‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 219 sur 240 · CLXXXVI. — Sa date · texte numérisé non relu

CLXXXVI. — Sa date

Après avoir étudié les trois grands représentants de l'école milésienne, Théophraste poursuit :

I Alexandre, in Met. p. 26, 21 (R. P. 219 ; DV 26 A 6). - Hipp. Réf. I, 16 (R. P. 221 ; DV 26 A 10).

• Schol. Genav. p. 197, 19 (DV 26 B 1). Cf. Diels dans VArch. IV, p. 6KÎ. L'extrait est tiré des '0|iT)pf/ct de Kratès de Mallos.

♦ Sext. adiy. Math. IV, 360 (DV 50).

Et Diogène d'Apollonic aussi, qui fut presque le dernier de ceux qui se consacrèrent à ces études, écrivit la plus grande partie de son œuvre d'une manière éclectique, s'accordant sur certains points avec Anaxagore, et sur d'autres avec Leucippe. Lui aussi, dit que la substance primordiale de l'univers est l'Air infini et éternel, duquel naît la forme de chaque autre chose par condensation, raréfaction et changement d'état. — R. P. 206 a. (DV51 A 5) '.

Ce passage montre que l'Apolloniate était un peu plus jeune que ne le ferait supposer Diogène Laërce ^, d'après lequel il était contemporain d' Anaxagore, et le fait qu'il est pris à partie, dans les Nuées d'Aristophane ^ vient à l'appui de cette conclusion. Sur sa vie, nous ne savons autant dire rien. Il était fils d'Apollothémis, et venait d'Apollonie en Crète *. On ne peut objecter à cela la circonstance qu'il écrivit en dialecte ionien, car c'était le dialecte régulièrement employé dans les ouvrages cosmologiques ".

Le fait que Diogène fut parodié dans les Nuées suggère qu'il avait trouvé sa voie à Athènes, et nous avons l'excellente autorité de Démétrius de Phalère ^ pour dire que les Athéniens le traitèrent comme ils avaient l'habitude de

> Sur ce passage, voir Diels, Leukippos und Diogenes von ApoUonia dans le Rhein. Mus., XLII, p. 1 sq. L'opinion de Natorp {ibid. XLIL p. 349 sq.), d'après lequel nous n'aurions ici que les termes mêmes de Simplicius, est difiScile à soutenir.

- Diog. IX, 57 (R. P. 206). Antisthène, l'auteur des Successions, aiïirme que l'Apolloniate avait « entendu » Anaximène. Ce renseignement est dû à la confusion habituelle. Diogène était sans aucun doute, comme Anaxagore, un « associé de la philosophie d'Anaximène ». Cf. chap. VI, 5 122.

" Aristopb. Nuées, 227 sq., où Socrate parle du « mélange de ses subtiles pensées avec l'air, leur semblable » et cf. spécialement les mots : Tj yt) 6îa êXzît Ttpôç aùxrjv ttjv '*x[jLot5a t^ç ippovtîSoç. Sur le ix{tctç, voir Beare, ]). 259. Cf. aussi Eur. Tro. 884, to Y'?)î ôy^fia xàrJ. fi^ç sSpav Èytuv x. t. X.

i Diog. IX, 57 (R. P. 206).

' Cf. chap. Vil, p. 325sq.

•^ Diog. IX, 57 : Toùtov çTjoiv ô 4»aXTjpe'jç Aiijfii^Tptoî èv x^ Scu/parouî àit«- X^-'ta 8tà uérov cpÔôvov ;j.ixpoO xivSoveùatzi Aôi^vTjatv. Diels, adoptant une supposition de Volkmann, soutient que c'est là une note sur Anaxagore insérée à la mauvaise place. Cette opinion ne s'impose pas, à mon avis, (faoique la chose soit certainement possible.

traiter les philosophes. Il excita contre lui une telle antipathie qu'il put y craindre un moment pour ses jours.

CLXXXVII. — Ses écrits.

Simplicius affirme que Diogène écrivit plusieurs ouvrages, mais il reconnaît qu'un seul existait encore à son époque, à savoir le Ilsp't cp Jcreojç ^ Cette indication est basée sur les références qui se trouvaient dans l'ouvrage survivant lui-même, et l'on aurait tor,t de la rejeter à la légère. Il est très croyable, en particulier, qu'il écrivit un traité Contre les Sophistes, c'est-à-dire contre les cosmologues pluralistes du jour ^ Il est très probable aussi qu'il écrivit une Météorologie et un livre intitulé la Nature de rHomme, qui était sans doute un traité physiologique et médical, et c'est peut-être là que se trouvait le fameux fragment sur les veines ^.

CLXXXVIII. — Les fragments

L'ouvrage de Diogène paraît avoir été conservé à l'Académie ; de fait, tous les fragments un peu étendus que nous possédons sont dérivés de Simplicius. Je les donne tels qu'ils sont arrangés par Diels :

1. Quand on commence un discours, il faut prendre, me semble-t-il, pour point de départ, une chose incontestable et l'exprimer d'une manière simple et digne. — R. P. 207.

2. Ma manière de voir est, pour tout résumer, que toutes choses sont des différenciations de la même chose, et sont la même chose. Et cela est évident, car si les choses qui sont maintenant dans ce monde — terre, eau, air et feu et autres choses que nous voyons exister dans ce monde — si quelqu'une

' Simpl. Phijs. p. 151, 24 (R. P. 207 a ; DV 51 A 4).

- Simplicius dit : Hpôc (puatoXoYOoc, mais il ajoute que Diogène les appelait oocpioxaî, ce qui est le mot le plus ancien. Ce fait, pour autant <|u'il a de la portée, parle en faveur de l'authenticité de l'œuvre.

3 C'est le frg. 6 de Diels (Vors. p. 350). Je l'ai omis, parce qu'il concerne en réalité l'histoire de la médecine.

de ces choses, dis-je, était diflférente de n'importe quelle autre, différente, c'est-à-dire ayant une substance particulière pour ellemême; et si ce n'était pas la même chose qui est souvent changée et différenciée, alors les choses ne pourraient d'aucune manière se mélanger les unes aux autres, et elles ne pourraient non plus se faire les unes aux autres ni bien ni mal. Une plante ne pourrait pas croître de la terre, ni un animal ni aucune autre chose venir à l'existence, si toutes choses n'étaient composées de façon à être les mêmes. Mais toutes ces choses naissent de la même chose ; elles sont différenciées et prennent diverses formes en divers temps et retournent à la même chose. — R. P. 208.

3. Car il ne serait pas possible qu'il fût divisé comme il l'est, sans intelligence, de façon à garder les mesures de toutes choses, de l'hiver et de l'été, du jour et de la nuit, des pluies, des vents et du beau temps. Et quiconque prend la peine de réfléchir trouvera que tout le reste est disposé de la meilleure manière possible. — R. P. 210.

4. De plus, il y a encore les grandes preuves suivantes. Les hommes et les autres êtres animés vivent de l'air en le respirant, et c'est là leur àrae et leur intelligence, comme il sera clairement montré dans cet ouvrage ; car s'il leur est enlevé, ils meurent et leur intelligence s'éteint. — R. P. 210.

5. Et mon opinion est que ce qui possède l'intelligence, c'est ce que les hommes appellent air, et que toutes choses ont leur cours réglé par lui, et qu'il a pouvoir sur toutes choses. Car c'est cette chose précisément, que je tiens pour un dieu'; je pense qu'elle atteint partout, qu'elle dispose tout et qu'elle est en tout; et il n'y a pas une chose quelconque qui n'y participe. Toutefois, il n'est pas une seule chose qui y participe exactement de la môme manière qu'une autre, mais il y a bien des sortes d'air aussi bien que d'intelligence. Car il est soumis à nombre de transformations : plus chaud et plus froid, plus sec et plus humide, plus tranquille et en mouvement plus rapide, et il a en lui mainte autre différenciation et un nombre infini de couleurs et de saveurs. Et l'âme de tous les êtres vivants est la même, à savoir de l'air plus chaud que celui qui est en

' Les mss de Simplicius ont è&oç, et non &e6î, mais j'adopte la correction certaine d'Usener. Elle est confirmée par l'indication de Théo jjhraste que l'air qui est en nous est « une petite portion du dieu » (de Sens. 42; DV 51 A 19) et par Philodèmejde Piet. c 6''; DV .Il A 8; Dox. p. 536), chez qui nous lisons que Diogène loue Homère, tov àipa YÔp aùrôv Aîa vouîCsiv spijoîv, Èt:îiSt] Tïàv eîôsva'. tôv A(a Xéyît (cf. Cic. Nat. D, I, 12, 29).

dehors de nous et dans lequel nous sommes, mais beaucoup plus froid que celui qui entoure le soleil. Et cette chaleur n'est pas la même dans n'importe quelles deux espèces de créatures vivantes, ni, par conséquent, dans n'importe quels deux hommes ; mais elle ne diffère pas beaucoup, autant seulement que cela est compatible avec leur ressemblance. En même temps, il n'est pas possible aux choses qui sont différenciées d'être exactement pareilles les unes aux autres jusqu'à ce qu'elles redeviennent, une fois de plus, la même chose.

6. Du fait, donc, que la différenciation est multiforme, les créatures vivantes sont multiformes et plusieurs, et elles ne sont pareilles les unes aux autres ni par leur aspect ni par l'intelligence, à cause de la multitude des différenciations. En même temps, elles vivent toutes, et voient et entendent par la même chose, et elles ont toutes leur intelligence à la même source. — R. P. 211.

7. Et celui-ci lui-même est un corps éternel et immortel, mais de ces choses-là, les unes^ viennent à l'existence, les autres subissent la destruction.

8. Mais ceci aussi me paraît être évident, c'est qu'il est à la fois grand et puissant, et éternel et immortel et de grand savoir. — R. P. 209.

Diogèiie s'intéressait principalement à la physiologie ; cela ressort clairement de son étude détaillée des veines, qui nous a été conservée par Aristote -. Il y a lieu de remarquer aussi qu'un des arguments dont il se sert pour prouver l'unité de toutes les substances est que, sans cela> il serait impossible de comprendre comment une chose pourrait faire du bien ou du mal à une autre (frg. 2). En fait, l'écrit de Diogène est essentiellement du même caractère qu'une bonne partie de la littérature pseudo-hippocratique, et beaucoup d'indices viennent à l'appui de l'opinion que les auteurs de ces curieux traités le mirent à aussi forte contribution qu'ils y mirent Anaxagore et Heraclite '.

1 Les mss de Simplicius ont tû) 8è, mais le tùv 8s de l'Aldine est sûrement correct.

2 Arist. Hist. An. r„2. 511 b 30 (DV 51 B 6). •

' Voir Weygoldt, Zu Diogenes von ApoUonia {Arch. I, p. 161 sq.). Hippocrate lui-même représentait justement la tendance opposée à celle de ces écrivains. Son grand mérite a été de séparer la médecine de la

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