CLXXXIV. — La « banqueroute de la science
Notre histoire devrait, à proprement parler, se terminer avec Leucippe, car il avait réellement répondu à la question posée pour la première fois par Thaïes. Nous avons vu cependant que, quoique sa théorie de la matière fût des plus originales et des plus hardies, il n'avait pas été également heureux dans sa tentative de construire une cosmologie, et cela paraît avoir empêché que la théorie atomique fût tenue pour ce qu'elle était réellement. Nous avons noté l'influence croissante de la médecine, et la conséquence qu'elle eut de substituer aux vues cosmologiques plus larges des temps primitifs l'intérêt de l'investigation détaillée ; il y a dans le corpus hippocraticum plusieurs traités qui nous donnent une claire idée de l'intérêt qui prévalait alors ^ Leucippe avait montré que «la doctrine de Mélissos '», qui semblait rendre toute science impossible, n'était pas la seule conclusion qu'on pût tirer des prémisses éléates, et, allant plus loin, il avait donné une cosmologie qui, en substance, était du vieux type ionien. Tout d'abord, le résultat fut simplement que toutes les vieilles écoles reprirent vie et eurent une courte période
» Cf. ce que nous disons, chap. IV, p. 138, n. 1, du IIspl StaîxYjç. Le Elept àv&p(ÔTro'j cpûsto; et le [Tîp'i àpy^air^ç tocrptx^ç sont des documents d'une valeur inappréciable relativement à l'attitude des hommes de science en présence des théories cosmologiques à cette date.
2 Cf. chap. VIII, p. 297, n. 1.
d'activité renouvelée, tandis qu'en même temps quelques écoles nouvelles surgirent, qui cherchèrent à concilier les opinions plus anciennes avec celles de Leucippe, ou de les rendre plus propres à des buts scientifiques en les combinant d'une manière éclectique. Aucune de ces tentatives n'eut une importance ou une influence durables, et ce que nous avons à considérer maintenant, c'est en réalité une des périodiques « banqueroutes de la science » qui marquent la fin d'un chapitre de son histoire, et annoncent le commencement d'un chapitre nouveau.