‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 150 sur 240 · CIX. — Mélange et séparation · texte numérisé non relu

CIX. — Mélange et séparation

Mais, quand une* fois la Haine a séparé les éléments, qu'est-ce qui détermine la direction de leur mouvement ? Empédocie paraît n'avoir donné d'autre explication, si ce n'est que chacun court « dans une certaine direction » (frg. 53). Platon condamne sévèrement cela dans les Lofs-, pour la raison qu'aucune place n'est ainsi laissée à une intention. Aristote blâme aussi l'Agrigentin de ne donner aucune explication du hasard, auquel il attribuait une si grande importance. Il n'explique pas davantage la Nécessité, dont il parlait aussi '. La Haine pénètre dans la Sphère à un moment donné, en vertu de la Nécessité, ou du « puissant serment» (frg. 30) ; mais il nous laisse dans le vague quant à l'origine de celui-ci.

L'expression dont se sert Empédocie pour décrire le mouvement des éléments est qu'ils « courent au travers les

1 Arist, Met. A, 4, 985 a 21 ; (DV 21 A 37); F 4, 1000 a 24; fc 9 (R. P. 166 0.

2 Platon, Lois X, 889 b {DV 21 A 48). Empédocie n'est pas seul visé dans ce passage, mais l'expression montre que c'est surtout à lui que pense Platon.

3 Arist. de .Gen. Corr. B, 6, 334 a 1 ; Pbijs. 6 1, 252 a 5 (R. P. 166 k; DV 21 B53;21 A 38).

uns des autres » (frg. 17, 34). Aristote nous dit ^ qu'il expliquait le mélange en général par la « symétrie des pores». Et c'est là la vraie explication de « l'attraction du semblable par le semblable». Les «pores» de corps semblables sont naturellement à peu près de même grandeur, et ces corps peuvent, par conséquent, se mélanger aisément. D'autre part, un corps plus fin « courra au travers » d'un plus grossier sans s'y mélanger, et un corps grossier sera dans l'impossibilité absolue de pénétrer dans les pores d'un plus fin. On observera que, comme le dit Aristote, ceci implique réellement quelque chose d'analogue à la théorie atomique ; mais il n'y a aucune preuve qu'Empédocle lui-même en eût conscience. Une autre question soulevée par Aristote est encore plus instructive. Les pores, demande-t-il, sont-ils vides ou pleins? S'ils sont vides, que devient la négation du vide? S'ils sont pleins, à quoi sert-il d'en supposer l'existence ^ ? Questions auxquelles Empédocle eût été embarrassé de répondre. Elles dévoilent un véritable manque de profondeur dans son système, et le caractérisent comme une simple étape dans la transition du monisme à l'atomisme.

ex. — Les quatre périodes.

Il résulte clairement de tout cela que nous devons distinguer quatre périodes dans le cycle. En premier lieu, nous avons la Sphère, dans laquelle tous les éléments sont mélangés par l'Amour. Secondement, vient la période où l'Amour s'en va et où la Haine fait son apparition ; où, par conséquent, les éléments sont en partie séparés, en partie combinés. En troisième lieu, arrive la complète séparation des éléments, quand l'Amour est en dehors du monde, et que la Haine a donné libre jeu à l'attraction du semblable par le semblable. Enfin, nous avons la période dans

1 Ibid. A, 8. 324 b 34 (R. P. 166 h; DV 21 A 87).

2 Arist. de Gen. Corr. A 8. 326 b 6.

EMPÉDOCLE d'aGRIGENTE 267

laquelle l'Amour rapproche de nouveau les éléments, et où la Haine s'éloigne. Ceci nous ramène à l'époque de la Sphère, et le cycle recommence. Or, un monde comme le nôtre ne peut exister que dans la seconde et la quatrième de ces périodes, et il est clair que si nous voulons comprendre Empédocle, nous devons déterminer dans laquelle nous sommes maintenant. Il semble généralement admis que nous sommes dans la quatrième^; j'espère montrer que nous sommes en réalité dans la seconde, celle où la Haine commence à reprendre le dessus.

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