CXXXI. — « Toutes choses ensemble
De tout cela, il résulte que si «toutes choses étaient ensemble», et si les diverses semences des choses étaient mélangées ensemble en particules infiniment petites (frg. 1 ), l'apparence présentée devait être celle de l'une des substances jusque-là regardées comme premières. En vérité, elles présentaient l'apparence de «l'airetdel'éther», car les qualités (choses) qui appartiennent à l'air et à l'éther l'emportent par la quantité sur toutes les autres choses de l'univers, et chaque chose est le plus évidemment ce de quoi elle a le plus en elle (l'rg. 12 sub fin.). Ici donc, Anaxagore se rattache à Anaximène. La condition première des choses, avant la formation des mondes, est tout à fait la même chez les deux penseurs ; seulement, chez Anaxagore, la masse originelle n'est plus la substance première, mais un mélange d'innombrables semences divisées en particules infiniment petites.
Cette masse est infinie, comme l'air d' Anaximène, et elle se supporte elle-même, puisqu'elle n'est entourée de rien^ En outre, les «semences» de toutes choses qu'elle contient sont infinies en nombre (frg 1). Mais comme les innombrables semences peuvent être divisées en celles dans lesquelles prévalent les portions de froid, d'humide, de dense et de sombre,^ et en celles qui renferment le plus de chaud, de sec, de rare et de lumineux, nous pouvons dire que la masse originelle était un mélange d'Air infini et de Feu infini. Les semences d'Air, naturellement, contiennent des « portions » des choses qui prédominent dans le Feu, et vice versa ; mais nous regardons chaque chose comme étant ce de quoi elle a le plus en elle. Enfin, il n'y a pas de vide dans ce mélange, addition à la théorie rendue nécessaire par les arguments de Parménide. Il vaut cependant la peine de remarquer qu'Anaxagore ajouta une
» Arist. Pbys. T, 5. 205 b 1 (R. P. 154 a ; DV 46 A 50).
ANAXAGORE DE CLAZOMÈNES " 307
preuve expérimentale de ce fait à la preuve purement dialectique des Eléates. Il fit, comme Empédocle, l'expérience de la clepsydre (frg. 100; et montra aussi la nature corporelle de l'air au moyen d'outrés gonflées ^