‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 151 sur 240 · CXI. — Notre monde, œuvre de la Haine · texte numérisé non relu

CXI. — Notre monde, œuvre de la Haine

Qu'un monde formé de choses périssables naisse tant dans la seconde que dans la quatrième période, cela est expressément affirmé par Empédocle (frg. 17), et il est inadmissible qu'il soit resté dans le vague sur la question de savoir lequel de ces mondes est le nôtre. Aristote est clairement d'avis que c'est celui qui naît quand la Haine commence à grandir. Il dit quelque part qu'Empédocle « soutient que le monde est maintenant dans la période de la Haine, en une condition analogue à celle où il était autrefois dans celle de l'Amour-». Dans un autre passage, il déclare qu'Empédocle passe sous silence la génération des choses dans la période de l'Amour, justement parce qu'il n'est pas naturel de représenter ce monde, dans lequel les éléments sont séparés, comme naissant de choses dans un état de séparation ^ Cette

1 C'est là l'opinion de Zeller (pp. 785 sqq.), mais il admet que les témoignages extérieurs, en particulier celui d' Aristote, sont entièrement en faveur de l'autre. Pour lui, la difficulté réside dans les fragments, et si l'on peut montrer que ceux-ci peuvent être interprétés d'accord avec les indications d'Aristote, la question est tranchée. Aristote s'intéressait spécialement à Empédocle, et il n'est pas probable qu'il le trahisse précisément sur ce point.

- Arist. de Gen. Corr. B. 6, 334 a 6 (DV 21 B 54): tov xôajxov ôixottuç î^etv (pTialv Itz'. tî toù veîxouç vùv xal lîpoTspov i%\ rrjç çtXîa;-

■■ Arist. de Caelo, F, 2, 301 a 14 (DV 21 A 42) : Èx S'.eotoitwv ?à xal

remarque peut seulement signifier que les théories scientifiques contenues dans le poème d'Empédocle supposaient la croissance de la Haine ou, en d'autres termes, qu'elles représentaient le cours de l'évolution comme la désintégration de la Sphère, et non pas comme la sortie des choses de l'état de séparation et leur rapprochement graduel ^ C'est là précisément ce que l'on est en droit d'attendre, si nous avons raison dé supposer que le problème qu'il se proposait de résoudre était de savoir comment ce monde était sorti de la Sphère de Parménide, et cette opinion est aussi en harmonie avec la tendance universelle de ces spéculations, qui était de représenter le monde comme devenant pire plutôt que meilleur. Il ne nous reste donc plus qu'à examiner si les détails du système s'accordent avec cette idée générale.

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