‹ L'aumôneChapitre 7 sur 30 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

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nions, et surtout le matin en s'éveillant, quand le cœur veut s'interroger sérieusement, il est obligé de s'avouer à lui-même, qu'il y a en ce monde beaucoup de choses de convention, et que l'humanité se paie de mots, comme les enfants avec des hochets en chrysocale ; il suffit de dire que cela est beau et délicieux, et tout le monde le croit, ou du moins a l'air de le croire.

Je le répète. Mesdames, je ne voudrais condamner aucune de ces réunions que président la raison, la vertu et une cordiale expansion. Je désirerais même que les Times pieuses eussent leurs cercles, où régneraient la plus exquise politesse, la plus affectueuse cordialité, le meilleur ton et les grâces les plus élevées de l'esprit, parce que je suis convaincu qu'il faut aux familles et aux sociétés une légitime expansion, et que la piété bien comprise est une reine qui pourrait avoir sa place dans tous les salons, et perfectionner toute chose. Mais j'ai dû vous répéter sur les plaisirs du monde ce que

j'ai entendu dire maintes fois à des hommes du monde, ce que vous avez vu peutêtre et ressenti vous-mêmes et ce qui, du reste, est une vérité vulgaire, à force d'avoir été redite.

Vraiment, Dieu, par un sentiment de justice, ôte aux enfants du siècle le sens des choses; il les condamne à saisir des ombres, à s'en nourrir, pour éprouver ensuite les tortures d\me faim plus cruelle. Il y a là une punition de la Providence : pourquoi rame qui est si grande et si noble que Dieu seul peut la remplir et la rendre heureuse, pourquoi Tâme qui doit contenir Tinfini, s'arrête-t-elle à ces riens, à ces bagatelles, à ces niaiseries humaines, qu'on appelle la vanité, Tamour-propre, la recherche frivole de tout ce qui brille ? Pourquoi, dit le Prophète, le prince de ce monde, qui a sa place marquée à une table royale, va-t-il mendier des aliments qui ne renferment pas un seul atome de substance nutritive en rapport avec sa nature immortelle ? Ainsi Dieu a

caché des glaives sous toutes ces fleurs d'un jour, et quand le cœur s'y repose, il est transpercé : et le malheureux va plus loin adorer une autre fleur pour recevoir une nouvelle blessure. Voilà en deux: mots rhistoire de la vie dans le monde, et de tous ces romans qu'on fait sur la vie humaine. Le cœur humain, qui est fait pour le bonheur élevé, pour les plaisirs divins, se traîne ensanglanté et couvert de blessures, le long de tous ces sentiers détournés qui constituent Texistence mondaine. Mais il me semble que je me suis éloigné de mon texte : Il vaut mieux donner que recevoir. Voici peut-être le lien de nos idées. L'homme, avons-nous dit, est fait pour le bonheur, son cœur bondit de collines en collines, et il cherche la réalité de ses rêves. Malheureusement, il se laisse prendre aux formes et aux bruits de l'extérieur, et quand un écho mensonger répète le mot fascinateur, le cœur se précipite, puis il étouffe dans le vide des déceptions. Cependant, ce

désir que Dieu a mis en moi, ce bouillonnement de mon âme, cette aspiration de toutes les facultés les plus intimes de mon être, doivent avoir un objet que je puisse saisir. Je ne puis admettre que mon âme, dont les désirs sont si ambitieux, ne soit jamais au moins en partie rassasiée, et qu'on la condamne, comme ces filles de la Grèce antique, à remplir des tonneaux ouverts de toutes parts. Aussi, Mesdames, j'ai commencé par vous dire que la Religion admettait parfaitement le plaisir comme condiment de la vie, mais le plaisir pur, le plaisir divin, le plaisir qui seul est en harmonie avec notre nature. L'Esprit Saint dit que l'âme juste est dans un festin perpétuel. Oh ! qui pourra dire toutes les chastes délices des vrais serviteurs de Dieu, leurs joies d'enfant, leurs tressaillements de tous les jours ? S'il y a quelque joie en ce monde, dit l'auteur de l'Imitation, elle doit être le partage de l'âme juste. — Dans plusieurs de mes ouvrages, j'ai décrit ces nombreux

et divers plaisirs de la vertu : plaisirs que la Providence lui ménage sur la terre, comme des compensations intimes, comme un principe de renouvellement pour noire nature intime, et comme moyens de faciliter les opérations. Signalons aujourd'hui une des sources principales du vrai bonheur en ce monde, le plaisir divin de faire le bien. Parcourez, Mesdames, tous les souvenirs de votre vie : avez-vous jamais éprouvé de plaisir plus intime, plus délicat, plus pur, plus divin que celui qui consiste à faire le bien, à le faire avec un cœur large et chrétien, et surtout à le faire gratuitement, sans compter, je ne dis pas sur la reconnaissance, mais même sur le regard de Thomme, n^ayant pour témoins que Dieu et ses Anges ? Il semble, quand on a fait un peu de bien, qu^on avait un poids sur le cœur et qu'on est soulagé ; oui, c'est un vrai poids sur le cœur que le besoin de faire le bien, car rame juste doit avoir dans son cœur un trésor caché de bonté, d'amour ^ ce trésor,

à force de s'accumuler, devient divinement lourd à porter, et Tâme éprouve une douce nécessité de le répandre autour d'elle. On dirait, quand on a pratiqué une œuvre de miséricorde, que l'air est devenu plus léger dans la poitrine, l'âme savoure en silence une sainte volupté que la terre ne connaît pas. Pourriez-vous comparera ce sentiment exquis les plaisirs du monde, les jouissances de la vie sensuelle, la possession de l'or et de l'argent ? Non, Mesdames, vous ne le pourriez pas, alors même que vous le voudriez. La vie des sens tue le bonheur en le matérialisant, l'or et l'argent glacent le cœur quand on ne s'en sert pas comme d'un instrument pour le bien. Non, le parallèle n'est pas possible; et si vous le vouliez faire, malgré vous votre pensée se reporterait à cette heure connue de Dieu, oia vous montiez peut-être l'escalier du pauvre, où vous entriez dans une misérable chambre dénuée de tout, habitée par des êtres abandonnés, à qui vous laissiez un souvenir de

VOUS pour soulager leurs corps, et une partie de votre cœur pour rafraîchir leur âme. Ou bien rappelez-vous encore cette heure bénie où vous avez fait Taumône spirituelle à un cœur malade, souffrant de la plus terrible des indigences, Tindigence de Tâme. Par votre affection désintéressée, par un bon conseil, par un mot enflammé, vous avez relevé une pauvre âme qui allait se flétrir, vous avez rendu la vie à un pauvre cœur qui allait expirer ; vous avez enrichi ce pauvre honteux qui n'osait montrer ses plaies à personne, vous Tavez enrichi de tous les trésors, de toutes les espérances du Ciel. Vous avez sauvé cette âme ! — Voilà un des plus grands plaisirs de la vertu, voilà le beau, le noble, le délicieux moment de votre vie ! Certes, ces sortes de plaisirs sont bien permis, c'est le plaisir de Dieu qui aime à jouer dans ce monde en répandant les bienfaits ; ces plaisirs se concilient avec la plus haute vertu, quand on les rapporte à Dieu et qu'on ne s'y arrête pas par

un sentiment de vaine complaisance et de froid égoïsme. Ce sont les nobles plaisirs, les saintes joies des chrétiens ! C'est un des commentaires les plus vrais de ces paroles : Il vaut mieux donner que recevoir, il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir, beatîus est magis dare quàm accipere.

On lit une histoire étrange dans la vie de St Vincent de Paul ; je l'appelle étrange, tellement elle dépasse les conceptions de régoïsme humain. St Vincent de Paul assistait à son lit de mort une sœur de la Charité ; elle était sur le point d'expirer. St Vincent lui demande : ce N'avez-vous point, ma sœur, de peine, ni de remords sur la conscience ? — Non, mon père, sinon que j'ai pris trop de plaisir à servir les pauvres. — Quoi, ma fille, rien que cela ? — Rien du tout que cela, mon père. J'y ai pris trop de satisfaction ; car quand j'allais par les villages voir ces bonnes gens, il semblait que je ne marchais pas, mais que j'avais des ailes et que je volais, tant j'avais de

joie à les servir. — Mourez en paix, ma sœur (i). ))

Connaissez-vous, Mesdames, un plus admirable dialogue ? Je ne crois pas qu'il y ait rien de plus beau dans la vie d'aucun saint. Evidemment, ce n'est pas la nature qui avait pu donner tant de bonheur à cette pauvre religieuse ; c'était la pensée d'obéir à Dieu, d'imiter Dieu, de servir Notre Seigneur dans la personne des malheureux.

Tout se change en joie^ même les choses qui seraient naturellement les plus pénibles; tout se change en joie, quand on contemple Dieu à travers le voile de la créature.

Quand Dieu veut punir des individus ou des familles, il leur met des écailles sur les yeux : il en fait à la lettre des aveugles, ils marchent, ils cherchent et ils ne voient pas. Telle est la position des riches qui ne comprennent rien à l'Evangile, qui, par

(/) Vie de St Vincent de Paul, par Meynard, 1. 7,

leurs fautes, se sont rendus incapables de comprendre T Evangile. Dieu leur enlève le sens, et il trouve moyen de les crucifier là où ils espéraient rencontrer le bonheur ; il leur enlève le sens du bien, il ne leur laisse que rintelligence des choses matérielles, et là encore il les attend pour leur donner de cruelles leçons. Tandis que tout le monde les croit heureux, la Providence commande à tous les objets de leur convoitise de se couvrir de pointes invisibles qui les déchirent en secret.

J'ai entendu parler de familles riches, j'ai connu moi-même des riches qui avaient tous les éléments extérieurs de félicité, et qui en fait étaient plus malheureux que les hommes vivant dans la médiocrité. Ils étaient tourmentés par leurs désirs, la fièvre du cumul les agitait continuellement; ils n'avaient pas un instant de repos. Il était rare de surprendre sur leurs lèvres un sourire de vraie satisfaction ; a leur opulence, comme dit Fénelon, était pauvre, avide, insa-

tiable et même mendiante (i). »— « Ils étaient riches, mais en soucis, en désirs non satisfaits, en tortures intérieures, dives es curis. . . abiindas angoribiis et periculis (2). »

Dans leur intérieur, tout était froid, sans expansion ; la soif de Tor avait tout glacé, et il n^y avait guère de place pour les affections de famille. Ils auraient pu se faire bénir de tous les pauvres, de tous les malheureux de la contrée; ils n''avaient qu'à déverser le trop plein d'une fortune surabondante, et, sans rien perdre de sa valeur réelle, cette fortune aurait augmenté de toutes les joies et de toutes les bénédictions du pauvre. Ces hommes n'étaient pas dignes du vrai bonheur, et les êtres n'ont droit de participer au bonheur qu'autant qu'ils s'en rendent dignes. La richesse était devenue pour eux, selon la pensée d'un philosophe

[i) Mandement pour le Carême de ijii,x. 1, p. 464, éd. Didot.

(2) S. Chrys. in Ep. ad Eph., c. 4., hom. xiii, t. xi, p. 1 169.

païen, la source la plus féconde d'inquiétudes et de malheurs, maximam humana^ rivn œrumnarum materiam (i).

J'ai connu d'autres familles riches, familles chrétiennes et ayant l'intelligence du pauvre. La vie divine circulait dans leur intérieur ; ils avaient de ces douces affections de famille, qui sont une grande joie au milieu des peines de l'existence ; ils étaient les pères des pauvres, les consolateurs des affligés. Rien ne manquait à la splendeur de leur position, et ils en jouissaient beaucoup mieux qu'on ne saurait le faire avec un cœur pétrifié par le culte de l'or. Leur prospérité n'avait rien à souffrir -de leurs abondantes largesses, et ils y ajoutaient la consolation ineffable de faire des heureux et de jouir du bonheur qu'ils créaient autour d'eux. — Ils pouvaient dire avec Job : « Les oreilles de ceux qui entendaient et les yeux qui voyaient me proclamaient bien-

(i) Seneq. de tranquilL,c. 8.

112 LAUMÔNB.

heureux; ils me rendaient le témoignage que j'avais soulagé le pauvre qui implorait mon secours et Torphelin qui n'avait personne pour Taider. Les bénédictions de rinfortuné se répandaient sur moi. J'étais Tceil de l'aveugle, le pied du boiteux ; j'étais le père des pauvres... Je souriais au malheureux, sans rien perdre de ma dignité. Alors même que je siégeais dans toute la splendeur de ma gloire, je savais devenir le consolateur des affligés (i). »

Je remercie Dieu, Mesdames, et veuillez le remercier avec moi, de ce qu'il vous a donné l'intelligence de ces vérités chrétiennes. Puisse-t-il développer tous les jours davantage en vos âmes le sens du bonheur, du bonheur vrai, sans remords, du bonheur qui s'adresse à toutes les parties divines de l'être. Quand on a goûté cette sainte, douce et austère volupté du bien, les plaisirs du monde n'ont plus guère de

(i) Job, c. 29 passim.

CINQUIÈME CONFÊRENCB. 113

saveur. Dieu vous appelle, par Tunion des œuvres de charité, à la participation de sa joie infinie, de cette joie qu'il éprouve à faire le bien, à donner^ à se communiquer sous toutes les formes. Voyez comme le cœur de Dieu semble se dilater quand il fait le bien ; il jette un regard d'amour sur son œuvre, et on dirait presque qu'il ajoute quelque chose à sa souveraine félicité, vidit que Deus cuncta quœfecerat^ et erant valde bona (i).

Soyez les images de Dieu en ce monde ; ne vous estimez heureuses vraiment que quand vous aurez fait quelque bien dans la journée. Vous l'éprouverez certainement, et déjà sans doute vous Tavez éprouvé : quand vous aurez soulagé un malheureux, consolé un affligé, donné une parole affectueuse à une pauvre âme qui a froid, vous sentirez dans votre cœur un frissonnement inconnu de bonheur et de plaisir divin qui vous

(i) Gen. I. 3i.

rendra secrètement fières de votre mission. Puis, quand une âme que vous aurez secourue vous enverra avec reconnaissance un de ces regards où le cœur est tout entier, vous comprendrez que la vertu a de magnifiques récompenses sur la terre, vous vous retirerez avec une larme de joie dans le cœur, en répétant la parole du Prophète : a Un seul jour que Ton passe dans la maison des malheureux, qui est la vraie maison du Seigneur, vaut mieux que mille employés aux fêtes du monde, melior est dies una in atriis tuis super millia (i).

Permettez-moi de joindre à ces paroles Texpression de mes vœux de bonne année pour vous et vos chères familles, vœux les meilleurs, les plus affectueusement paternels ; je vais les déposer aux pieds de N. S., espérant qu'il voudra bien les bénir.

il) Ps. 83. II.

AVANTAGES DE l'aumÔNE.

On prête à Dieu.

On sert N. S. J.-G.

Fœneratur Domino, qui miseretur pauperis.

Avoir pitié du pauvre, c'est prêter à Dieu et prêter à usure.

(Prov. 19. 17.)

Amen dico vobis, quamdiîi fecistis uni ex his fratribus meis minimis, mihi fecistis.

En vérité, je vous le dis, tout ce que vous avez fait au dernier de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait, (Matth. 25. 40.)

Dans mes deux dernières instructions, nous avons commenté une parole de N. S., très-peu connue, surtout en pratique : Il vaut mieux donner que recevoir. C'est une

des pensées les plus belles, les plus divines de FEvangile ; elle nous transporte sur des hauteurs inconnues à la nature -, elle renverse les notions reçues, et, sur les débris de la convoitise, elle construit un monde nouveau. Elle nous élève à ces régions sublimes de la Divinité, où la lumière et la chaleur s^écoulent à flots pressés sur la créature, où les bienfaits se répandent avec une profusion qui ne calcule pas et qui se donne sans solliciter un retour comme récompense. Et, comme par une merveilleuse harmonie, tout se tient et forme une chaîne qui unit la vertu la plus pure à nos intérêts les mieux compris, il en résulte que la charité exercée gratuitement^ ne désirant aucune récompense sur la terre^ cherchant même à éviter le regard de Thomme, la charité la plus divinement désintéressée devient la source des plaisirs les plus purs, les plus intimes dont puisse jouir le cœur humain. Et, tandis que le riche de la terre, en absorbant les biens de ce monde, n'arrive la plupart du

temps qu'à une plénitude qui le fatigue et le rend malheureux, le riche selon Tesprit, selon Tesprit de T Evangile, arrive, en se dépouillant, à une joie sereine, à un bonheur caché, qui est d'autant plus profond, que Dieu seul en est le témoin.

— « L'aumône, dit St Bonaventure, met la sérénité dans Tâme^ eleemosyna serenat intellectum (i). »

La sérénité, c'est le ciel pur, c'est le ciel sans nuages. Que de nuages sur la terre, et de toutes les formes, de toutes les teintes : nuages d'ennui, de tristesse, de chagrins, de préoccupations^ d'inquiétudes ; nuages sans causes au moins connues ; nuages formés par rimagination et qui proviennent des vapeurs invisibles de l'âme. Tout disparaît au souffle de la charité, eleemosyna serenat intellectum.

Nous continuerons aujourd'hui à parler sur les avantages de l'aumône : nous prê-

(i) Diœt. salut., tit. 2, depœnit., c. 7, t. 12, p. 278.

Il8 l'aumône.

tons à Dieu et nous servons N. S. en la personne des malades et des pauvres.

L'homme ne saurait être insensible à ses propres intérêts, surtout quand il s'agit des intérêts supérieurs de Tâme et de nos avantages pour réternité. Dieu, du reste, a si bien combiné les choses, que les œuvres les plus désintéressées dans notre intention ont comme conséquence les plus heureux résultats pour nous.

St Chrysostôme appelle l'aumône le commerce le plus lucratif de tous, ars omnium quœstuosissima (i).

C'est un commerce qui rapporte à la fin de l'année des sommes énormes et sans aucun péril pour le bailleur de fonds. Dans le commerce ordinaire, on n'est jamais sûr du gain : il y a tant de chances à courir, tant de difficultés à vaincre, tant de périls

(i) s. Chrys. in Ep. ad Heb., liom. 32, t. 12, p. 425. — Cité par Corn, à Lap. in Ep. 2 ad Cor., c. f), t. 10, p. 404.

imprévus. Une fois embarqué sur cette mer du négoce, on peut rencontrer à chaque instant des lames qui vous submergent, des courants qui vous entraînent, des bas-fonds où tout s'engloutit. Mais, dans ce négoce d'une espèce toute nouvelle qu'on appelle Taumône, il n'y a aucun danger à courir : une fois la somme engagée, nous n'avons plus à nous en occuper. Dieu se charge de tout, il préserve notre argent de toute chance défavorable, sans que nous ayons à nous inquiéter de rien. Nos fonds sont placés dans les trésors du Ciel, et ils n'ont rien à craindre, ni la rouille, ni les insectes qui rongent, ni la perfidie de nos ennemis.

L'Ecriture dit que celui qui a pitié du pauvre prête à Dieu, et qu'il prête à usure, fœneratur Domino^ qui misej^etur paupéris (i). C'est surtout cette usure divine qui rend très-lucratif le commerce de Taumône, ars omnium quœstuosissima. Non-

(i) Prov. 19. 17.

seulement ce placement de fonds est sûr et ne court aucun risque, mais il produit au centuple. Dieu s'y est engagé, et sa parole ne laisse aucun doute à cet égard. « Nonseulement, dit St Chrysostome, le capital est sûr, mais Dieu nous promet le centuple en cette vie, et la vie éternelle en Tautre, capitalis summa in tuto est^ et centiiphim hic promittitia' dantibus, et i?i fiiturum vita œtenia nobis reseri^atur (i). »

a Dieu, dit encore le saint docteur, voyait notre amour pour le gain ; il voyait que personne ne veut prêter sans hypothèque, sans gage ou sans caution ; d'autre part, il était évident que le pauvre ne pouvait pas emprunter sur hypothèque, ni sur gage, puisqu'il ne possède rien ; il ne pouvait pas trouver de caution, personne n'ayant confiance en lui à cause de sa misère. Alors, Dieu intervient entre le riche et le pauvre, il s'offre en gage au prêteur... Il dit au

(0 In cap. I Gen. hom. 3, t. 4, p. 27.

SIXIÈMB CONFÉRENCE. 121

riche : Ayez confiance, c'est à moi que vous prêtez. — Mais combien me rendrez-vous ? répond le riche. — Il est très-injuste, étrange de demander des comptes à Dieu. Cependant, pour condescendre à votre malice, examinons la chose. Que demandezvous dans vos prêts usuriers ? est-ce un pour cent à chaque mois, et conformément à la loi ? (i) Eh bien I je dépasse tous vos désirs. Vous réclamez ordinairement un pour cent à chaque mois; moi, je vous offre cent pour un (2). »

Ainsi, je ne m'étonne pas d'entendre Salvien appeler les pauvres les banquiers de Dieu; je ne m'étonne pas d'entendre Bossuet les nommer « receveurs généraux et trésoriers de Dieu (3). x>

« Les pauvres et les indigents, dit Sal-

(i) V. les dict. grecs à l'art. Exarodtoc et les dict. latins à l'art. Centesima.

(a) De pœnit. hom. 7, no 7, t. 2, p. 398.

(3) Panég. de S. François d'Assise, i»"*^ partie, pt i"o, t. b.

vien, sont regardés à bon droit comme les caissiers et les banquiers de Dieu, et Targent qu'on place à cette banque va toujours en s'augmentant ; il s'ensuit qu'on prête à Dieu, et qu'on prête avec usure, tout ce qu'on verse dans le sein des pauvres (i). »

Comment expliquer ce prodigieux mystère ? — Dieu, par suite de l'Incarnation, a épousé la nature humaine, mais j'ose dire qu'il a épousé spécialement la nature humaine dans le pauvre et dans tous ceux qui souffrent. « Le corps du Christ est comme un seul homme, dit St Augustin, c'est ce grand malade, qui est étendu et qui restera étendu jusqu'à la consommation des siècles. . . Il crie tout le long du jour, il se plaint dans la succession de ses membres, qui naissent, meurent et se remplacent (2). »

De cette transfiguration, j'oserais presque dire de cette nouvelle transsubstantiation du

(i) Adv. avant., 1. 3, c. i, p. 2o5, éd. Migne. (2) Enar. in Ps. 85, n^ 5, t. 4, p. 1291.

pauvre à la personne du Christ, il est résulté pour le monde une doctrine toute nouvelle et qui est devenue la source intarissable de toutes les formes de la charité, la création d'un nouvel ordre de choses, la mère de toutes les bonnes oeuvres, la fondatrice des hôpitaux et de toutes les institutions^ quels qu'en soient la forme et le nom, où Ton soulage le pauvre, le malheureux, rinfirme, les vieillards et les enfants. Jamais la charité naturelle, jamais la philanthropie ne pourront produire de semblables merveilles.

Alors on comprend ces paroles du divin Sauveur : « Un verre d'eau froide donné en mon nom ne restera pas sans récompense ( I ). » — « Tout ce que vous aurez fait au dernier de mes frères, en mon nom, c'est à moi-même que vous l'aurez fait (2). » Alors on comprend ce magnifique dialogue au

(i) Matth. 10.42.

(2 Matth. 25, 40.

124 l'aumônk.

jugement dernier : au dernier jour, quand le Fils de rhomme sera venu dans sa majesté, il dira à ceux qui sont à sa droite : Venez, les bénis de mon Père, possédez le Royaume qui vous a été préparé depuis le commencement du monde, car j^ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'avais besoin de logement, et vous m'avez recueilli ; j'étais nu, et vous m'avez vêtu ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus me voir. Les justes, étonnés, lui répondront : Seigneur, quand donc avons-nous trouvé l'occasion de vous ren-» dre tous ces services, pour la faim, pour la soif, pour le logement, pour le vêtement et les visites de charité ? Le Roi leur répondra : Toutes les fois que vous avez rendu ces services au moindre de mes frères, c'est à moi que vous les avez rendus. Le Roi, se retournant, dira ensuite à ceux qui sont à sa gauche : Retirez-vous, maudits, allez au feu éternel, qui a été préparé pour le démon

et ses anges, car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'avais besoin de logement, et vous ne m'avez pas recueilli ; j'étais nu, et vous ne m'avez pas donné de vêtements ; j'étais malade et en prison, et vous ne m'sLYQz pas visité. — Seigneur, diront les damnés, quand donc avons-nous vu votre personne divine souffrant de la faim, de la soif, n'ayant ni logement, ni habits, malade ou en prison ? et quand donc avons-nous .négligé de vous porter secours ? Le Roi leur répondra : Je vous le dis, en vérité, toutes les fois que vous avez manqué de remplir ce devoir envers le moindre de mes frères, c'est moimême que vous avez oublié (i).

€ O merveilleuse bonté de Dieu, s'écrie St Chrysostome, il semble au dernier jour qu'il n'y ait plus qu'une vertu, la miséricorde et la charité ; il semble qu'il n'y ait

(i) Matth. 25. 3 1-45.

126 l'aumôn'e.

plus qu'un vice, la dureté pour ceux qui souffrent... Dieu veut ainsi exciter notre compassion pour h pauvre et le malheureux; il veut qu\au dernier jour nous trouvions en lui, non pas un juge, mais un débiteur ; il veut que nous soyons ses créanciers; et un débiteur honore et respecte celui auquel il doit (i). y

St Maxime résume ainsi cette sublime et con:,olante doctrine : « Par Taumône et les soins variés de la charité, c'est Dieu que nous servons, et par Taumône nous devenons des Dieux. Cest Dieu que nous servons, c'est lui-même qui Taffirme, en disant : Tout ce que vous aurez fait au dernier de mes frères, c'est à moi-même que vous l'aurez fait... Le pauvre est donc un Dieu, depuis que le Christ s'est incarné, s'est fait pauvre, a pris sur lui les maux et les souffrances du genre humain. Il souffre en nous et avec nous, et il souffrira jusqu'à la con-

(i) Depœnit., hom. 7, t. 2, p. 400.

SIXIÈME CONFLUENCE. 127

sommation des siècles les douleurs de chacun de nous... D'autre part, Tâme charitable se transforme en Dieu, car rien ne nous rend semblables à Dieu, ne nous fait Dieu, comme d'imiter la bonté libérale de Dieu (i).

Quelle noble et splendide doctrine ! Le riche chrétien, en opérant le bien, ne fait pas un pas sans rencontrer, sous une forme ou sous une autre, la nature divine : il la trouve dans le pauvre, qui est comme une nouvelle incarnation du Christ; il la trouve en lui-même : car le juste qui donne, c'est Dieu rendu visible.

Ah ! Mesdames, si nous avions une foi vive aux paroles de Notre-Seigneur, est-ce que nos cœurs ne s'embraseraient pas d'amour pour les pauvres, nonne cor nostrum ardens erat in nobis ? (2)

(i) s. Maxim, abbas, Mystagog. c. 24, p. 710, Patrol. grœc. de Migne, t. 91.

(2) Luc^ 24, 32.

1S8 l'aumône.

Si à chaque visite, si à chaque aumône, nous nous disions : c'est le Christ que je visite, c'est le Christ que je soulage, nous ne croirions jamais avoir assez d'ardeur pour le bien; nous multiplierions dans la limite du possible et nos visites et nos bienfaits. Et cependant, Mesdames, la doctrine que nous prêchons en ce moment n'est point du mysticisme exagéré ; ce sont les paroles mêmes de Notre-Seigneur : chaque visite, chaque bienfait est une lettre de change tirée sur le Ciel, et jamais Dieu ne laissera protester sa signature. — Seigneur, pourra dire l'ame juste, vous me devez tant : voyez mes comptes, ils sont parfaitement en règle. Et si Notre-Seigneur faisait semblant de ne pas comprendre, l'àme pourrait ajouter : mais, Seigneur, quand j'ai visité tel pauvre, je pensais à vous ; par conséquent, selon la parole de votre Evangile, c'est vous que j'ai visité^ c'est vous qui devez me payer cette visite. Quand j'ai rendu service à un indigent, c'est encore vous que j'ai soulagé ;

et comme en pareil cas, Tusure est permise, c'est vous qui me devez le capital et les intérêts^ et les intérêts au centuple. Quand j'ai donné à mon frère, non pas seulement un verre d'eau froide, mais bien ce que j'avais de plus chaud dans le cœur, de plus tendre dans la charité, pour ranimer cette âme malade et relever ce cœur abattu, c'est encore à vous que je pensais : c'est donc vous qui me devez une récompense, quis-> qiiîs potum dederit vobis caîicem aquœ iti

nomïne meo non perdet mercedem

suam (i).

Aussi saint Vincent de Paul voulait que ses religieuses aimassent leurs pauvres malades « comme leurs Seigneurs, » parce que, disait-il, Notre-Seigneur est en eux, et eux en Notre-Seigneur (2). Aussi, saint Jérôme disait-il : « Chaque fois que vous étendez la main pour donner, pensez au

fi) Marc^ 9. 40.

(2) Vie, par M. Maynard, 1. 7, c. 1, n^S, p. 265^ t. 3.

Christ... Car c^est le Seigneur qui demande en la personne du pauvre (i). »

— « Quand le pauvre souffre, dit saint Augustin, c'est le Christ qui souffre, eget Christus, qiiando eget paupei^ (2); et le Christ, il sera pauvre ainsi jusqu'à la fin d;:s siècles, egeus est usque in finem sœ* cuîi (3). »

Ainsi, le Christ, qui a embrassé toutes nos misères, est devenu le pauvre universel, le mendiant universel. ^ Il est dans le besoin plus que les autres, dit Salvien ; car un nécessiteux ne souffre que pour lui-même et en lui-même; seul le Christ mendie en la personne de tous les pauvres, soins tantiimmodo Christus est, qui in omnium paiiperum universiiate meJidicat (4). »

Et savcz-vous pourquoi le Christ souffre

(i) Epist. 54 ad Furiam, no 12, t. i, p. 556, éd. Migne.

(2) Senn. 38, n" 8, t. 5, p. 284.

(3) Senn, 239,.n<^ 7, t. 5, p. 1457.

(-j) Adv, avarit. 1. 4, c. 4, p. 2 32, éd. Migne.

ainsi en tous ? « C'est, répond saint Chrysostome, dans Tintérêt du riche et du pauvre. Il fournit au riche Toccasion de thésauriser pour le Ciel, et au pauvre l'occasion de recevoir une double récompense, ici-bas et dans réternité (i). »

(( Et Dieu est si bon qu'il se plaît à avoir beaucoup de créanciers, et il aime davantage ceux auxquels il doit plus. Et l'usurier qui a beaucoup de débiteurs ne se réjouit pas autant que le Christ quand il a de nombreuses dettes (2). »

Ailleurs, le même Père met ces belles paroles sur les lèvres de Notre-Seigneur : « O riche, je me promène partout comme un mendiant, à votre porte je tends la main, je veux que vous me nourrissiez, et c'est par amour pour vous , je veux me créer une raison de vous donner une magnifique récompense, cijxumeo mendicans^

(i) Hom. 7. depœnit., no 7, t. 2, p, 401. — lnEp.2 ad Cor. hom. 3o, n'^ 3, t. 10, p. 776. (2) In Ep. ad Rom. hom. j, n» 9, t. 9, p. 543.

ad fores tuas adstans^ tendo manum cupi* em à te enutriri : te enim admodùm diligo (i). »

a O infinie bonté de Dieu, s'écrie saint Paulin : il veut qu'on lui prête à intérêts les biens qu'il a donnés ; et il désire être débiteur de ses propres bienfaits, afin d'avoir occasion de rendre avec usure ce qu'il aura reçu... Le Seigneur, qui est tout-puissant, pouvait créer les hommes également riches, de sorte que l'un n'eût pas besoin de l'assistance de l'autre. Mais ce Père des miséricordes, par un conseil admirable de son infinie bonté, en a usé autrement, afin d'éprouver quelle serait la disposition de votre cœur à l'égard des pauvres. Il a permis que les uns fussent dans le besoin pour éprouver la compassion des autres. La pauvreté des uns est la cause que les autres sont vraiment riches. Comprenez donc, ô riches, que vous ne devez pas garder seulement

(i) In Epist. ai Rom. hom. i5, à la fin^ t. 9, p. 665-666.

pour vous ce que vous avez reçu; car Dieu ne vous a donné en ce monde la part qui devait appartenir aux pauvres, qu'afin de vous fournir l'occasion de la rendre aux indigents par une volontaire offrande, et de mériter une belle récompense pour les dons que vous aurez faits à J.-C. en la personne des malheureux (i). »

Telle est l'économie admirable de la Providence. — Dieu a fait les montagnes et les vallées : les montagnes sur lesquelles tombent spécialement la pluie et où se forment les grands réservoirs ; les montagnes où se trouvent les glaciers, source intarissable des rivières et des fleuves. Mais il a fait aussi les vallées pour recevoir le trop plein et la surabondance des montagnes. De même, il a fait les riches et les pauvres, simul tfiunufn dives et pauper (2), et leur existence simultanée est nécessaire à la société, non-seu-

(i) Epist. 34, no 6, p. 347, éd. Mignc. (2) Ps. 48, 3.

lement au point de vue hiérarchique, qui veut nécessairement que dans un corps il y ait des membres qui reçoivent et des membres qui donnent : mais au point de vue de la charité, dans l'intérêt des riches et des pauvres, pour fournir aux riches l'occasion d'amasser d'immenses trésors dans le ciel, et pour le pauvre^ l'occasion de pratiquer les vertus chrétiennes, de souffrir comme le Christ, et d'avoir constamment l'insigne honneur de prêter ses membres au Christ pour souffrir encore. Et c'est ainsi que la société serait solidement constituée par la libéralité du riche, par la reconnaissance du pauvre, par l'adoucissement de la misère et de la souffrance chez le riche comme chez le pauvre. Car, si le pauvre souffre, ne croyez pas que le riche soit exempt de douleurs : il souffre plus souvent et plus cruellement qu'on ne pense. Et le soulagement de la misère des autres est comme un glaive à deux tranchants, mais un glaive qui guérit les plaies qu'il touche, et dans

rame qui donne^ à cause du bonheur que procure Teffusion de la chanté, et dans le pauvre qui reçoit, et dont les infortunes et les douleurs sont au moins diminuées.

Je touche en ce moment à la solution de la grande question de Tépoque. Quand les cœurs du riche et du pauvre se sont ainsi rencontrés sur le cœur de Dieu, les nations ne sont plus menacées de ces crises sociales qui sont la conséquence de la dureté du riche et de Tirritation du pauvre : dives et paiipej^ obviaverimt sibi ; utriusque opera^ tor est Dominus (i).

Oh ! Mesdames, les sociétés ne reposeraient plus sur un sol constamment volcanique, la terrible question du pauvre et du riche ne se dresserait plus devant nous avec ses abîmes béants, si les pauvres étaient chrétiens et si les riches étaient charitables. Et cette question formidable ne sera jamais résolue tant qu'on ne reviendra pas à com-

(l) PrOV. '22, 2.

prendre et à pratiquer Tesprit derEvangile.

Je vous laisse, pour conclusion de cet entretion, deux belles pensées de saint François d'Assise et de saint Augustin.

a Le pauvre, disait saint François, est le seul moyen que nous ayons de donner quelque chose à Dieu, car le pauvre seul donne à Dieu la possibilité d'avoir besoin. Quelle est donc heureuse, l'âme charitable ! car elle peut faireî Taumône à Celui qui verse avec surabondance ses bienfaits sur toute la création (i). »

Saint Augustin proposait aux familles chrétiennes une excellente pratique : elle est aussi ingénieuse que charitable. « Veuillez, dit-il, compter J.-G. au nombre de vos enfants : que ce soit un de plus dans la famille. Vous avez deux enfants, qu'il soit le troisième ; vous en avez trois, qu'il soit le quatrième ; vous en avez cinq, qu'il soit le sixième, et vous lui donnerez, en la per-

(i) Opusc. S. Franc. Assis. Appcnd. in t. 3, p. 92.

sonne du pauvre^ sa part dans votre patrimoine (i). »

Quelle belle pensée, Mesdames I soyez fières de pouvoir ainsi constituer le Sauveur votre fils, de l'admettre en votre maison comme un enfant de la famille I quel bonheur pour vous de l'aimer, de le soigner, de le secourir ! Ah ! remerciez Dieu avec sainte Elisabeth, remerciez-le de Thonneur qu'il vous fait de le servir en la personne des pauvres, de Tadopter en la personne des malheureux, et dites avec le Prophète : tf Seigneur, c'est trop de gloire et d'honneur pour nous, fiijnis honorificati sunt amici tîii Deus^ nimis coiifortatus est principatiis eorum (2). »

(1) Fac locum Christo cum filiis tuis, accédât familiae tuae Dominus tuus, accédât ad prolem Creator tuus, accédât ad numerum filiorum tuorum... Duos fîlios habes, lertium illum computa; très habes, quarlus numeretur ; quintum habes, sextus dicatur... Nolo ampliùs dicere ; unius filii tui serva locum Domino tuo. {Serm. 86, no x3, t. 5, p. ôSg-ôôo.)

(2) Ps. i38, 17.

AVANTAGES DE l'aUMÔNE.

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