CI. — Rhétorique et médecine
Aristote dit qu'Erapédocle fut l'inventeur de la rhétorique S et Galien faisait de lui le fondateur de l'école italienne de médecine, qu'il met sur le même pied que celles de Cos et de Cnide ^ Ces deux indications doivent être considérées eu rapport avec son activité politique et scientifique . Il paraît certain que Gorgias fut son disciple en physique et en médecine, et quelques-unes des particularités de son style se trouvent déjà dans les poèmes d'Empédocle ^ Il n'y a naturellement pas lieu de supposer qu'Empédocle écrivit un traité proprement dit de rhétorique, mais il est de toute façon probable, et conforme à son caractère, que ses discours — dont il doit avoir fait un grand nombre — étaient marqués de cet euphuisme que Gorgias introduisit plus tard à Athènes, et qui donna l'idée d'une prose artistique. L'influence d'Empédocle sur le développement de la médecine fut cependant beaucoup plus importante, car elle se fit sentir non seulement sur la médecine elle-même, mais, par l'intermédiaire de celle-ci, sur toute la tendance de la pensée scientifique et philosophique. On a dit qu'Empédocle n'avait pas eu de successeurs*, et la remarque est exacte si nous nous en tenons strictement à la philosophie. En revanche, l'école médicale qu'il fonda existait encore du temps de Platon, et elle eut une influence considérable sur
» Diog. VIII, 57 (R. P. 162 g).
2 Galien, X, 5 (DV 21 A 3) : -i^piCov 8' aùxoiz (les écoles de Cos et de Cnide).... xa't oî ix x^ç 'IxaXtaç tarpot, <I>tXtoT:tu)v tô xai E[nt28oxX-^ç -/cal Ilouaavîaç xa'i ol xoJtujv éraTpoi /. x. X. Philistion était le contemporain de Platon; Pausanias est le disciple auquel Empédocle dédia son poème.
3 Voir Diels, Empedokles und Gorgias (Berl. Sitzb., 1884, p. 343 sq.). Le plus ancien écrivain qui affirme que Gorgias fut disciple d'Empédocle est Satyros, ap. Diog. VIII, 58 (R. P. 162); mais il paraît avoir tiré son information d'Alcidamas, qui fut lui-même l'élève de Gorgias. Dans le Ménon de Platon (76 c 4-8), c'est à Gorgias qu'est attribuée la théorie erapédocléenne des effluves et des porcs.
* Diels, Berl. Sitzb., 1884, p. 343.
EMPÉDOCLE DAGRIGENTE 237
lui et encore plus sur Aristote^ La doctrine fondamentale en était l'identification des quatre éléments avec le chaud et le froid, Ihumide et le sec. Elle soutenait aussi que nous respirons par tous les pores du corps, et que l'acte de la respiration est en relation étroite avec le mouvement du sang. Elle regardait le cœur, et non le cerveau, comme l'organe de la conscience ^' Caractéristique plus extérieure de la médecine telle que l'enseignaient les successeurs d'Erapédocle : ceux-ci étaient encore attachés à des idées de nature magique. On a conservé une protestation d'un membre de l'école de Cos contre ce fait. Il traite ces médecins de (( magiciens, de purificateurs, de charlatans et de vantards qui font profession d'être très religieux^ ». Il y a sans doute en cela quelque vérité, mais ce jugement ne rend pas justice aux grands progrès que lécole sicilienne Affaire à la physiologie.
Cil. — Relation d'Empédocle avec ses