CXXVIII. — «Chaque chose en chaque chose
Une partie du raisonnement par lequel Anaxagore cherchait à prouver ce point a été conservée sous une forme corrompue par Aélius, et Diels a retrouvé quelques-uns des termes originaux dans le scholiaste de Saint-Grégoire de Naziance. «Nous usons d'une nourriture simple, dit-il, quand nous mangeons le fruit de Déméter ou que nous buvons de l'eau. Mais comment le cheveu peut-il être fait de ce qui n'est pas cheveu, ou la chair de ce qui n'est pas chair?» (frg. 10)'. C'est justement le genre de question que les premiers Milésiens doivent s'être posé ; seulement, l'intérêt physiologique a remplacé maintenant, et d'une manière définitive, l'intérêt météorologique. Nous trouverons un raisonnement analogue dans Diogène d'ApoUonie (frg. 2).
L'indication suivant laquelle il y a en chaque chose une portion de chaque chose ne doit pas être comprise comme se rapportant simplement au mélange originel des choses avant la formation des mondes (frg. 1). Au contraire, même maintenant, « toutes choses sont ensemble », et chacune d'elles, quelle qu'en soit la petitesse ou la grandeur, renferme un nombre égal de « portions » (frg. 6). Une particule plus petite de matière ne pourrait contenir un nombre plus petit de portions que si l'une de ces portions cessait d'être ; mais si n'importe quoi est, au plein sens que don-
» Arist. PJiys. A, 4. 187 b 1 (R. P. 155 a ; DV 46 A 52).
2 Aet. I, 3, 5 (Lox. p. 279, DV 46 A 46). Voir R. P. 155 f et n. 1. Je lis xapitov avec Usener.
nait Parménide à ce mot, il est impossible qu'une simple division le fasse cesser d'être (frg. 3). La matière est divisible à l'infini ; car il n'y a pas de chose qui ait atteint l'ultime degré de petitesse, de même qu'aucune n'a atteint l'ultime degré de grandeur. Mais quelque grand ou quelque petit qu'un corps puisse être, il contient exactement le même nombre de «portions», c'est-à-dire une portion de chaque chose.