‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 181 sur 240 · CXLII. Le problème · texte numérisé non relu

CXLII. Le problème

Nous devons donc chercher une preuve ailleurs. D'après ce qui a été dit, il est clair que nous ne pouvons pas, avec sécurité, prendre Platon pour guide dans la recherche du sens originel de la théorie pythagoricienne, quoique ce soit certainement de lui seul que nous puissions apprendre à la regarder avec sympathie. Aristote, d'autre part, n'éprouvait aucune tendresse quelconque pour la manière de penser des Pythagoriciens, mais il s'est donné beaucoup de peine pour la comprendre. Et cela parce qu'elle a joué un très grand rôle dans la philosophie de Platon et de ses successeurs, et qu'il devait se rendre aussi claires que possible, à lui-même et à ses disciples, les relations des deux doctrines. Ce que nous avons à faire, donc, c'est d'interpréter dans l'esprit de Platon ce que nous dit Aristote, et d'examiner ensuite comment la doctrine à laquelle nous arrivons de cette manière se rattache aux systèmes qui l'avaient précédée. C est une opération délicate, sans doute, mais elle a été rendue beaucoup plus sûre par de récentes découvertes concernant l'histoire primitive des mathématiques et de la médecine.

Zeller a préparé le terrain en éliminant les éléments purement platoniciens qui s'étaient insinués dans les exposés postérieurs du système. Ils sont de deux sortes. En

l'inscription du dodécaèdre est plus difficile que celle de l'octaèdre et de l'icosaèdre. Les Pythagoriciens n'étaient pas réduits aux méthodes strictement euclidiennes. Il y a lieu de noter, en outre, que Tannery aboutit à une conclusion an dogue en ce qui concerne l'échelle musicale décrite dans le fragment de Philolaos. « Il n'y a jamais eu, dit-il, pour la division du tétracorde, une tradition pythagoricienne; on ne peut pas avec sûreté remonter plus haut que Platon ou qu'Archj'tas » {Reo. de Philosophie, 1904, p. 244|.

tout premier lieu, nous avons des formules authentiquement académiques, telles que l'identification de la Limite et de l'Illimité avec le Un et la Dyade indéterminée^; et secondement il y a la doctrine néoplatonicienne qui représente leur opposition comme celle existant entre Dieu et la Matière *. Il n'est pas nécessaire de répéter ici les arguments deZeller, car personne n'attribuera plus ces doctrines aux Pythagoriciens du V^ siècle.

Ceci simplifie considérablement le problème, mais il est encore extrêmement difficile. Suivant Aristote, les Pythagoriciens disaient : Les choses sont des nombres, quoique telle ne paraisse pas être la doctrine des fragments de «Philolaos ». Suivant ces fragments, les choses ont des nombres qui les rendent connaissables, alors que leur essence réelle est quelque chose d'inconnaissable^. Cela serait assez intelligible, mais la formule qui dit que les choses sont des nombres paraît dénuée de sens. Nous avons vu qu'il y a des raisons de croire qu'elle remonte à Pythagore lui-même (§ 52), quoique nous n'ayons pas été en état de dire très clairement ce qu'il entendait par là. Il n'y a aucun doute de ce genre relativement à son école. Aristote dit qu'elle usait de la formule dans un sens cosmologique. Le monde, selon les Pythagoriciens, est fait de nombres dans le même sens que d'autres ont dit qu'il était fait de «quatre racines» ou de «semences innombrables». Il ne convient pas de négliger cette opinion en la taxant de mysticisme. Quoi que nous puissions penser de Pythagore, les Pythagoriciens du

1 Aristote dit clairement (Met. A, 6. 987 b 25) qu'il est caractéristique de Platon « de poser une d^'^ade au lieu de l'Illimité regardé comme un, et de faire consister l'Illimité dans le grand et le petit ». Zeller paraît faire, relativement à ce passage, une concession sans nécessité (p. 368, n. 2).

2 Zeller, p. 369 sq.

» Sur la doctrine de « Philolaos », cf. frg. 1 = 2 Ch. (R. P. 64), et sur l'inconnaissable èoroj twv npaYactTujv voir frg. 3=4 Ch. (R. P. 67). Il a une ressemblance suspecte avec la ûXt) d'Aristote, ressemblance que ce dernier n'aurait certainement pas manqué de noter s'il avait jamais TU ce passage, car il guette partout les anticipations sur la uXt).

V« siècle étaient des hommes de science, et ils ont certainement voulu dire quelque chose de tout à fait précis. Nous serons obligés, sans doute, de reconnaître qu'en disant que les choses sont des nombres, ils donnaient à ces mots un sens quelque peu contraire à leur sens naturel, mais pareille supposition ne soulève aucune difficulté. Nous avons déjà vu comment les amis d'Aristoxène réinterprélaient les anciens Akousmata (§ 44). Les Pythagoriciens avaient certainement une grande vénération pour les paroles réelles du Maître (xjToç gcpz); mais pareille vénération est souvent accompagnée d'une singulière licence d'interprétation. Nous partirons donc de ce que nous dit Aristote relativement aux nombres.

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