CXXXIII. — Formation des mondes
La formation d'un monde part d'un mouvement rotatoire que le Nous communique à une partie de la masse mélangée, dans laquelle « toutes choses sont ensemble » (frg. 13) et ce mouvement rotatoire s'étend graduellement à un espace de plus en plus grand. Sa rapidité (frg. 9) produit une séparation du rare et du dense, du froid et du chaud, du sombre et du lumineux, de l'humide et du sec (frg. 15). Cette séparation engendre deux grandes masses, l'une consistant dans le rare, le chaud, le lumineux et le sec, et appelée r«Ether» ; l'autre, dans laquelle les qualités opposées prédominent, et appelée «Air» (frg. 1). De ces deux masses, l'Ether ou Feu^ occupa l'extérieur, tandis que l'Air occupa le centre (trg. 15;.
» Zeller, p. 993.
^ Notez qu'Anaxagore dit « air » là où Empédocle disait habituelle-
La phase suivante est la séparation de l'air en nuages, eau, terre et pierres (frg. 16). En cela, Anaxagore suit de près Anaximène. Toutefois, dans son explication de l'origine des corps célestes, il se montre plus original. Nous lisons à la fin du fragment 16 que les pierres « se projettent plus loin à l'extérieur que l'eau », et les doxographes nous apprennent que les corps célestes étaient tenus pour des pierres arrachées à la terre par la rapidité de sa révolution et chauffées à blanc par la vitesse de leur propre mouvements Peut-être, la chute de la pierre méléorique à Aegos Potamos fut-elle pour quelque chose dans l'origine de cette théorie. On peut observer encore que si, dans les premières phases de la formation du monde, nous sommes surtout guidés par l'analogie dune eau en rotation avec des corps légers et des corps lourds flottant sur elle, Anaxagore nous fait plutôt penser ici à une fronde.