SCÈNE V Les Mêmes, TANTE EMILIE
EMILIE, revenant vers Germaine.
Encore dans tes romans! Le Maître de Forges, par M. Georges Ohnet... Voilà vraiment une jolie occupation pour une demoiselle ! Tu ne peux puiser que des idées malsaines dans toutes ces histoires inventées, (vivement.) As-tu brodé la petite nappe pour l'autel de S. Joseph ?
GERMAINE
Pas encore.
EMILIE
Pas encore?... Mais, Jésus Marie, qu'est-ce que tu fais donc, toute la sainte journée ? (soupirant.) Ah 1 M. le curé me le disait encore tout à l'heure : « Voilà une enfant qui a été très mal élevée et qui a besoin
d'être beaucoup surveillée. » (Elle secoue la nappe de s. Joseph sur les petits drapeaux du général.) G'est bien dommage que sa pauvre mère soit morte. C'était une si sainte femme ! (changeant de ton.) Viendras-tu aux vêpres avec moi?
GERMAINE
Excusez-moi, ma tante, j'ai très mal à la tête.
EMILIE
Et à la musique ?
GERMAINE
Je suis un peu fatiguée.
EMILIE
Je suis sûre que tu ne le serais pas, s'il s'agissait
d'aller cavalcader avec des officiers, comme tu le faisais à Glermont. Malheureusement pour toi, ces manières ne sont pas de mise à Figeac. Ici^ il faut te contenter des divertissements honnêtes des dames de la société.
GERMAINE
C'est-à-dire, aller tourner en rond pendant deux heures autour du kiosque, en écoutant « Les Diamants de la Couronne » ou « Le Pot Pourri » du sous-chef.
EMILIE
Cela te servira peut-être mieux que d'avoir fait la folle avec les officiers de ton père! Dire qu'il n'y en a pas seulement un qui ait été capable de t'épouser!
GERMAINE, entre ses dents.
Qu'en savez-vous ?
EMILIE, vivement.
Tu dis ?
Rien, rien !
GERMAINE
Elle reprend son livre.
LE GÉNÉRAL, bourru.
Allons, n'insiste pas. Tu vois bien que celte enfant est énervée.
ADÈLE
Énervée!... Est-ce qu'on doit èlre énervée, à son âge? Ne serait-ce pas plutôt à moi de l'être, en voyant ta fille refuser les partis excellents que j'arrive à lui proposer.
GERMAINE, entre ses dents.
M. Pègre !
EMILIE
Tu oublies un peu trop que tu n'as pas un sou de dot.