ENTERREMENTS
M. le pasteur Mathieu, du Vigan, a traité cette question de main de mâître dans la Revue de Théologie pratique (2) de septembre et novembre 1888. Nous prenons la liberté d'y renvoyer le lecteur pour ne pas prolonger cette étude déjà trop longue. Toutefois, à notre humble avis, certains détails auraient besoin d’être modifiés suivant les lieux et les circonstances.
Le chapeau noir, par exemple, n’est jamais de saison en Indo-Chine où l’on porte le casque pour se garantir de la chaleur. La robe n’est pas si gênante que cela et le pasteur n’est pas et ne paraît pas du tout extraordinaire quand il en est revêtu, même dans les rues. Comme le disait le Zuguenot de l’année dernière, la
(x) Recueil ; Lettres de M. Rœhrig, 1855.
(2) Cette publication s'appelle maintenant : Kevue du Christianisme pra: tique,
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robe des pasteurs est vénérable ; «elle est belle à porter » ici, sur la terre cévenole, où elle a été anoblie par » la persécution, sanctifiée par le sacrifice, glorifiée par » le martyre» et nos paroissiens aiment à nous la voir (1). Etpuis, dans les grandes villes, où les pasteurs ne sont pas connus, on confond les enterrements protestants avec les enterrements civils. Les pasteurs algériens l'ont très-bien compris ; aussi, ils font tous leurs enterrements en robe. Enfin, pour le cas spécial qui nous occupe, la robe est de rigueur dans toutes les cérémonies. Avec les militaires il faut beaucoup de mise en scène. Le soldat de deuxième classe ne se montrera jamais nulle part sans être en tenue,
En campagne, il y a deux espèces d’enterrements : les enterrements sur le champ de bataille et les enterrements à l’ambulance.
Pour les premiers, «la cérémonie est courte, surtout » pour le simple soldat. Deux infirmiers s'emparent du » cadavre, le descendent en toute hâte dans la fosse » commune, jettent quelques pelletées de chaux vive, » puis on la referme légèrement, car demain il faudra la rouvrir » (2). Quelquefois, rarement, un soldat récite une prière. Quand l’aumônier est là, 1l fonctionne.
Nous avons eu l'honneur, plusieurs fois, surtout à Duoc et à Tuyen-Quan, d’enterrer les morts souvent dans
(1) Le Auguenot, journal mensuel des Eglises Réformées des Cévennes et du Sud-Est, n° du re’ juin 1888, page 4.
Le Christianisme au XIXe siècle, du 8 mars précédent, avait déjà exposé la même question sous la rubrique : Quelques desiderata,
(2) Souvenirs, pages 47 et 48.
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des tranchées, fosses communes provisoires, immédiatement après le combat(1)}. Que c'est solennel! et comme on trouve facilement, alors, quelque chose à dire à ceux qui ont survécu |! comme on se trouve inspiré pour écrire aux parents, quelquelois au crayon, sur les genoux, sur une pierre ou sur une cantine servant de bureau, pour leur annoncer que leur fils, qui a quitté le foyer avec tristesse, ne doit pas y revenir! Mais comme aussi on ressent bien toute la responsabilité qui pèse sur l'humble messager de pareilles nouvelles !
À l’ambulance, voici comment nous procédions :
La levée du corps avait lieu à l’amphithéâtre après une prière de cœur. Le soldat porteur de la croix règlementaire sur laquelle étaient écrits le nom, le bataillon et le matricule du défunt, marchait en tête du convoi. Ensuite venait l’aumônier en robe avec ses décorations. Puis le corps. Immédiatement après, le piquet d'honneur. Enfin la foule. En arrivant au cimetière, nous faisions descendre le corps dans la fosse (2). Nous adressions aux assistants une exhortation rattachée ou non à un passage de l'Ecriture (3). Le piquet d'honneur portait les armes pendant la prière finale.
(1) À travers le Tonkin pendant la guerre.
Tuyen-Quan pendant le siège.
(2) Dans notre Eglise, pour les enterrements ordinaires, nous faisons encore descendre le corps dans la fosse avant d’officier sur la tombe.
(3) Pour les oraisons funèbres il vaut toujours mieux prendre un texte biblique. Ce texte est une puissance vivante de démonstration vis-à-vis des incrédules et une parole de consolation qui demeure pour la famille affligée.
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Dans nos Eglises il vaut mieux suivre le corps que de le précéder, parce qu'on accompagne une famille qu'il faut consoler. Mais, dans les enterrements militaires, l’aumônier doit surtout chercher à réveiller, par des appels pressants, la conscience des soldats qui accompagnent leurs camarades au champ du repos où ils seront eux-mêmes accompagnés demain.
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