Réunion fraternelle de 1872, p
SI
ses jugements impénétrables, en a de'cidé autrement !
Monseigneur avait commencé sa vie épiscopale par la bénédiction d'un calvaire dans sa paroisse natale (27 juillet 1856), il Ta terminée par la bénédiction d'un calvaire à Reims, le 14 septembre
Un brave militaire pouvait lui dire la veille de sa mort, 7 juin 1874 : <!. Monseigneur, vous avez été frappé dans Vexercice de vos sublimes fonctions comme un soldat au champ d'honneur. » Oui, répondit 1g prélat en portant la main à son cœur, en pleine poitrine.
Cette vie toute sacerdotale, éminemment épîscopale, complètement dévouée à l'Eglise, se prolongea encore dans une agonie de neuf mois, au milieu des plus cruelles tortures.
L'épiscopat de Monseigneur a duré dix -huit ans : le début et la fin ont été consacrés par la croix, et nous qui avons connu Son Excellence, nous pouvons dire que cette vie si bien remplie et, hélas ! trop tôt terminée, fut une vie de labeurs et de souffrances, un crucifiement intérieur. 11 sentait le poids et la responsabilité de l'autorité, et c'était avec une conviction personnelle qu'il redisait dans sa cathédrale, avec un personnage célèbre : Pendant les longues années que fai porté l'autorité, je n'ai pu
obtenir un seul quart-d'heure de repos et de joie qui ne fût mélangé aux ennuis et aux dégoûts. ^
Cette belle intelligence qui recherchait partout, dans la nature, dans les philosophes, dans les saints Pères, dans la sainte Ecriture, un rayonnement de la sagesse, de la vérité infinie, ne fut pas toujours comprise. Par sa nature, il aimait les voies droites souvent mt^connues de nos jours. Sur ce point, il avait la s^vëritë de son saint patron : Parate viam Domini, rectas facile semitas ejus. 2 La droiture était un besoin pour lui ; il voulait connaître la vérité, même dans les affaires de peu d'importance, et lorsqu'il la voyait, il lui donnait son assentiment entier avec la docilité d'un enfant.
Ce cœur qui avait des aspirations si généreuses, si élevées en toutes choses, ce cœur qui avait un si vif désir du bien sous toutes les formes et qui a souffert de ce tourment divin des grandes âmes, la faim et la soif de la justice, a connu toutes les peines qui pouvaient l'atteindre : l'ingratitude, les défections, l'incertitude des jugements des hommes, variables comme le souffle des vents. Imitateur de saint François de Sales et de saint Thomas, qu'il avait pris pour protecteurs et pour modèles, il
1. Deuxième discours sur l'autorité (1871), p. 7. 8. Matt. m, 3.
tenait à considérer les choses de ce monde sous le côté le moins mauvais. De Yécole de Fénelon, il croyait de son devoir de s'éclairer dans les discussions restées libres. Un jour, nous Fespérons, l'histoire dira la vérité sur ce prélat si dévoué à l'Eglise, sur cet évêque qui eut pour constante préoccupation la paix et la gloire de cette divine épouse de Jésus-Christ.
Heureusement, le Seigneur lui avait donné, dès ses jeunes années, une grande hauteur de vues ; alors, au milieu des abandons et des contradictions, il se retirait dans les sphères élevées et surnaturelles, il se rapprochait de Dieu et s'en remettait à lui des appréciations des hommes ; il trouvait le calme loin de ce qu'il appelait la comédie humaine.
Pendant sa vie, Monseigneur était travaillé du désir de saint Jean-Baptiste, de la passion de saint Paul : former Jésus-Christ dans les âmes ; ces âmes il aurait voulu les tremper dans la piété vraie et solide ; il aurait voulu consacrer à cette sublime mission sa parole, sa plume, sa vie, son cœur. Ses dernières paroles n'étaient que l'expression de son brûlant amour pour les âmes : Donec formetur Christus in vobis. l
En récompense de ce zèle, Jésus voulut à son