‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 220 sur 240 · CLXXXIX. — Cosmologie · texte numérisé non relu

CLXXXIX. — Cosmologie

De même qu'Anaximène, Diogène regardait l'Air comme la substance primordiale ; mais nous voyons par ses arguments qu'il vivait à une époque où d'autres opinions avaient prévalu. Il parle clairement des quatre éléments d'Empédocle (frg. 2), et il a soin de conférer à l'Air les attributs du Nous, tels que les enseignait Anaxagore (frg. 4). La tradition doxographique relativement à ses théories cosmologiques nous a été assez bien conservée :

Diogène d'Apollonie fait de l'air l'élément, et soutient que toutes choses sont en mouvement, et qu'il y a des mondes innombrables. Et il décrit comme suit l'origine du monde. Quand le Tout se mut et devint rare en un lieu et dense en un autre, il se forma, là où le dense se réunit, une masse, et ensuite les 'autres choses paquirent de la même manière, les parties les plus légères occupant la position la plus élevée et produisant le soleil. — (Plut.| Strom. frg. 12. (R. P. 215.)

Rien ne naît de ce qui n'est pas ni ne disparaît dans ce qui n'est pas. La terre est ronde, suspendue en équilibre au milieu ; elle a reçu sa forme de la révolution produite par le chaud, et elle s'est solidifiée par le froid. — Diog. IX 57, R. P. 215.

Les corps célestes sont pareils à la pierre ponce. Il pense que ce sont les trous par où le monde respire, et qu'ils sont incandescents. — Aet. II, 13. 5 = Stob. I, 508. (R. P. 215.)

Le soleil est pareil à la pierre ponce, et les rayons viennent de l'éther s'y tixer. Aet. II, 20, 10. La lune est une conflagration pareille à la pierre ponce. — Ib. II, 25, 10.

En même temps que les corps célestes visibles, se meuvent en cercle des pierres invisibles qui, pour cette raison, n'ont pas de noms ; mais elles tombent souvent et s'éteignent sur la terre comme l'astre de pierre qui tomba, enflammé, à Aegospotamos *. - Jb. II, 13, 9.

Nous n'avons rien de plus ici que la vieille doctrine ionienne avec un petit nombre d'additions tirées de sour-

philosophie, pour le plus grand bien de toutes deux (Celsc, I pr.). ('/est pourquoi le corpus hippocraticum renferme quelques ouvrages dans lesquels les « sophistes » sont dénoncés, et d'autres dans lesquels leurs écrits sont pillés. A cette dernière catégorie appartiennent le Ilspl Siai- TTjç et le IIôp'i îpusûv ; à la première spécialement le Ilep' àpyoïtTjc îaTpixîjî.

' Voirchap. VI, p, 289, n. 1.

ces plus récentes. Raréfaction et condensation tiennent toujours leur place dans l'explication des contraires : chaud et froid, sec et humide, stable et mobile (frg. 5). Les différenciations en contraires que l'Air peut subir sont, comme l'avait enseigné Anaxagore, en nombre infini; mais toutes peuvent se ramener à l'opposition fondamentale du rare et du dense. Nous voyons aussi, par Censorinus S que Diogène ne faisait pas, comme Anaximène, sortir de l'Air par condensation la terre et l'eau, mais plutôt le sang, la chair et les os. Il suivait en cela Anaxagore (§ 130), comme il était naturel. D'autre part, la portion de l'Air qui était raréfiée devenait ignée, et produisait le soleil et les corps célestes. Le mouvement circulaire du monde était dû à l'intelligence de l'Air, de même que la répartition de toutes choses en diverses formes de corps et l'observation des «mesures» par ces formes ^

De même qu'Anaximandre (§ 20), Diogène regardait la mer comme le reste de l'humidité primitive, partiellement évaporée par le soleil, de manière que la terre en fut séparée ^ La terre elle-même est ronde, c'est-à-dire qu'elle est un disque ; car la façon dont s'expriment les logographes ne porte pas à croire qu'il ait enseigné sa sphéricité *. Sa solidification par le froid résulte du fait que le froid est une forme de condensation.

Diogène ne croyait pas, avec les cosmologues plus anciens, que les corps célestes fussent faits d'air ou de feu, ni avec Anaxagore que ce fussent des pierres. Ils sont, disait-il, semblables à la pierre ponce, opinion dans laquelle nous sommes en droit de voir l'influence de Leucippe. Ils sont de terre, en réalité, mais non solides, et le feu céleste pénètre leurs pores. Et ceci explique pourquoi nous ne voyons pas les corps obscurs que, tout comme

> Censorinus, de die natali, 6, 1 (^Dox. p. 190; DV 51 A 27). 2 Sur les « mesures », voir chap. III, § 72.

•■ Theophr. ap. Alex, in Meteor, p. 67, 1 (Dox. p. 494 ; DV 51 A 17). i Diog. IX, 57 (R. P. 215).

Anaxagore, il supposait graviter avec les astres. Ce sont en réalité des pierres solides, et c'est pourquoi ils ne peuvent pas être pénétrés par le feu. C'est l'un d'eux qui tomba dans l'Aegospotamos. De même qu' Anaxagore, Diogène affirmait que l'axe de la terre n'était incliné que depuis l'apparition des animaux ^

Nous ne sommes pas surpris d'apprendre que Diogène croyait à l'existence de mondes innombrables, car c'était la vieille doctrine milésienne, et elle venait d'être remise en honneur par Anaxagore et par Leucippe. Il est mentionné dans les Placita avec les autres partisans de cette idée, et si Simplicius le classe, lui et Anaximène, avec Heraclite, comme soutenant la doctrine stoïcienne des formations et destructions successives d'un monde unique, c'est qu'il a probablement été induit en erreur par les « accommodateurs -».

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