Gai., IV
tour former son serviteur à son image crucifiée. Ce travail dura neuf mois. En saluant la croix du Jard, cet apôtre, qui devait être martyr delà souffrance, s'écriait avec un sentiment d'amour qui donnait aux accents de sa voix un caractère d'ëloquence extraordinaire :
0 divin Maître! Comment oserais-je me plaindre? Je soufTre, mais vous, ô Père! ô Frère bien-aimé ! que n'avez-vous pas souffert ? — Au point de vue de la vie matérielle, je souffre; mais vous, mon Sau- V ur, vous êtes né pauvre, vous avez vécu pauvre, vous êtes mort pauvre, et, pendant votre vie, vous n'aviez pas où reposer votre tête. — Je suis exposé à la malice et aux calomnies des hommes ; mais vous, Seigneur, que n'avez-vous pas enduré de leurs mensonges et de leurs contumélies ? Ne vous a-t-on pas appelé l'envoyé de Béelzébuth ? — Ceux qui se disaient mes amis m'ont trompé, ils ont abusé de ma confiance ; mais vous. Seigneur, n'avez-vous pas été abandonné de vos disciples, renié par saint Pierre, trahi par Judas? — J'ai mes ennemis qui me poursuivent ; mais vous, Seigneur, vous avez eu les vôtres, et vous les avez supportés, et vous avez prié pour eux, vous leur avez pardonné. — 0 mon Dieu ! quel que soit le geme de souffrances sur lesquelles j'arrête mes regards, vous les avez toutes endurées. Aussi je vous salue, ô croix de mon î^auveur ; je veux m'attacher à vous ; avec vous, je veux traverser la vie ; je veux marcher avec vous dans la voie douloureuse; avec vous et soutenu par vous, je trouverai la force et la paix 1.