VIII. — Mouvement et Repos
Mais comment rendre à la nature la vie dont elle avait été dépouillée par le progrès de la connaissance? Simplement en transférant à la chose unique, dont toutes les autres ne sont que des formes passagères, cette yie que l'on avait jusqu'alors supposé résider dans chacune des choses particulières. Dès lors, le processus de la naissance, de la croissance et de la destruction pouvait être regardé comme l'activité incessante de la seule et dernière réalité. Aristote et ses successeurs exprimèrent cela en disant que les premiers cosmologistes croyaient à un « éternel mouvement», et en somme cela est vrai, bien que, selon toute probabilité, ils n'aient jamais rien dit, dans leurs écrits, de l'éternel mouvement. Il est plus probable qu'ils le prenaient simplement pour donné. Dans les temps primitifs, ce n'est pas le mouvement, mais le repos qui demande à être expliqué, et nous pouvons être sûrs que l'éternité du mouvement ne fut pas affirmée avant d'avoir été niée. Comme nous le verrons, ce fut Parménide qui la nia le premier. L'idée d'une seule substance dernière, une fois arrivée à son complet développement, ne semblait laisser aucune place au mouvement ; et après l'époque de Parménide, nous voyons que les philosophes se préoccupaient de montrer comment il avait commencé. Au premier abord, cela ne semblait demander aucune explication du tout.
Les écrivains modernes donnent parfois à cette façon de penser le nom d'hylozoïsme, mais ce terme risque d'induire en erreur. Il suggère des théories qui dénient à la vie et à
l'esprit une réalité indépendante, tandis que, à l'époque de Thaïes, et même beaucoup plus tard, la distinction entre la matière et l'esprit n'avait pas encore été sentie, et encore moins formulée de façon à pouvoir être déniée. La réalité incréée et indestructible dont nous parlent ces penseurs, était un corps ou même une matière, si l'on préfère l'appeler ainsi ; mais ce n'était pas une matière dans le sens auquel la matière est opposée à l'esprit.