‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 107 sur 240 · LXXXIV. - Sa vie · texte numérisé non relu

LXXXIV. - Sa vie

Parménide, fils de Pyrès, était citoyen d'Hyele, Elia, ou Velia, colonie fondée en Oenotrie par des réfugiés de Phocée en 540-39 avant J.-C. ^ Diogène nous dit qu'il « florissait » dans la LXIX^ Olympiade (504-500), et c'était là, sans aucun doute, la date donnée par Apollodore ^ D'un autre côté, Platon affirme que Parménide vint à Athènes dans sa soixante-cinquième année, accompagné de Zenon, et qu'il conversa avec Socrate, alors tout à fait jeune. Or Socrate venait de dépasser les soixante-dix ans quand il fut mis à mort, en 399 ; et par conséquent, si nous supposons qu'il était éphèbe, c'est-à-dire qu'il avait de dix-huit à vingt ans au moment de son entrevue avec Parménide, nous obtenons comme date de cet événement les années 451 à 449, c'est-àdire qu'en acceptant la date d'ApoUodore, Parménide aurait eu plus de quatre-vingts ans. Je n'hésite pas à accepter l'indication de Platon ^ étant donné que nous avons une

1 Diog. IX, 21 (R. p. 111). Sur la fondation d'Elée, voir Hérod. I, 165 sq. Cette localité était située sur la côte de Lucanie, au sud de Poseidonia (Pœstum).

-' Diog. IX, 23 (R. P. 111). Cf. Diels, Hhein. Mus. XXXI, p. 34, et Jacoby. p. 231 sq.

^' Platon, Parm. 127 b (R. P. 111 d ; DV 19 A 5). Il y a, comme Zeller l'a montré, un certain nombre d'anachronismes dans Platon, mais il n'y en a pas un seul du calibre qu'aurait celui-ci, si Apollodore avait raison. Tout d'abord, nous avons des indications exactes relativement aux âges de Parménide et de Zenon, indications d'où il ressort que le

autre preuve indépendante de la visite de Zenon à Athènes, où l'on dit que Périclès Yn entendit ))\ D autre part, la date donnée par ApoUodore dépend seulement de celle de la fondation d'Elée, qu'il avait adoptée comme étant celle de Vakmé de Xénophane. Parménide est né cette année-là, tout comme Zenon est né l'année où Parménide «florissait» Pourquoi l'on pourrait préférer ces transparentes combinaisons au témoignage de Platon, il m'est bien difficile de le comprendre, quoique l'on puisse également se demander pourquoi ApoUodore lui-même a négligé des dates aussi précises.

Nous avons déjà vu (§ 55) qu'Aristote mentionne une indication suivant laquelle Parménide aurait été l'élève de Xénophane ; mais la valeur de son témoignage est diminuée par le ton douteux dans lequel il s'exprime, et il est plus que probable qu'il s'en réfère simplement à ce que dit Platon dans le Sophiste \ Il est, nous l'avons vu aussi, très improbable que Xénophane ait fondé l'école d'Elée, quoiqu'il soit bien possible qu'il ait visité cette ville. Il nous raconte lui-même qu'il voyageait encore de ci de la, dans sa quatre-vingt-douzième année (fragm. 8). A cette époque, Parménide devait être déjà très avancé en âge. Et nous ne devons pas perdre de vue l'indication de Sotion, que nous a conservée Diogène, et suivant laquelle, si Parménide a (( entendu» Xénophane, il ne l'a pas « suivi ». Si l'on en croit ce renseignement, notre philosophe fut ['«associé » d'un Pythagoricien, Ameinias, fils de Diochaitas, «pauvre mais noble homme, auquel il éleva plus tard

dernier était de vingt-cinq ans plus jeune que le premier, et non de quarante, comme l'audit ApoUodore. En --"^. J^'/ X;:^\^l7,"57 cette rencontre en deux autres passages {Thl. 183 c 7 et boph lYl cb), oui ne semblent pas être de simples allusions au dialogue intitule Partl^de. On ne peut citer aucun parallèle d'un anachronisme aussi evxrm et délibéré que le serait celui-ci. E. Meyer {Gcsch. des Alterth IV J 509 note) regarde aussi comme historique la rencontre de Socrate et de Parménide.

I Plut. Per. 4. 3. Voir plus loin, chap. VIII, § 155, note.

2, Voir plus haut, chap. Il, p. 141, n. 3.

PARMÉNIDE d'ÉLÉE 197

un herôon». Ce fut Ameinias, et non Xénophane, qui « convertit » Parménide à la vie philosophique ^ Ceci ne paraît pas être une invention, et nous devons nous souvenir que les Alexandrins avaient sur l'histoire de l'Italie méridionale des informations que nous n'avons pas. Le monument élevé par Parménide existait encore, semble-t-il, à une date bien postérieure, comme le tombeau de Pythagore à Métaponte. Il convient de mentionner encore le fait que Strabon range Parménide et Zenon parmi les Pythagoriciens, et que Cébès parle d'une « conduite de vie parménidienne et pythagoricienne^». Zeller explique tout cela en supposant que, comme Empédocle, Parménide approuvait et pratiquait le genre de vie des Pythagoriciens sans adopter leur système. Il peut être vrai que Parménide crût à une « vie philosophique » (§ 35), et qu'il en ait pris l'idée chez les Pythagoriciens, mais il n'y a, soit dans ses écrits, soit dans ce que l'on nous raconte à son sujet, que de bien faibles indices qu'il ait été affecté d'une manière quelconque par le côté religieux du Pythagorisme. L'ouvrage d'Empédocle a évidemment été modelé sur celui de Parménide, et cependant il y a entre les deux un abîme infranchissable. L'élément de charlatanisme qui constitue un si étrange trait de la copie, est absolument absent du modèle. Il est vrai, sans doute, qu'il y a des traces d'idées orphiques dans le poème de Parménide ^ mais on les trouve toutes soit dans l'introduction allégorique, soit dans la

ï Diog. IX, 2] (R. P. 111), où je lis 'A[j.£iv(a Aïo/aÎTa avec Diels (Hennés XXXV, p. 197). Sotion, dans ses Successions, séparait Parménide de Xénophane et l'associait aux Pythagoriciens (Dox. p. 146, 148, 166).

2 Strabon, VI, 1, p. 252 (p. 198, note, DV 18 A 12);Ceb. Tab. 2 (R. P. 111 c). Ce Cébès n'est pas celui du Phédon ; mais il vécut certainement quelque temps avant Lucien, qui parle de lui comme d'un écrivain bien connu. Un Cynique de ce nom est mentionné par Athénée (156 d). Les indications de Strabon sont de la plus grande valeur, car elles sont basées sur des historiens actuellement perdus.

3 O. Kern, dans l'Archiv, III, p. 173 sq. Nous en savons trop peu, toutefois, sur les poèmes apocalyptiques du VI« siècle avant J.-C. pour être siîrs des détails. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que Parménide a tiré de quelque source de ce genre la forme de son poème. Voir Diels,

seconde partie de cette œuvre, et il n'y a par conséquent pas lieu de les prendre trop au sérieux. Or Parménide était un Hellène d'occident ; il avait probablement été Pythagoricien, et il n'est par conséquent pas peu remarquable qu'il soit resté si exempt de la tendance commune de son siècle et de son pays. Si l'on peut trouver quelque part une trace de l'influence de Xénopliane, c'est sur ce point. En ce qui concerne ses relations avec le système pythagoricien, nous aurons quelque chose à en dire plus tard. Pour le moment, il nous suffira de noter que, comme la plupart des anciens philosophes, il prit part à la politique, et Speusippe rapportait qu'il fut le législateur de sa cité natale. D'autres ajoutent que les magistrats d'Elée taisaient jurer chaque année aux citoyens de garder les lois que Parménide leur avait données \

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