C. — Empédocle comme conducteur religieux
Mais il est une autre face de son rôle public que Timée trouvait difficile de concilier avec ses vues politiques. Il se proclamait dieu, et prétendait recevoir, à ce titre, l'hommage de ses concitoyens. La vérité est qu'Empédocle n'était pas simplement un homme d'Etat; il était, en outre, et dans une grande mesure, un charlatan. Si l'on en croit Satyros *, Gorgias affirmait avoir vu son maître se livrer à des opérations magiques. Ce que cela signifie, nous pou-
à'incivisme. Bidez dit (p. 127) : « J'imagine qu'un Jacobin aurait mieux jugé l'histoire (que Karsten et Holm) ; sous la Terreur, on était suspect pour de moindres vétilles. »
1 Diog. VIII, 65. Voici le texte de l'épigramme :
àzpov tYjTpov 'Azpmv' 'AzpaYavTÎvov narpo; 'Axpou xpuTiTst ■/.pTju.voç ày.poç TiaTpîooî à'/po-âxirjç. Sur Acron, voir M. Wellmann, op. cit. p. 235, n. 1.
* Diog. VIII, 66 : ûoxspov o' ô 'EixireSoxX^ç -/.at xô tûiv ^iXîwv a&poioaa xaxé- Xooe auvesTÙjç sut exY) xpîa. Le mot à&potaaa ne suggère guère l'idée d'une assemblée légale, et G'jvtatao&ai suggère celle d'une conspiration.
3 Diog. VIII, 63. Aristote disait probablement cela dans son Sophiste. Cf. Diog. VIII, .-)7.
* Diog. VIII, 59 (R. P. 162). Satyi'os suivait probablement Alcidamas. Diels suggère (Emp. une! Gorg., p. 358) que le cpooixoç d'Alcidamas était «n dialogue dans lequel Gorgias était le principal interlocuteur. Dans ce cas, l'indication n'aurait qu'une faible valeur historique.
vons en juger par les fragments de ses Purifications. Empédocle était un apôtre de la nouvelle religion qui cherchait à délivrer de la « roue des naissances » par la pureté de l'abstinence, mais nous ne savons pas avec une entière certitude à quelle forme de cette religion il se rattachait. D'autre part, l'Orphisme paraît avoir été en pleine vogue à Agrigente à l'époque de Théron, et il y a même quelques coïncidences verbales entre les poèmes d'Empédocle et les odes orphisantes que Pindare adressait à ce prince ^ II y a aussi quelques points de ressemblance entre la Théogonie rhapsodique, telle que nous la connaissons d'après Damascius, et certains fragments d'Empédocle, quoique l'importance en ait été exagérée *. D'autre part, il n'y a pas de raison de douter que le fragment 134 ne se rapporte à Apollon^ comme nous le dit Ammonius, et s'il en est ainsi, cela paraît indiquer qu'il se rattachait à la forme ionienne de la doctrine mystique, comme nous l'avons Vu (§ 39) de Pythagore. De plus, Timée connaissait déjà l'histoire de sou expulsion de l'Ordre pythagoricien pour « soustraction d'écrits S), et il est probable, en somme, que le frg. 129 vise Pythagore ". Il serait fort hasardeux de dogmatiser à ce sujet ; mais il paraît très vraisemblable qu'Empédocle avait été influencé, dans sa jeunesse, par des idées orphiques, et que, plus tard, il prêcha une forme de Pythagorisme que les chefs de l'Association ne considérèrent pas comme orthodoxe. Quoi qu'il en soit, il semble que son activité politique et son activité scientifique appartiennent à la même période de sa vie, et qu'il ne devint prophète itinérant qu'après avoir été banni. Il est en tous cas bien moins probable que son œuvre scientifique ait été le fruit
> Voir Bidez, p. 115, n. 1.
2 O Kern, Empedokles und die Orphiker, dans l'Arch. I, p. 489 s«[. Sur la Théogonie rhapsodique. voir Introd. p. 10, n. 1.
■■' Voir plus loin la n. au frg. 134.
■* DJog. VIII, .54 (R. P. 162).
" Voir plus loin la n. au frg. 129.
EMPÉDOCLE d'aGRIGENTE 23S
des derniers jours de sa vie, alors qu'il vivait retiré dans l'exil K
On rapporte nombre de prodiges accomplis par Empédocle, mais ce ne sont, pour la plupart, que des inférences tirées de ses écrits. Timée racontait comment il avait brisé la force des vents étésiens en suspendant aux arbres, pour les capter, des sacs faits de peaux d'ànes. Il avait certainement dit, avec l'exagération dont il était coutumier; que laconnaissance de la science enseignée par lui mettrait ses disciples en mesure de commander aux vents (frg. 111); et cela, joint à la fable des outres d'Eoie, suffît pour expliquer le conte ". On nous dit aussi comment il avait ramené à la vie une femme restée pendant trente jours sans respiration et sans pouls. Le vers dans lequel il affirme que son enseignement permettra à Pausanias de ramener les morts de l'Hadès (frg. 111) montre de quelle manière cette histoire a pu prendre naissance ^ On nous raconte ensuite qu'il assainit le marais pestilentiel qui se trouvait entre Sélinonte et la mer en y faisant passer les rivières d'Hypsas et de Sélinos. Nous savons par les monnaies que ce marais fut effectivement assaini, mais on peut se demander si le mérite de cette opération ne fut pas attribué à Empédocle à une date postérieure *.
I (k'tte dernière opinion est celle de Bidez (p. 161 sq.), mais Diels a montré (Berl. Sitzb., 18î>8, p. 406 sq.), que la première est psj'chologi- «[uement plus probable.
- Je reproduis la forme la plus grossière de l'histoire racontée par Diog. VIII, 60, et non la version rationalisée de Plutarque (adv. Col. 1126 h). Les épithètes aks^o.yvj.ai et zu)X'j3av£;j.a:ç furent peut-être employées par raillerie par quelque sillographe ; cf. àvsjjLOzoÎTTjç.
■ Le Ilspt voatuv d'Héraclide, d'où ce vers est tirç, semble avoir été une sorte de roman médico-philosophique. Le texte de Diog. (VIII, 6ft) est le suivant : "Hpa/Ae>5ifjç -£ Èv tu> Utpl voowv çbyjG'. /.al Ilauoavîa ûyiJYTÎ" aaahd'. ajTÔv -à Tiipl ttjv âîrvouv. C'était un cas de suffocation hystérique.
^ Sur ces monnaies, voir Head, Hisloria Numornm, p. 147 sq.