‹ L'Aumonerie MilitaireChapitre 42 sur 50 · RATE · texte numérisé non relu

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signalés ou qu'ils auront eux-mêmes découverts. Ils laisseront, à droite, une large colonne en blanc pour les observations.

1° Le règlement défend à l’aumônier de faire ses visites en même temps que les médecins ainsi qu'aux heures des pansements et dé la distribution des vivres. Il doit s'y conformer strictement. S'il se rencontre dans une salle avec les médecins ou les infirmiers en fonctions, quelle que soit leur bienveillance habituelle à son égard, 1l doit toujours leur céder le terrain et passer discrètement dans une autre salle, en attendant que le moment favorable soit venu pour lui de revenir aux malades qu'il croyait visiter les premiers.

2° Les visites religieuses à l'hôpital doivent être courtes et bonnes. Courtes, parce qu'il faut voir tout le monde. Bonnes, parce que le pasteur doit racheter le temps (1).

3° L'aumônier doit aborder ceux qui souffrent avec amabilité, avec ménagements, avec douceur, avec charité, Si les médecins les soignent, le pasteur les aime. [ faut qu'ils le sentent. Les premières questions posées doivent se rapporter à l’état de leur santé. Les questions sérieuses seront amenées peu à peu dans la conversation,

Je m’assis auprès de ces malheureux, dit M. Reichard, sur les nattes de paille qui leur servaient de couche et seules les

(1) Ephésiens v, 16,

séparaient de la terre nue ; je pris leurs pauvres mains glacées dans les miennes, et, cherchant à les réchauffer sur ma poitrine, je leur parlai de la patrie terrestre, que, peut-être, il leur serait donné de revoir, puis de l'autre patrie, où le soleil ne cesse de luire, où toutes les souffrances s'arrêtent, où le Sauveur ouvre ses bras à ceux qui l’aiment. Et presque

partout il me fut donné de voir le désespoir faire place à une douleur silencieuse, les murmures impuissants se changer en une résignation muette. La plupart se recouchaient silencieusement sur leurs grabats et mouraient sans se plain-

dre (1).

Il ne faut jamais effrayer un malade en lui parlant brusquement de la mort ou de l'enfer. Il ne faut pas non plus tomber dans l'excès inverse et lui cacher toujours la gravité de sa situation. Le pasteur surtout lui doit la vérité en toutes choses. Il lui montrera ses péchés avec fidélité, mais il lui présentera surtout l'amour du Père et le salut par Jésus-Christ. L’aumônier exhortera le malade à prier dans son cœur. Il lui proposera de prier avec lui sans toutefois trop insister s'il refuse. Les malades ont des moments difficiles pendant lesquels ils ne peuvent rien supporter. Et puis, l'hôpital est une maison commune et non une maison particulière. On a le droit d'y servir Dieu selon sa conscience, mais on a le devoir d'y respecter la liberté de ses voisins. ,

4° Quand un malade dort il ne faut jamais le réveiller. Il profite peut-être du seul moment favorable qu’il a pour

(1) Souvenirs, page 131. Voir aussi pages 168 et 169.

prendre un peu de repos. Il faut donc passer à un autre et revenir plus tard auprès de lui.

5° S'il y a des maladies contagieuses dans l'hôpital, il n'est pas défendu à l’aumônier de prendre des précautions ou des remèdes préventifs, mais il lui est absolument interdit, par la conscience et par la Parole de Dieu, de se tenir à distance de celui qui souffre. C’est là surtout qu'est sa place. Parce que d’autres s’en éloignent, c'est une raison de plus pour qu'il s’en approche davantage. Ne sait-il pas que Dieu veille sur lui et que rien n'arrive sans sa permission (1) ?

6° L'aumônier ne quittera jamais l'hôpital sans avoir vu tous ses coreligionnaires. [l se doit à tous. Nous ne saurions trop insister sur cela, car le cœur de l’homme est toujours tenté de s'attacher aux uns plutôt qu'aux autres. Or, ceux qui font le moins de démonstrations sont quelquefois les plus sérieux.

7° L'aumônier peut avoir en dépôt quelques fonds destinés à adoucir le séjour des soldats à l'hôpital. Qu'il en fasse la distribution avec une grande équité, après avoir pris le conseil du médecin traitant, de façon à ne pas leur donner des choses contraires à leurs maladies.

Quant aux petites douceurs que nous pouvons apporter à nos frères souffrants, dit M. Frossard, nous ne faisons rien sans être assurés que nous ne contrarierons en aucune manière les

médecins qui les soignent (2).

(1) Matthieu, x, 29-31.

(2) Lettres d'Orient, page 88,

8 On ne peut guère visiter un hôpital militaire sans remarquer au moins une salle réservée à ceux qui sont malades par leur faute. Ceux-là n'inspirent pas grande sympathie. Nous n'en avons pas rencontré un seul qui fitson 164 culpa. Cependant il faut les voir, les exhorter, leur montrer le mal qu'ils se font à eux-mêmes, au point de vue physique et surtout au point de vue moral, leur prêter des journaux, mais ne pas avoir de grands dis- COUTS avec eux.

9° Si le pasteur est seul aumônier de la garnison, avec l'autorisation du médecin-chef et du commandant d'armes, qui lui sera très-rarement refusée, il fera bien de n'établir aucune différence entre les malades catholiques et les malades protestants. Il s'arrêtera au pied de chaque lit et il laissera à tous les hommes une parole de pieuse consolation.

J'administre les sacrements, disait un aumônier catholique à M. Frossard, sans être toujours bien sûr que celui à qui je les donne n'est pas un protestant ou un juif (1).

À Sébastopol, M. Reich: rd trouva aussi un £umônier de ce caractère (2).

À Rezonville, M. le pasteur Haas fit la même expérience :

Spontanément, dit-il, j'invite mes pauvres soldats à recommander leurs âmes à Dieu. Je prie à haute voix. On n'est ni

(x) Lettres d'Orient, page 150.

(2) Souvenirs, page 64. Voir aussi pages 74, 146, 147 et 152.

protestant ni catholique en pareil moment ; on est un pauvre

pécheur, sans mérite ni vertu, qui crie au Dieu des batailles au nom de Jésus-Christ. Et nous n'avons pas crié en vain(r).

Notre ami, l'abbé Gibert, aumônier comme nous au corps expéditionnaire du Tonkin, nous a fait plusieurs fois une confession semblable, L'abbé Mac qui, pour cause de santé, ne resta que quelques mois en Extrême-Orient, nous a dit la même chose. Nous avons sûrement enterré nous-même plusieurs catholiques et quelques juifs. Dans ces cas-là, nous l'avons déjà dit, l'ecclésiastique est aumônier chrétien et français.

Mais quand il y a un curé et un pasteur, faisant le service dans le même hôpital, chacun de ces deux serviteurs du même Dieu devra respecter le bien de son collègue. Il est parfaitement permis d’avoir une conversation, ordinaire ou religieuse, avec qui que ce soit. Mais on ne doit jamais se prêter à aucun acte de prosélytisme forcé.

10° L’aumônier est souvent chargé par des soldats malades de missions délicates auprès de leurs parents. Il doit toujours s'en acquitter avec tact, avec charité et avec fidélité. Quelle mission que celle-là! Ecrire à des parents que l'on ne connaît pas, que l’on n’a jamais vus, que l’on ne verra jamais, et leur dire que leur fils bien-aimé, qu'ils ont vu partir de leur village, ne doit pas y revenir! Leur raconter comment il est mort ; leur transmettre ses dernières paroles ; leur dire que sa tombe

(x) La Croix, n° 39 du 30 septembre 1871, page 308,

— 1 es

ne s'est pas fermée sans qu'une prière soit montée d’un cœur pieux vers le Dieu qu’ils adorent. Né vous semblet-il pas entendre le prophète nous dire à tous : « Consolez, > consolez mon peuple » (1)?

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