‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 203 sur 240 · CLXVII. - La réalité infinie dans l'espace · texte numérisé non relu

CLXVII. - La réalité infinie dans l'espace

Mélissos diff'érait, en vérité, de Parménide en soutenant que la réalité était aussi bien infinie dans l'espace que dans le temps; mais il donnait une excellente raison en faveur de cette opinion, et il n'en était pas réduit à la justifier par l'extraordinaire argument auquel nous venons de faire allusion. Ce qu'il disait, c'est que, si la réalité était limitée, elle le serait par l'espace vide. Cela, nous le

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1 La vraie raison est donnée dans la paraphrase (Simpl. Phys. p. 103, 21 ; R. P. 142 a ; DV 20 H, note) : o'v)Y"/<"P£^Tat -(àp xnl toûto û-o tûv (puotxùv, mais Mélissos ne se serait naturellement pas exprimé de cette manière. Il se tenait lui-même pour un (pjauoç comme les autres; mais, à partir de l'époque d'Aristotc, c'était un lieu commun de refuser cette qualité aux Eléates, parce qu'ils niaient le mouvement.

2 Ceci a été nié par Otîner, Zitr Beurteihing des Mélissos iArchiu, IV', p. 12 sq.), mais je pense maintenant qu'il va trop loin. Cf. spécialement Top. IX, 6: «u; ôp.'ju) rauTa 5v-a t(Ù àpyrjv êy^îiv, x6 xe Ysyovo; xaî to Tteitîpaopiévov. Même remarque à Soph. El. 161 b 13 et 181 a 27.

' Les mots ak\' âitsip&v èoTi signifient simplement « mais il est sans limite», et ne sont que la répétition de la proposition qu'il n'y a ni commencement ni fin. La nature de la limitation ne peut être précisée que par le contexte ; aussi Mélissos a-t-il soin de dire to uéysSoî âneipov (frg. 3) à l'endroit où il introduit la question de l'infini dans l'espace.

savons par Aristote lui-même S et nous y voyons un réel progrès sur Parménide. Celui-ci avait cru possible de tenir la réalité pour une sphère finie, mais il lui aurait été difficile de développer cette opinion dans le détail. Il aurait été obligé de dire qu'il n'y avait rien en dehors de la sphère ; mais personne ne savait mieux que lui qu'il n'existe aucune chose qui ne soit rien. Mélissos vit que l'on ne peut imaginer une sphère finie sans la regarder comme entourée d'un espace vide infini^; et comme, d'accord avec le reste de l'école, il niait le vide (frg. 7), il était forcé de dire que la réalité était infinie dans l'espace (frg. 3). II est possible qu'il ait été influencé en cela par son association avec l'école ionienne.

De l'infinité de la réalité, il suit qu'elle doit être une ; car, si elle n'était pas une, elle serait limitée par quelque chose d'autre (frg. 5). Et, étant une, elle doit être absolument homogène (frg. 6 a), car c'est ce que nous entendons en disant qu'elle est une. La réalité, donc, est un plénum corporel, simple et homogène, s'étendant à l'infini dans l'espace, remontant et descendant à l'infini dans le temps.

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