Discours du 23 août 1869, p
vint demander un peu de repos à cette large et affectueuse hospitalité qu'on était toujours heureux de lui offrir dans nos pittoresques montagnes du Morvan ; il se trouvait si bien à Tombre de ces arbres séculaires, sur le sommet du Beuvray, au milieu de ses amis !
Nous étions en avril 1871 ; Son Excellence voulut bien ouvrir au petit Séminaire les exercices du mois de mai et parler au pied de cette statue qui était sienne et qui lui était doublement précieuse : il la voyait pour la première fois ; c'était près d'elle qu'avaient combattu nos héroïques défenseurs, ses anciens diocésains ; elle n'avait pas été atteinte par les boulets prussiens. Ce fut pour Monseigneur un bonheur de rappeler ce fait qu'il nommait presque miraculeux. Citons ses propres paroles :
Les braves bataillons de la Charente-Inférieure, mes anciens et bien-aimés diocésains, dont il paraît que j'avais confirmé le plus grand nombre, étaient sur cette esplanade, comme au poste d'honneur : ils étaient là, avec leurs pièces, tandis que d'autres étaient ailleurs ^ Là a été le théâtre de leur gloire ; là ils se sont battus comme les forts d'Israël : Ceciderunt fortes in prœlio. La Vierge semblait les exhorter au combat : les obus volaient de tous côtés et sillonnaient les airs avec un horrible sifflement. Seule, la statue est demeurée immobile et intacte,
1. On sait quello était, pendant cette triste guerre, l'habileté des Garibaldiens à éviter nos champs de bataille.
Elle semblait dire : je resterai debout sur mon piédestal, les bras ouverts comme toujours pour recevoir les petits séminaristes à leur retour, les bénir, leur sourire comme une mère, et les presser sur mon sein maternel. ^
Le 21 août 1872 eut lieu la première réunion fraternelle des anciens élèves : Monseigneur voulut être un des premiers au rendez-vous. Refusant l'hospitalité épiscopale, il tint à descendre au petit Séminaire et y arriva dès la veille. Après la messe, dans une allocution toute de cœur, il émut les âmes de tous ceux qu'il appelait ses amis, ses enfants ; il voulait que l'on se souvînt des jours anciens : Memetitote dierum antiquorum,
a L'archevêque de Reims, » disait-il en terminant, « désire être toujours pour vous et à votre choix » un père, un frère, un ami 2. » Cette parole avait été reçue avec bonheur. Après de fraternelles agapes, ce fut un spectacle ravissant de voir les groupes se former autour de Téminent prélat redevenu réellement père, frère et ami : l'un était le condisciple, l'élève, le père aimant ; l'autre, le camarade, l'enfant aimé; et chacun de se ressouvenir avec transport des jours anciens, et chacun de promettre de se retrouver au Séminaire en 1874. Dieu, dans