V. — Thalès en Egypte
L'introduction de la géométrie égyptienne en Grèce est universellement attribuée à Thalès, et il est extrêmement probable qu'il visita l'Egypte, car il s'était fait une théorie
1 Sur Apollodore, voir Appendice, % 20. Les dates que donne notre texte de Diogène (I, 37; R. P. 8) ne peuvent se ' concilier l'une avec l'autre. Celle qu'il donne pour la mort de Thalès est probablement exacte; car c'est l'année qui précéda la chute de Sardes en 546 5 avant J.-C, ce qui est une des ères régulières employées par Apollodore. Il semblait sans doute naturel de faire mourir Thalès l'année avant la «ruine de l'ionie», qu'il avait prévue. Si l'on remonte à 78 ans en arrière, cela porte à 625/4 la naissance de Thalès, et cela nous donne 585/4 pour sa quarantième année. C'est la date que Pline indique pour l'éclipsé, et les dates de Pline viennent d'ApolIodore par l'intermédiaire de Nepos. Pour une discussion complète de la question, voir Jacob}', p. 175 sq.
- Diog. I, 22 (R. P. 9). Je ne discute pas ici l'ère pj-thienne et la date de Damasias, quoique, à ce quil me semble, le dernier mot n'ait pas encore été dit sur ce point. Jacoby (p. 170 sq.) défend vigoureusement la date 582/1, qui est généralement admise aujourd'hui. D'autres se prononcent pour l'année p^-thienne 586/5, qui est l'année même de l'éclipsé, et cela aiderait à expliquer comment les historiens qui utilisèrent Apollodore en vinrent à dater l'événement d'une année trop tard ; car Damasias fut archonte pendant deux ans et deux mois. Il est même possible qu'ils aient mal compris les mots Aau.a3to'j toO Sï'jtîdoj, dont le but est de le distinguer d'un archonte antérieur du même nom, et aient interprété : « dans la seconde année de Damasias ». Apollodore se contentait d'indiquer les archontes athénieng, et la réduction en olympiades est l'œuvre d'écrivains postérieurs. Kirchner, adoptant l'année 582/1 pour Damasias, place l'archontat de Solon en 591/0 {Rh. Mus. LUI, p. 242 sq.). Mais il est impossible que la date de l'archontat de Solon ait jamais été douteuse. D'après le calcul de Kirchner, nous obtenons la date 586/5, si nous gardons la date traditionnelle de Solon. Voir aussi E. Meyer, Forschungen. II, p. 242 sq.
des inondations du Nil. Dans un passage bien connu ^, Hérodote donne trois explications du fait que ce fleuve, par une exception unique, croît en été et décroît en hiver ; seulement, suivant sa coutume en pareil cas, il ne nomme pas les auteurs de ces explications. Mais la première, celle qui assigne pour cause aux débordements les vents étésiens, est attribuée à Thaïes dans les Placita^, de même que par plusieurs écrivains postérieurs. Or ces indications sont tirées d'un traité sur les crues du Nil que l'on croit être d'Aristote, et qui était connu des commentateurs grecs, mais dont il n'existe plus aujourd'hui qu'un abrégé latin du Xlle siècle ". Dans cette œuvre, la première des trois théories mentionnées par Hérodote est attribuée à Thaïes, la seconde à Euthymène de Massalie, et la troisième à Anaxagore. Où Aristote — ou celui qui écrivit le livre, s'il est d'un autre — a-t-il pris ces noms ? Nous pensons naturellement, une fois de plus, à Hécatée, qu'Hérodote reproduit si souvent sans en mentionner le nom, et cette conjecture tire une grande force du fait qu'Hécatée mentionne en effet Euthymène *. Nous pouvons donc conclure que Thaïes alla réellement en Egypte, et peut-être qu'Hécatée, en décrivant le Nil, tint compte, comme cela était naturel, des vues de son célèbre concitoyen.