XII. — Anaximandre. Sa vie
Le premier nom qui soit venu à nous après celui de Thaïes est celui d'Anaximandre, fils de Praxiadès. Lui aussi était citoyen de Milet, et Théophraste en parle comme d'un « associé » de Thaïes ^ Nous avons vu comment cette expression doit être comprise (Introd. § XIV).
Suivant Apollodore, Anaximandre avait soixante-quatre ans dans la deuxième année de la LVIII^ Olympiade (547-6), et cela nous est confirmé par Hippolyte, qui le dit né dans la troisième année de la XLIP Olympiade (610-9), et par Pline, qui place dans la LVIII^ Olympiade sa découverte
1 Platon cite le mbt -aâvTa TtXïjpTj &£ûv dans les Lois, 899 b 9 (R. P. 14 b ; DV I A 22), sans mentionner Thaïes. Le mot attribué à Heraclite dans le de part. An. A, 5, 645 a 7, paraît n'être qu'une variante de celuici. Dans Diog. IX, 7 (R. P. 46 d), on met sur le compte d'Heraclite cette affirmation : Tiâvra t|)o)jôiv eivai -/al ûat[j.&vojv irXi^pT|.
2 Bâumker, Das Problem der Materie, p. 10, n. 1.
3 R. P. 15 d. Que les mots ttoàÎtyjç xal éxatpoç, donnés par Simplicius, de Cœlo, p. 615, 13 (DV 2, 17), soient ceux qu'avait employés Théophraste lui-même, cela ressort de la concordance qu'offre Cicéron, Acad. II, 118, popularis et sodalis. Les deux passages représentent des branches tout à fait indépendantes de la tradition. Voir Append. Il 7, 12.
l'école milésienne 53
de l'obliquité du Zodiaque ^ Il semble que nous ayons ici quelque chose de plus qu'une simple combinaison du type ordinaire : car, d'après toutes les règles de la chronologie alexandrine, Anaximandre aurait « fleuri » en 565 avant J.-C, c'est-à-dire exactement à égale distance de Thaïes et d'Anaximène, et alors il aurait eu, en 546, non pas soixantequatre ans, mais soixante. D'autre part, Apollodore paraît avoir dit qu'il avait en mains l'œuvre d'Anaximandre, et s'il l'a dit, ce doit être parce qu'il y trouva quelque indication qui lui permit d'en fixer la date sans recourir à une conjecture. Diels suggère qu' Anaximandre peut avoir indiqué l'âge qu'il avait — soixante-quatre ans — au moment où il écrivait, et que le livre renfermait quelque autre indication prouvant qu'il avait été publié en 547-6 ^ Mais cela ne tient peut-être pas suffisamment compte du fait que l'année donnée est justement celle qui précéda la chute de Sardes et la soumission de l'empire lydien par les Perses. Il serait plus plausible de conjecturer qu' Anaximandre, écrivant quelques années plus tard, fit incidemment mention de l'âge qu'il avait à l'époque de cette grande crise. Nous savons par Xénophane que la question : « Quel âge aviez-vous quand le Mède apparut ? » était de celles qu'on aimait à poser en ces temps-là ^. Dans tous les cas, nous avons, semble-t-il, des raisons de croire qu'Anaximandre était d'une génération plus jeune que Thaïes. Quant à la date de sa mort, nous ne savons rien de certain*.
> Diog. II. 2 (R. P. 15); Hipp. Réf. I, 6(Do.r. p. 560; DV 20, 11); Pline .V. H. II, 31 (DV2, 5). La date de Pline vient d'ApoIiodore par l'intermédiaire de Nepos.
2 Rhein. Mus. XXXI. p. 24.
3 Xénophane. frg. 22 (frg. 17, Karsten ; R. P. 95 a). Jacobv (p. 190) jjense qu'Apollodore fixa l'akmè d'Anaximandre quarante ans avant celle de P3'thagore, c'est-à-dire en 572-1 avant Jésus-Christ, et que l'indication relative à son âge en 547-6 est une simple inférence tirée de là.
* L'indication d'après laquelle il « mourut bientôt après » (Diog. II, 2; H. P. 15) semble signifier qu'Apollodore le faisait mourir l'année de .Sardes (546-5), une de ses époques régulières. S'il en est ainsi, Apollodore ne peut pas avoir dit aussi qu'il florissait du temps de Polycrate, et Diels a probablement raison de supposer que cette notice se rapporte à Pythagore, et qu'elle a été insérée à la mauvaise place.
Comme son prédécesseur, Anaximandre se distingua par certaines inventions pratiques. Quelques écrivains lui ont fait honneur de celle du gnomon, mais très probablement à tort. Hérodote nous dit que cet instrument vint de Babylone ; peut-être fut-ce Anaximandre qui le fit connaître aux Grecs. Il fut aussi le premier à dessiner une carte, et Eratosthène prétend que ce fut cette carte qui fut ensuite retouchée par Hécatée K