CLXXX. — Le tourbillon
Mais que dire du tourbillon lui-même, qui produit ces effets ? Gomperz fait remarquer qu'ils paraissent être précisément « le contraire de ce qu'ils doivent être selon les lois de la physique»; car, « ainsi que peut le faire voir toute machine centrifuge, ce sont les substances les plus lourdes qui sont projetées à la plus grande distance ^)). Devonsnous supposer que Leucippe ignorait ce fait, qui était connu à Anaxagore, quoique Gomperz suppose — à tort — qu'il y a quelque raison de croire qu'Anaximandre en tînt compte ^ Or nous savons par Aristote que tous ceux qui expliquaient la situation de la terre au centre du monde au moyen d'un tourbillon invoquaient l'analogie des tourbillons de vent ou d'eau ^, et Gomperz suppose que la théorie tout entière était une généralisation erronée de cette observation. Si nous examinons la question de plus près, nous verrons, je pense, qu'il n'y a pas d'erreur du tout.
Nous devons nous rappeler que toutes les parties du tourbillon sont en contact, et que c'est justement par ce contact (girt'^'XJT!;), que le mouvement des parties extérieures est communiqué à celles qui se trouvent à l'intérieur. Les corps les plus grands sont plus capables que les plus petits de résister au mouvement ainsi communiqué, et c'est pourquoi ils se dirigent vers le centre, où le mouvement est moindre, et poussent les plus petits vers la circonférence. Cette résistance est sûrement l'àvTcûêcjfç
* Gomperz, Penseurs de la Grèce, I, p. 356.
' Sur Empédocle, voir chap. V, p. 271 ; sur Anaxagore, voir chap. VI, p. 310, et sur Anaximandre, chap. I, p. 69, n. 1.
3 Arist. de Cœlo, B, 13. 295 a 10 : taJtTjv yôp ttjv aîtîav (se. tt)v 8îvT](nv) TiôvtEç Xi-fO'jzi^ ix Tûv £v roîî «Ypol; xaî ntp'i tov àépa oja^aivôvTtoV èv xoû- TOiç Y^P *5' ÇîpsTdi xà {AsîCuJ xa't xà Papjxîpa npo; xo fisaov x^; îîvrjç.
ToO ae<7ou dont il est fait mention dans la doxographie de LeucippeS et elle est en parfait accord avec ce point de la théorie atomique, d'après lequel la révolution d'un corps céleste est d'autant plus lente qu'il est plus rapproché du centre ^ Il n'est pas question du tout ici de « force centrifuge », et l'analogie des tourbillons d'air et d'eau est tout à fait satisfaisante.