VIII. — Caractère incertain de la tradition
Si Thaïes écrivit jamais quelque chose, ce qu'il écrivit fut bientôt perdu, et les ouvrages qui furent publiés sous son nom ne trompèrent pas même les Anciens \ Aristote prétend avoir quelque notion des vues de Thaïes ; mais il ne prétend pas savoir par quelle voie celui-ci y arriva, ni sur quels raisonnements elles étaient fondées. Il suggère, il est vrai, certaines explications que des écrivains postérieurs répètent comme des indications de fait, mais qu'il ne donne lui-même que pour ce qu'elles valent'. La tradition soulève encore une autre difficulté. Plus d'une indication d'apparence précise nous est fournie par les Placita, qui ne repose en réalité que sur l'habitude d'attribuer « à Thaïes et à ses successeurs » les doctrines en quelque sorte caractéristiques de la « succession » ionienne, mais nous fait l'effet d'une indication nettement relative à Thaïes. Néanmoins, en dépit de tout cela, nous ne pouvons douter qu'Aristote ait été exactement renseigné sur les points essentiels. Nous avons vu dans Hécatée des traces de références à Thaïes, et il est tout à fait probable que les écrivains postérieurs de l'école citaient les vues de son fondateur. Nous pouvons donc nous aventurer à reconstruire, par conjecture, sa cosmogie, en nous guidant sur ce que nous savons de certain du développement subséquent de l'école milésienne, car il est naturel de supposer que les doctrines caractéristiques de cette école étaient pour le moins esquissées dans l'enseignement de son plus ancien représentant. Mais tout cela doit être pris pour ce qu'il vaut, et rien de plus, car, strictement parlant, nous ne savons absolument rien de l'enseignement de Thaïes.
1 Voir R. P 9 e.
2 R. P. ibidem.