CXXIV. — Le procès
Vers le milieu du siècle, les ennemis de Périclès commencèrent une série d'attaques indirectes contre lui en s'en prenant à ses amis ^ Damon fut lepremier à en souffrir, puis vint le tour d'Anaxagore. Qu'il fût un objet de haine spéciale pour le parti religieux, il n'y a pas là de quoi nous surprendre, quoique les charges portées contre lui ne donnent pas l'idée qu'il soit sorti de sa voie pour blesser leurs susceptibilités. Les détails du procès sont un peu obscurs, mais nous pouvons établir quelques points. L'ostracisme dont Damon fut victime est mentionné par Aristote *, et un ostrakon portant son nom a été découvert récemment. Ce qui arriva effectivement au procès d'Anaxagore est très difl'éremment raconté. Nos autorités en
(Diatribe, p. 26). Cf. aussi Wilamowitz, Analecta Euripidea), p. 162 sq.
1 Voir latrod., p. 12, n. 2. Le fragment est cité R. P. 148 c (DV 46 A 30). Les mots àftavâto-j fuoecuç et xôojiov «Yi^ptu nous reportent plutôt aux vieux Milésiens.
2 R. P. 150 ft; DV46 A 112.
î Ephore (représenté par Diod. XO, 38) et la source de Plut. Per. 32 sont d'accord à dire que ces attaques précédèrent immédiatement la guerre. Cela peut toutefois être une façon pragmatique d'exposer les choses; les attaques eurent peut-être lieu plus tôt.
* 'A&Tjvaîtov TtoXtTîîa 27. Damon rentra à Athènes après son exil, et parvint à un grand âge. C'est alors que Socrate se lia avec lui.
donnent des récits désespérément contradictoires '■. Il ne servirait à rien d'essayer de les concilier; il suffit d'insister sur ce qui est certain. Or, nous savons par Platon en quoi consistait l'accusation ^ On reprochait à Anaxagore d'enseigner que le soleil était une pierre incandescente, et la lune de la terre, et nous verrons qu'il professait certainement ces opinions (§ 133). Quant au reste, la version la plus plausible est qu'il fut tiré de prison et mis en liberté par Périclès ^ Nous savons que pareilles choses étaient possibles à Athènes.
Chassé de sa patrie adoptive, Anaxagore s'en retourna naturellement en îonie, où du moins il allait être libre d'enseigner ce qu'il lui plaisait. Il se fixa à Lampsaque, et nous verrons qu'il y a des raisons de croire qu'il y fonda une école*. Il survécut peut-être très longtemps à son exil. Les habitants de la ville élevèrent à sa mémoire, sur leur agora, un autel dédié à l'Esprit et à la Vérité, et
» Ces récits sont reproduits par Diog. II, 12-14. II vaut la peine de placer en face les unes des autres les indications de Satyros et de Sotion pour montrer le caractère peu satisfaisant de la tradition biographique :
Accusateur Charge
Sentence
Sotion
Cléon.
Avoir appelé le soleil une masse incandescente.
Satyros Thucydide, fils de Mélésias.
Impiété et médisme.
Condamné à mort par contumace.
Frappé d'une amende de cinq talents.
Hermippos dit qu'Anaxagore était déjà en prison, frappé de la sentence de mort, quand Pêridlès le fit remettre en liberté en faisant honte au peuple de sa conduite. Enfin Jérôme affirme qu'il ne fut pas condamné du tout, que Périclès l'amena devant le tribunal, amaigri, épuisé par la maladie, et que les juges l'acquittèrent par compassion! On verra que Satj'ros a suivi une tradition meilleure que Sotion. Il est très possible que Thuc3dide, fils de Mélésias, fût réellement l'accusateur.
2 Apol. 26 d (DV 46 A 35).
3 Plut. Nie. 23 (R. P. 148 c; DV 46 A 18). Cf. Per. 32 (R. P. 148; DV 46 A 17).
* Voir l'étude sur Archélaos, rliap. X, § 191.
ANAXAGORE DE CLAZOMÈNES 295
Tanniversaire de sa mort fut longtemps jour férié pour les enfants des écoles, ainsi, dit-on, qu'il en avait lui-même exprimé le désir ^