‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 205 sur 240 · CLXIX. — Opposition aux Pythagoriciens · texte numérisé non relu

CLXIX. — Opposition aux Pythagoriciens

Dans presque toutes les analyses du système de Mélissos, on prétend qu'il niait la corporalité de ce qui est réel — opinion qu'on cherche à établir en invoquant le frg. 9, lequel est certainement cité par Simplicius précisément pour prouver ce point". Si, cependant, notre idée générale

' L'opinion de|Baumker, que Mélissos admettait ràv-rtzepîsTaotî ou mouvement in pleno (Jahrb. f. kl. Phil. 1886, p. 541 ; Das Prohleni der Materie p. 59) se fonde sur une phrase de Simplicius {Phi)s. p. 104, 13 ; DV 46, 40) : O'jy^ OTi ai] êuvatèv ù<.à lîXi^po'j; zivîta&at, (lu; s-î tûv awaârujv Xifoii-z^ x. t. X. Cette phrase était autrefois transposée en dialecte ionien, et passait pour être un fragment de Mélissos. Elle n'est, en réalité, qu'un fragment de l'argument de Simplicius contre Alexandre, et elle na rien à faire du tout avec Mélissos.

• Voyez cependant Bàumker. Das Problem der Materie, p. 57 sq.^ lequel remarque que sov (ou ôv), du frg. 9, doit être prédicat, puisqu'il n'a pas d'article. Dans sa 5« édition (p. 611, n. 2), Zeller a adopté l'opi-

relativement au caractère de la philosophie grecque primitive est exacte, cette opinion doit paraître incroyable. Et elle paraît d'autant plus surprenante qu'au dire d'Aristote, dans sa Métaphysique, l'unité de Mélissos était matérielle, tandis que celle de Parménide semblait être idéale ^ Or le fragment, tel que nous le lisons dans les manuscrits de Simplicius^suppose un cas purement hypothétique, et le plus naturel serait d'y voir une preuve contre l'existence de quelque chose, par ce motif que, s'il existait, il devrait être à la fois corporel et un. Cela ne saurait viser l'Un éléate, auquel Mélissos croyait lui-même, et comme l'argument est presque mot pour mot identique à l'un de ceux de Zenon ', il est naturel de supposer qu'il était aussi dirigé contre l'hypothèse pythagoricienne d'unités ultimes. La seule objection possible, c'est que Simplicius, qui cite deux fois le fragment, le prenait, à n'en pas douter, dans le sens qu'on lui donne généralement*. Mais il était très naturel pour lui de tomber dans cette méprise. L'expression « l'Un » avait deux sens au milieu du V"**" siècle avant J.-C. ; elle signifiait soit l'ensemble de la réalité, soit le point comme unité d'espace. Pour le maintenir dans le premier sens, les Eléates étaient obligés de le répudier dans le second ; et ainsi il semblait parfois qu'ils parlaient de leur propre « Un », quand, en réalité, ils entendaient parler de l'autre. Nous avons vu que la même difficulté se présentait à propos de la négation de 1' « un » par Zenon \

nion que nous soutenons ici. 11 fait observer avec raison que la forme hypothétique si [ijv ôv sÎt] parle en sa faveur, et que le sujet de etT) doit être ezaatov xûv uoXXûiv, comme chez Zenon.

» Met. A, 5. 986 b 18 (R. P. 101 ; DV 20 A 11).

-' Brandis changeait siy] en lan, mais il n'y a aucune garantie en faveur de cette correction.

' Cf. Zenon, frg. 1, et spécialement les mots : ei 8è eortv, àyifXTi Ixaa-

* Simpl. Pbijs. p. 87, 6 et 110, 1 (DV 20 B 4, 5). •■' Voir plus haut, ^ 159. p. 361, n. 5.

LES JEUNES ÉLÉATES 377

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