‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 211 sur 240 · CLXXV. — Le vide · texte numérisé non relu

CLXXV. — Le vide

Leucippe affirmait l'existence à la fois du Plein et du Vide, termes qu'il peut avoir empruntés à Mélissos^. Comme nous l'avons vu, il devait admettre l'existence de l'espace vide, que les Eléates avaient niée, afin de rendre possible son explication de la nature du corps. Ici encore, il développe une opinion pythagoricienne. Les Pythagoriciens avaient parlé du vide qui sépare les unités, mais ils ne l'avaient pas distingué de l'air atmosphérique (§ 53), qu'Empédocle avait montré être une substance corporelle (§ 107). Parménide, en vérité, s'était fait une conception plus claire de l'espace, mais seulement pour en nier la réalité. Leucippe partit de là. Il admit, sans doute, que l'espace n'était pas réel, c'est-à-dire corporel, mais il maintint qu'il n'en existait pas moins. Il n'avait guère de mots, il est vrai, pour exprimer sa découverte; car le verbe «être» n'avait jusqu'alors été employé par les philosophes qu'en parlant de corps. Mais il fit de son mieux pour rendre sa pensée claire en disant que « ce qui n'est pas » (au vieux sens corporaliste) « est » (en un autre sens) tout autant que « ce qui est ». Le vide est aussi réel que les corps.

Chose curieuse : les Atomistes, qui sont communément regardés comme les grands matérialistes de l'antiquité, furent en fait les premiers à dire expressément qu'une chose peut être réelle sans être un corps.

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