‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 202 sur 240 · CLXVI. — Théorie de la réalité · texte numérisé non relu

CLXVI. — Théorie de la réalité

Nous avons fait remarquer que Mélissos n'était peutêtre pas, à l'origine, membre de l'école éléate ; mais il adopta certainement toutes les idées de Parménide relativement à la vraie nature de la réalité, sauf une remarquable exception. Il paraît avoir ouvert son traité en réaffirmant avec Parménide que le « rien n'est pas » (trg. 1 a), et les arguments qu'il donnait à l'appui de cette opinion sont ceux qui nous sont déjà familiers (frg. 1). Pour lui comme pour Parménide, la réalité est éternelle, attribut qu'il exprimait à sa manière à lui. Il soutenait que, puisque tout ce qui est venu à l'existence a un commencement et une fin, tout ce qui n'y est pas venu n'a ni commencement ni fin. Aristote est très sévère pour lui à cause de cette simple conversion d'une proposition affirmative universelle'; mais, évidemment, ce n'est pas là-dessus qu'était

1 Je lis : si [A£v ouv eiT] avec E F pour le ei |X£v ov eiy] de D. Le èôv, qu'a conservé R. P., est un essai de couleur locale dû aux éditeurs. Diels lit maintenant ouv, lui aussi (Vors. 149, 2).

- Diels lit maintenant iWi avec E au lieu du ajia de F., et rattache ce mot à la phrase suivante.

■' Arist. Phys. A, 3. 186 a 7 (R. P. 143 a ; DV 20 A 7). Aristote trouve deux points faibles dans le raisonnement des Eléates : (1) (|»euS^ Xaa^ivouaiv; (2) àTjXXoyiUToî staiv aùrûiv oï Xoyot. Nous avons ici le premier de ces points. Il est aussi mentionné dans Soph. El. 168 b 35 (R. P. ibid.). Telle est aussi l'opinion d'Eudème (Simpl. Phys. p. 105, 24) : où -jàp, et

LES JEUNES ÉLÉATES 373

fondée sa conviction. Toute sa conception de la réalité l'obligeait à la regarder comme éternelle ^ La question serait plus sérieuse si Aristote avait raison de croire, comme il semble l'avoir fait, que Mélissos inférait que ce qui est doit être infini dans l'espace parce qu'il n'a ni commencement ni fin dans le temps -. Mais cela paraît tout à fait incroyable. Comme nous possédons le fragment qu' Aristote interprète de cette manière (frg. 2), nous avons parfaitement le droit de l'interpréter indépendamment de lui, et je n'y vois rien qui justifie sa supposition et qui prouve que l'expression « sans limite » signifie sans limite dans l'espace ^

Page 1