I. — Caractère cosmologique de la
PHILOSOPHIE grecque A SES DÉBUTS.
Les Grecs ne commencèrent à éprouver les besoins que cherchent à satisfaire la philosophie de la nature et l'éthique qu'après la faillite de leurs vues primitives du monde et de leurs règles traditionnelles de vie. Et ces besoins ne se firent pas sentir tous à la fois. Les maximes courantes de conduite ne furent sérieusement mises en question qu'une fois disparue l'ancienne conception de la nature ; aussi les plus anciens philosophes s'occupèrent-ils uniquement de spéculations sur le monde qui les entourait. Le moment venu, la logique fit son apparition pour répondre à un besoin nouveau. La poursuite des recherches cosmologiques au delà d'un certain point devait inévitablement manifester une profonde divergence entre la science et le sens commun ; cette divergence était elle-même un problème qui demandait solution, et contraignait d'ailleurs les philosophes à étudier les moyens de défendre leurs paradoxes contre les préjugés de la foule ignorante. Plus tard encore, l'intérêt croissant qui s'attachait aux choses de la logique suscita la question de l'origine et de la validité de la connaissance, tandis que, vers le même temps, l'effondrement de la morale traditionnelle donnait naissance à
l'éthique. La période qui précède l'avènement de la logique et de l'éthique a donc un caractère propre et distinctif, et peut sans inconvénient être traitée à part ^