CXXXV. — Cosmologie
La cosmologie d'Anaxagore est nettement basée sur celle d'Anaximène ; cela ressort avec évidence de la comparaison du passage suivant d'Hippolyte ' avec les citations que nous avons faites dans notre premier chapitre (§ 29) :
3. La terre est plate, et reste suspendue à cause de sa forme, et parce qu'il n'y a pas de vide*. Pour cette raison, l'air est très fort et supporte la terre, qui est soutenue par lui.
4. Quant à l'humidité sur la surface de la terre, la mer se forma des eaux qui sont dans la terre (car lorsque celles-ci furent évaporées, le reste devint salé)^, et des rivières qui s'y jettent.
5. Les rivières naissent à la fois des pluies et des eaux qui sont dans la terre ; car la terre est creuse et renferme des eaux dans ses cavités. Et le Nil s'élève en été grâce à l'eau qui descend des neiges de l'Ethiopie*.
' Aet. II, 1, 3. Voir plus haut, chap. I, p. 63.
- On peut prouver, de plus, que ce passage (frg. 4) se trouvait tout près du début de l'ouvrage. Cf. Simpl. Phys. p. 34, 28 : p-sr' ÔAÎYa t^ç à(/y^ç toj TipujTOJ risp'. (pjoîioî; p. 156, 1 : xal }jlet' oXîva (après Irg. 2) qui se trouvait lui-même ust oXÎyov après frg. 1, qui étaic le commencement du livre. Une référence aux autres « mondes « serait bien en place ici, mais non une référence à la lune.
^ Réf. I, 8, 3 {Dox. p. 562; DV 46 A 42).
•» Ceci est une addition à l'opinion plus ancienne, addition due à la négation du vide par les Eléates.
3 Le texte est très corrompu en cet endroit, mais le sens général peut se déduire de Aét. III, 16, 2.
* La leçon du ms. est sv toTç àpxTotç, en place de laquelle Diels adopte la conjecture de Fredrich : âv toî; àvTapxTixoî;. Il m'a paru préférable de traduire le èv xf^ Aî^ioiria que donne Aétius (I\', 1, 3). Cette opinion est mentionnée et rejetée par Hérodote (II, 22). Sénèque (N. Q. IV, 2, 17) fait remarquer qu'elle avait été adoptée par Ksciiyle (Suppl. 559, frg 300 Nauck). Sophocle (frg. 797), et Euripide (Hel. 3, frg. 228). (DV 46 A 91).
6. Le soleil, la lune et toutes les étoiles sont des pierres en- Qammees qu, sont mues circulairement par la rotation de l'éther Sous les étoiles sont le soleil et la lune, et aussi certains corps nous révolution avec eux, mais sont invisibles pour
J: ^''!;' r*" '''"^''"' P^' ^^ ^'^^'^"^ ^^^ éto"e« à cause de leur grande distance de la terre ; et d'ailleurs elles ne sont pas aussi chaudes que le soleil, parce qu'elles occupent une région plus Iroide. La lune est au-dessous du soleil, et plus près de nous .
n.t'i^V'^" '^^P'^'f ^" g''^"^{eur le Péloponnèse. La lune n'a pas de lumière qui lui soit propre, mais la reçoit du soleil Le cours des étoiles passe sous la terre.
9. La lune est éclipsée par la terre, qui lui dérobe la lumière du soleil, et quelquefois aussi par les corps qui sont au-dessous d elle et se placent devant elle. Le soleil est éclipsé à la nouvelle lune, quand la lune nous le dérobe. Le soleil et la lune tournent tous deux dans leurs courses à cause de la répulsion de
air. La lune tourne fréquemment, parce qu'elle ne peut prévaloir sur le froid.
10. Anaxagore fut le premier à déterminer ce qui concerne es éclipses et la clarté du soleil et de la lune. Et il disait que la
lune était de terre, et renfermait des plaines et des ravins La voie lactée est la réflexion de la lumière des étoiles, qui ne sont pas éclairées par le soleil. Les étoiles filantes sont des étincelles pour ainsi dire, qui jaillissent en raison du mouvement de la voûte céleste.
n. Les vents s'élèvent quand l'air est raréfié parle soleil, et quand des corps, qui sont brûlés, se dirigent vers la voûte du ciel et sont emportes. Le tonnerre et l'éclair sont produits par la chaleur qui frappe les nuages.
12. Les tremblements de terre sont causés par le fait que l'air d au-dessus de la terre se heurte à celui d'au-dessous] carie mouvement de ce dernier fait balancer la terre, qui flotte sur lui. ^
Tout cela confirme de la manière la plus frappante l'indication de Théophraste, qu'Anaxagore avait appartenu à l'école d'Anaximène. La terre plate flottant sur l'air, les corps sombres en dessous de la lune, l'explication des solstices et des « tours » de la lune par la résistance de l'air, les explications données du vent, du tonnerre et de l'éclair, tout cela dérive des investigateurs plus anciens.
ANAXAGORE DE CLAZOMÈNES 313
CXXXVl. - Biologie.
« En chaque chose, il y a une portion de chaque chose, excepté dans le Nous, et il y a certaines choses dans lesquelles le Nous est aussi. » (p. 11.) Dans ces mots, Anaxagore traçait la distinction entre les objets animés et les objets inanimés. Il nous dit que c'est le même Nous qui «a pouvoir sur» toutes les choses qui ont vie, c'est-à-dire les met en mouvement, tant les plus grandes que les plus petites (frg. 12). Le Nous est le même dans toutes les créatures vivantes (frg. 12), et il en résulte que les dillérents degrés d'intelligence que nous observons dans les mondes animal et végétal dépendent entièrement de la structure du corps. Le Nous est le même, mais il trouve des conditions plus favorables dans un corps que dans l'autre. L'homme est le plus sage des êtres animés, non parce qu'il a une meilleure espèce de Nous, mais simplement parce qu'il a des mains ^ Cette opinion est en parfait accord avec le développement antérieur de la pensée sur ce sujet. Dans le livre II de son poème (frg. 16), Parménide avait déjà fait dépendre la pensée des hommes de la constitution de leurs membres.
Du moment que le Nous est partout le même, nous ne sommes pas surpris d apprendre que les plantes étaient regardées comme des créatures vivantes. Si nous pouvons en croire le traité pseudo-aristotélicien Sur les Plantes', Anaxagore soutenait qu'elles doivent éprouver du plaisir quand elles croissent, de la peine quand leurs feuilles tombent. Au dire de Plutarque S il appelait les plantes des «animaux fixés dans la terre ».
Plantes et animaux doivent leur origine première à la TravcrTTîpjJiia. Les plantes apparurent pour la première fois
» Arist. de Part. An. A 10, 687 a 7 (R. P. 160 b ; DV 46 A 102). 2 [Arist.] de Plant. A 1, 815 a 1.5 (R. P. 160; DV 46 A 117). s Plut. Q. N. 1 (R. P. 160; DV 46 A 116) : Cwov.... èyyeîov.
4il4 l'aurore de la philosophie grecque
lorsque leurs semences, contenues dans l'air, furent entraînées en bas par l'eau des pluies^ et les animaux prirent naissance d'une manière analogue ^ Comme Anaximandre, Anaxagore soutenait qu'ils avaient vu le jour en premier lieu dans l'élément humide ^