ACTE DEUXIÈME
plus, moi ! J'étouffe -ici!... Et puis, maintenant, ils se sont mis en tête de me marier. Ils me rendent la vie insupportable !... (vivement.) Après tout, nous n'ayons pas besoin du consentement de ton père !...
d'albigny.
C'est que je n'ai pas de fortune personnelle, moi... pas de situation !
GERMAINE
Puisque nous nous aimons.
d'albigny.
Ah!... J'en ai vu, autour de moi, des ménages sans fortune. D'abord, c'est charmant!.. On ne pense qu'à s'embrasser, et on s'imagine qu'on s'embrassera toujours! Gela dure quelques mois!... Puis, la vie reprend ses droits, dans sa réalité cruelle... Les enfants arrivent, et avec eux, les inquiétudes, les tracas, les tiraillements de toutes sortes, et l'amour s'envole, effaré!..
Ainsi?
d'albigny, très gêné.
Ainsi, je ne sais pas... je ne sais pas si mon devoir est de t'entraîner dans cette folie.
GERMAINE, qui commence à s'inquiéter.
Crois-tu qu'elle ne soit pas déjà faite, la folie?
d'albigny.
Je t'assure, ma chérie, que je te parle, en ce moment, dans ton intérêt uniquement. Oui, je sais, c'^ést cruel, très cruel...
GERMAINE
Enfin, à quoi veux-tu en venir ?
d'albigny.
Mon Dieu! Je ne sais pas, je n'ose te dire... J'ai peur de te faire de la peine, et cependant je crois
que cela est nécessaire pour ton bonheur. Je me demande si, dans l'état actuel des choses, tu ne ferais pas bien d'écouter les avis des personnes de ton entourage,
GERMAINE, vivement.
Et de me marier, n'est-ce pas? (Geste vague de d'Ai-
bigny.) Oh !
Elle fond en larmes.
d'albigny.
Si j'avais su 1
GERMAINE, colère dans les pleurs.
Si tu avais su, tu ne serais pas venu ! Voilà ce que tu veux dire, n'est-ce pas?
d'albigny.
Ma chérie, je t'en prie!... Je souffre autant que toi, je t'assure! Réfléchis un peu, voyons !... Tout pourrait encore s'arranger, si tu voulais !
germaine, indignée.
Oui, si je voulais... Ah ! vraiment c'est curieux comme les choses sont simples pour toi. d'albigny.
Reconnais qu'il n'y a pas tout à fait de ma faute.
germaine, comprenant enfin et de plus en plus énergique jusqu'à la fin de scène.
Non, en effet, ce n'est pas de ta faute ! C'est moi
qui ai été folle de t'écouter... d'avoir confiance en
toi.
d'albigny.
J'ai toujours été sincère.
germaine.
Sincère... tant que mon père était ton général.
d'albigny.
Oh ! Germaine!