ACTE PREMIER
AQUILAR^ (l'un ton ronflant.
Il est naturel qu'elle ait aussi dans le sang l'amour de cet apparat militaire qui nous transporte d'admiration, nous, les simples pékins.
LE GÉNÉRAL
En effet, c'est beau, n'est-ce pas, c'est très beau!.. Je ne connais pas de plus belle musique que celle de mes trompettes ni de plus beau spectacle que celui d'un défilé de troupes sous un clair soleil !
Murmures approbateursd.es officiers.
AQUILAR.
Vous êtes un poète, général.
LE GÉNÉRAL
Non, je suis un soldat amoureux de son métier, voilà tout. Amoureux, c'est bien le mot ! Je n'ai qu'un regret, celui de ne pas lui donner davantage, en échange de tous les bonheurs que je lui dois.
Et quoi de plus, mon Dieu?
LE GÉNÉRAL
Mon sang... dans une belle bataille!... Oh! rassurez-vous, nous n'en sommes pas là... On ne sait plus se battre aujourd'hui !... On est trop sage pour être brave, trop savant pour oser l'essayer...
JOSEPH, entrant.
Monsieur, il y a quelqu'un qui désire parler au général. Voici sa carte.
AQUILAR.
Déjà des solliciteurs, général ?
LE GÉNÉRAL
Eh ! mais, c'est Rollot... mon vieil ami RoUot.
U L'AU^lÉOLE
AQUILAR.
Le peintre ?...
LE GÉNÉRAL
Parfaitement... mon camarade d'enfance... que je retrouve de temps en temps dans la vie, et toujours, avec plaisir, bien que nous ne nous entendions guère Il est si différent de moi, ce bohème parisien, ce fantaisiste I... Voulez-vous me permettre de le recevoir ici?
MADAMP: AQUILAR.
Mais vous êtes chez vous, général, et s'il vous plaisait d'inviter à dîner M. Rollot?...
Trop aimable, madame.
AQUILAR.
Excusez-nous, d'ailleurs... Quelques ordres à donner... Nous vous laissons avec votre ami.
M. ot madame Aquilar, ainsi que les officiers, s'éloignent.