‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 204 sur 240 · CLXVIII. — Opposition aux Ioniens · texte numérisé non relu

CLXVIII. — Opposition aux Ioniens

L'éléatisme fut toujours animé de l'esprit critique, et nous ne sommes pas sans indications sur l'attitude prise par Mélissos à l'égard des systèmes contemporains. Le point faible qu'il trouvait dans les théories ioniennes était de supposer toutes un certain manque d'homogénéité dans l'Un, ce qui constitue une réelle inconsistance. En outre, les unes comme les autres admettaient la possibilité du changement ; mais si toutes choses sont une, le changement doit être une forme c'e l'entrée à l'existence et de la

1 Arist. Gcn. Corr. I, 8. 325 a 14 : ev zat ày.tvT]TOv ro Ttâv eivaî œaat xcà à-neipov ïvioi" to yàp nÉpuî itspaîvsiv âv irpoç to -/evov. Et Zeller a prouvé que cela se rapporte à Mélissos (p. 612, note 2).

- Notez la divergence avec Zenon (| 162).

LES JEUNES ÉLÉATES 375

destruction. Si l'on admet qu'une chose peut changer, on ne peut maintenir qu'elle est éternelle. L'arrangement des parties de la réalité ne peut pas non plus se modifier comme Anaximandre, par exemple, l'avait cru ; tout changement de cette nature implique nécessairement une entrée à l'existence et une destruction.

Le pas que fit ensuite Mélissos a quelque chose d'un peu particulier. La réalité, ait-il, ne peut éprouver ni douleur ni peine, car l'une et l'autre sont toujours dues à l'addition ou à la soustraction de quelque chose, ce qui est impossible. Il n'est pas facile d'établir avec certitude à quoi cela fait allusion. Peut-être est-ce à la théorie d'Anaxagore sur la perception (v. p. 314), peut-être à une chose dont aucune mention ne nous a été conservée.

Le mouvement, en général S la raréfaction et la condensation, en particulier, sont impossibles, car tous deux impliquent l'existence de l'espace vide. La divisibilité est exclue pour la même raison. Ces arguments sont ceux que Parménide avait déjà employés.

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