Ce fut sous cette double influence qu'eurent lieu les débuts de sa vie lévitique : esclave du devoir, il se distingua, comme au petit Séminaire, par son amour du travail, sa fidélité à la règle, sa piété franche et aimable.

Les études sérieuses allaient à son intelligence : il s'y donna de tout cœur, et il touchait à la fin de sa seconde année de Séminaire, lorsque de violentes douleurs de tête lui firent interdire tout travail fatigant. Mgr d'Héricourt, qui l'appréciait déjà, le plaça à la Maîtrise d'Autun, puis dans la maison des missionnaires diocésains, etchargeaM. Corbière, alors supérieur des missions, et plus tard curé de Saint- Vincent-de-Paul, à Paris, de guider les études de Tabbé Landriot. Le jeune clerc suivit comme externe les cours du grand Séminaire, et s'initia au milieu des missionnaires à la vie pastorale et apostolique. M. l'Abbé, un des membres de la communauté, chargé de desservir Monthelon, prenait

le jeune minoré pour son compagnon fidèle, et souvent il lui confia la charge de catéchiste. L'abbé Landriot, heureux de parler aux enfants dans cette chaire sanctifiée par saint François de Sales, faisait prévoir les plus grandes dispositions pour l'éloquence sacrée ; M. l'abbé •**, qui le soutint dans sa vocation, cultivait d'ailleurs avec soin ses précieuses facultés. Diacre, il prit une part plus active aux travaux de nos missionnaires : plusieurs fois il les accompagna dans leurs courses apostoliques et les paroisses ont conservé le souvenir du jeune apôtre.

Les promenades étaient ordonnées à M. Landriot : M. Tabbé Pitra, son ami, professeur de rhétorique au petit Séminaire, se livrait aux études géologiques ; il lui fut facile de communiquer au jeune malade l'amour des sciences naturelles, et ce fut un lien de plus dans leur constante amitié.

Ces études mirent M. Landriot en relation avec nos savants compatriotes qui furent heureux de le guider : l'élève devint bientôt maître, il assista à plusieurs congrès géologiques, et les hommes spéciaux ont plus d'une fois admiré ses connaissances.

La géologie et la botanique donnèrent un but utile à ses promenades, développèrent en lui l'esprit de méthode, ouvrirent à son intelligence de nou-

veaux horizons. L'observation de la nature lui a fourni souvent les conseils les plus pratiques, les enseignements les plus solides. Il tirait la lumière chre'tienne des profondeurs du sol et des parfums de la campagne, ouvrant le livre de la création comme le premier volume des œuvres du Seigneur, la Bible comme le second, et ne désirant tout savoir des deux premiers que pour mieux défendre le troisième : l'Eglise, la seule mère qui lui restait et qui absorbait toute la sève de son sentiment filial. 1

Ces relations avec M Pitra le mirent en rapport plus immédiat avec le petit Séminaire. Dans ses moments de loisir il venait présider les cours d'histoire naturelle, conduire les excursions de botanique. A l'illustre cardinal, nous devons les premières pierres, les premiers fossiles de notre collection de géologie ; à l'archevêque de Reims nous devons les premières fleurs de notre herbier.

1. Oraison funèbre de Mgr. Landriot, par le R. P. Caussette, p. 16 et 37.

Les fatigues intellectuelles de M. Landriot avaient cesse; ordonné prêtre le :il5 mai 1839, il fut nomme vicaire de la Cathédrale le 8 juin 1840, et à la rentrée de 1841-1842 choisi par Mgr d'Héricourt pour remplacer M. Juillet. Chargé provisoirement de la direction de la division des petits, pendant quatre mois il se prépara à la mission qu'il devait si bien remplir durant l'espace de huit ans. Son installation officielle eut lieu le 2 février 1842.

Pendant cette période d'attente, il rendit un grand service au Séminaire : la retraite de dom Pitra à Solesmes laissait vacante la chaire de rhétorique ; par son affectueuse et puissante influence il sut la faire accepter à M Farges qui se croyait la vocation du saint ministère et qui pendant vingtsept ans fut le modèle des professeurs.

M Juillet, prêtre d'une grande foi, d'une intelligence remarquable, homme éminemment apostolique, a laissé au petit Séminaire l'empreinte de son passage ; mais les détails de la vie écolière et professorale n'allaient pas à cette âme qui d'un

élan de son dloquence, d'un acte de sa volonté, aurait voulu faire atteindre la perfection.

M. Landriot ne nous était pas inconnu, il nous arrivait avec ses talents et son caractère sympathique. Un des plus jeunes d'entre nous, il se posa avec la dignité et la distinction qui lui étaient naturelles et sut nous montrer qu'il ne voulait être que le premier parmi des égaux : Primus inter pares. Il voulut dominer surtout par la bonté : nature entraînante, il se gagna tous les cœurs, et les qualités que la Providence lui avait données remplacèrent pour ses confrères les règles des communautés liées par les vœux de religion. Il constitua un corps professoral, et, lorsqu'il nous quitta, il nous laissa forts, unis par la charité fraternelle et Tamour du devoir.

Son esprit éminemment droit, son regard ouvert qui pénétrait dans les âmes et faisait pénétrer la sienne, lui donnèrent rapidement une grande influence sur les élèves : ils se sentirent sincèrement aimés de leur supérieur, qui depuis fut toujours heureux de leur prouver en toute circonstance que le souvenir du petit Séminaire lui restait au cœuv.

Il a été dit sous les voûtes de la Cathédrale de Reims : « Mgr Landriot avait dans sa vie intellectuelle une ébuUition qui s'éteignait quand il saisissait le gouvernail. Tandis que les hommes de ca-

binet ont peu d'aptitudes pratiques, lui passait des livres aux affaires avec la même aisance et la même supériorité. En l'entendant et en le lisant, on croirait que son épiscopat est tout en paroles ; en voyant combien son Eglise marche avec confiance sous sa conduite, on le croirait tout au gouvernement. Et c'est pourquoi les administrateurs civils le saluaient naguère grand administrateur luimême ! Il personnifiait, en effet, les qualités de l'administrateur modèle, selon saint Ambroise : la modération dans les négociations, l'ordre dans l'expédition, l'opportunité dans le choix da temps, la mesure dans les paroles, i »

Les qualités éminentes de l'administrateur, nous les avons connues avant les diocèses de la Rochelle et de Reims, et nous avons vu M. Landriot prudent, perspicace, juger rapidement, sûrement, passer d'une étude des saints Pères aux détails de la vie écolière, et reprendre son travail avec autant de facilité que s'il eût été dans le plus grand isolement. Il portait son investigation sur toute chose ; l'ordre et la méthode étaient dans sa nature. Il précisa dans un règlement écrit les usages du Séminaire et créa notre code de discipline. Tout fut soumis à son examen et releva de son contrôle

1. Oraison funèbre de Mgr Landriot, par le R. P. Caussett», p. 30.

immédiat. Il pratiquait la maxime de Jacques Cœur : Ne rien faire ^ ne rien laisser faire ^ faire faire.

M. Juillet avait déjà donné une vive impulsion aux études ; le nouveau supérieur l'activa, tout se ressentit de sa brûlante ardeur de savoir et d'apprendre.

La loi Salvandy avait ordonné Tétude des langues vivantes à partir de la quatrième dans tous les collèges universitaires : M. Landriot ne voulut point rester en dehors de ce mouvement ; avec M. Farges il se mit à l'œuvre, et apprit l'allemand et l'anglais. Ces langues, objet d'un cours spécial avant 1840, font partie du programme de nos études depuis 1846-47.

Son Eminence le cardinal Pitra, passionné pouf la patrologie, ne s'était pas contenté de retracer à ses élèves, dans de savantes leçons, l'histoire de ^éloquence sacrée, il était parvenu à découvrir quelques éditions classiques des discours de saint Basile, de saint Grégoire de Nazianze, et les avait mis entre les mains de ses rhétoriciens.

M. Landriot, qui partageait la même passion que son illustre ami, donna un nouvel élan à l'introduction des classiques chrétiens, et ils devinrent, à partir de la quatrième, matière intégrante de nos études. Ainsi, plusieurs années avant la publication du Yer rongeur de M. Gaume, le petit Séminaire

d'Autun réalisait le programme tracé depuis par l'autorité du souverain Pontife.

Adolescentes clerici in vestris Seminariis ad omnem virtutem, pietatem et ecclesiasticum spiritura mature flngantur, ut in humilitate crescant, sine qua nunquam possumus placere Deo, a.c si/nul humaniorihus litteris, severioribusque disciplinis, potissimum sacris, ab omni prorsus cujusque erroris periculo alienis ita diligenter imbuantur, ut non solum gerraanam dicendi scribendique elegantiam, eloquentiara, tum ex sapientissiynis sanctorum Patrum operihus, tum ex clarissimis ethnie is scriptoribus ab omni labe purgatis, verum etiam, etc. 1

Plus tard, M. Landriot, qui aimait les saints Pères, qui les étudiait avec tant d'ardeur, et qui aurait voulu communiquer à tous cet amour, par respect pour ces grands docteurs, crut devoir reprendre la thèse de saint Basile dans son discours aux jeunes gens, et exposer, d'après ceux qu'il appelait ses maîtres, la tradition catholique sur l'enseignement. Son travail consciencieux, fait avec droiture et sincérité, lui mérita les éloges de l'épiscopat et l'approbation de plusieurs cardinaux.

Les sciences physiques et naturelles avaient les affections de l'abbé Landriot. Il leur devait la santé, des relations précieuses avec de nombreux savants,

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