‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 190 sur 240 · CLII. — Mouvements des planètes · texte numérisé non relu

CLII. — Mouvements des planètes

Il n'est pas certain que même les Pythagoriciens postérieurs fissent tourner le soleil, la lune et les planètes, y compris la terre, dans la direction opposée au ciel des étoiles fixes. Alcméon, il estvrai, était d'accord, à ce que l'on dit, avec « quelques-uns des mathématiciens' » pour soutenir cette opinion, mais elle n'est jamais attribuée à Pythagore ni même à Philolaos. L'ancienne

1 Arist. de Ceelo, B, 13. 293 & 21 (DV 45 B 37 a) : Èv(otç Se Soxeî xa'i itXe(to otôfiaxa TOiaùxa èvSé^ea^at tpépea^ai iiEpî to ti.éoov ^alv âSTjXa 5ià ttjv ÈTttitp&of^Tiatv T^ç Y^jC- 5t6 xal xàç tï)ç osXtjvtjç sxXeÎ'J^eiç uXeîouç ^ xàç toù v^Xîou -([■f^zo'^ai. cpoaiV xwv yàp çepop-éviuv sxaaxov àvricppâxteiv aùxi^v, àXX où [lovov

' Il n'est pas expressément dit que ce fussent des Pythagoriciens, mais il est naturel de le supposer. Telle était, du moins, l'opiniun d'Alexandre (Sirapl. de Cœlo. p. 515, 25).

3 L'expression ol (j.a&T)[iaxtxo' est celle qu'emploie Posidonius pour désigner les astrologues chaldéens (Bérose). Diels, Elementum, p. 11, n. 3. Comme nous l'avons vu, les Babyloniens connaissaient les planètes mieux que les Grecs.

théorie était, nous l'avons vu (§ 54), que tous les corps célestes se meuvent dans la même direction, de l'est à l'ouest, mais que les planètes font leur révolution d'autant plus lentement qu'elles sont plus éloignées des cieux, de sorte que celles qui sont les plus rapprochées de la terre sont « devancées » par celles qui en sont les plus éloignées. Cette opinion était encore soutenue par Démocrite, et qu'elle fût aussi pythagoricienne, cela semble découler de ce que l'on nous dit de 1' «harmonie des sphères». Nous avons vu (§ 54) que nous ne pouvions pas attribuer cette théorie, sous sa forme postérieure, aux Pythagoriciens du V^ siècle mais — et en faveur de ce fait, nous avons le témoignage exprès d'Aristote — ceux des Pythagoriciens dont il connaissait la doctrine croyaient que les corps célestes produisent des sons musicaux dans leur course. De plus, les rapidités de ces corps dépendaient de leurs distances entre eux, et ces distances correspondaient aux intervalles de l'octave. Il ressort clairement de son exposé que le ciel des étoiles fixes prend part à ce concert ; car il mentionne « le soleil, la lune, et les étoiles, si grandes qu'elles soient en étendue et en nombre», phrase qui ne saurait se référer uniquement ou essentiellement aux cinq autres planètes ^ En outre, il nous dit que les corps plus lents donnent une note basse et les plus rapides une note élevée -. Or la tradition qui a prévalu attribue la note élevée de l'octave au ciel des étoiles fixes ', d'où il résulte que tous les corps

1 Arist. de Cxlo, B, 9 290 b 12 sq. (R. P. 82; DV 45 B 35).

' Alexandre, in Met. p. 39, 24 (de l'ouvrage d'Aristote sur les Pythagoriciens) : T(î)v yàp aojLKXTujv tùv ■ntpi tÔ [léaov cpîpoaéviuv èv àvaXoif'a ràç àu03T(i3îiç èy&vToiv .... itoioùvTujv 8e xal tt&œov sv tô) xivîîat>at Ttùv usv ^pa^'j- TÉpiuv 3ap'jv, Tùv 5î TotyjTJpmv ô^jv. Il ne faut pas attribuer aux Pyltjagoriciens de cette époque l'identification des sept planètes avec les sept cordes de l'heptacorde. Mercure et Vénus ont, en somme, la même vitesse moyenne que le soleil, et nous pouvons aussi faire entrer en ligne de compte la terre et les étoiles fixes. Nous pouvons même trouver une place pour Vantichton comme itpooXaa^avofxevoc-

5 Sur les divers systèmes, voir Bœckh, Kleine Scbriften, vol.'III, p. 169 sq. et Cari v. Jan, die Harmonie der Sphàren {Philol. 1893, p. 13

célestes gravitent dans la même direction, et que leur rapidité s'accroît en proportion de leur distance du centre.

Cependant la théorie d'après laquelle le mouvement propre du soleil, de la lune et des planètes se dirige de l'ouest à l'est, et qui les fait participer au mouvement est-ouest du ciel des étoiles fixes, apparaît pour la première fois dans le mythe d'Er, de la République de Platon, qui est d'origine pythagoricienne. Là, elle est encore associée à (( l'harmonie des sphères », quoique Platon ne nous dise pas comment elle se concilie dans le détail avec cette théorie \ Dans le Timée, nous lisons que les plus lents des corps célestes semblent les plus rapides, et vice versa; et comme cette affirmation est mise dans la bouche d'un Pythagoricien, nous pouvons supposer que

sq.). Ils varient avec l'astronomie de leurs auteurs, mais ils rendent témoignage du fait constaté dans notre texte. Plusieurs attribuent la note la plus élevée à Saturne et la plus basse à la Lune, tandis que d'autres font le contraire. Toutefois, le système qui s'accorde le mieux avec le système planétaire pythagoricien doit inclure le ciel des étoiles fixes et la Terre. C'est celui sur lequel sont basés les vers d'Alexandre d'Ephèse cités par Théon de Smj^rne, p. 140, 4 :

Yfltîa [xèv ouv ûnâTT] te ^apsîâ ts lAÉaao&i vaiei' àitXavéïuv Se aœaïpa ai»VT][j.[i£VY] ë-JtXeTO vi^ty], x. t. X.

La « basse de l'orgue profond du Ciel » dans la « ninefold harmony » de Milton (Hymn on the NatioUy, XIII) implique le contraire de ceci.

I La difficulté apparaît clairement dans la note d'Adam à Repiibl. 617 b (vol. II, p. 452). Là l'àTtXavrjç apparaît justement comme la vïjtk), tandis que Saturne, qui vient ensuite, est rûuàxT]. Il est incompréhensible que tel ait été l'ordre primitif. Aristote a bien vu la difficulté (d€ Cœlo, B, 10 291 a 29 sq.), et Simplicius observe judicieusement \de Cselo, p. 476, 11) : oi §è -nràaa; tàç a-faîpa; ttjv aÙTïjv XéYovteç xtvYjoiv ttjv au àvaxoXûv xtvEra^at xa^' ÛTtoXTj'jJiv (ne faudrait-il pas lire ûitciXeitj;iv?i tûote djv [lèv Kpovîav o-^alpav a'jvaTioxaD't3Ta'39ai xa&' ^uépav x^ à-TtXavet -nap oXi^ov, TTjv hï xoù Aiôç Ttapà uXéov xal sçpe^yjî oûxwç, ouxoi TioXXàç [aev âXXa; aitopiaç Èx^EÛYOuai. mais leur ûiio&£atç,est àSJvaxoç. C'est là ce qui provoqua le retour à l'hypothèse géocentrique et l'exclusion de la terre et de l'àuXavïjç de l'âpjxovîa. La seule solution aurait été de faire tourner la terre sur son axe ou de la faire graviter en vingt-quatre heures autour du feu central, et de réserver la précession à l'àuXavi^ç Comme nous l'avons vu, Bœckh attribuait, mais sans preuve, cette idée à Philolaos. S'il l'avait eue, ces difficultés ne se seraient pas produites.

quelques-uns au moins des membres de cette école avaient anticipé la théorie d'un mouvement composée Cela est naturellement possible, car les Pythagoriciens étaient singulièrement ouverts aux idées nouvelles. En même temps, nous devons noter que la théorie est même plus emphatiquement développée dans les Lois par l'Etranger athénien, qui est Platon lui-même dans un sens spécial. « Si nous louions les coureurs qui arrivent les derniers dans les jeux, nous ne ferions pas plaisir à leurs compétiteurs ; il ne peut pas être agréable non plus aux dieux que nous supposions que les plus lents des corps célestes sont les plus rapides ». Ce passage donne évidemment l'impression que Platon expose une théorie nouvelle ^

Page 1