‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 30 sur 240 · XVII. — L'ÉTERNEL MOUVEMENT · texte numérisé non relu

XVII. — L'ÉTERNEL MOUVEMENT

Les doxographes disent que ce fut r« éternel mouvement» qui fit naître «tous les cieux et tous les mondes qu'ils renferment». Comme nous l'avons vu (§ VIII), il n'est pas probable qu'Anaximandre lui-même ait employé l'expression d'« éternel mouvement». Bien plutôt est-ce Aristote qui y a eu recours pour désigner ce que son prédécesseur appelait la « séparation » des opposés. On ne nous dit pas expressément comment celui-ci concevait ^ce pro-

1 Je suis parti de l'idée que le mot âitstpov signifie infini dans l'espace quoique non dans un sens précisément mathématique), et non qualitativement indéterminé, comme le soutiennent Teichmûller et Tannery. Les raisons décisives de croire que le sens du mot est « illimité dans IVspace » sont les suivantes : 1» Théophraste a dit que la substance primordiale d'Anaximandre était ànîtpov et contenait tous les mondes, et le mot Tispié-/etv signifie partout « embrasser, envelopper », et non, comme on l'a suggéré, « contenir potentiellement ». 2° Aristote dit (Phys. Y, 4 208 b 23) : hià yàp t6 èv x'^ voi^aet jat) ÛTroXetTcstv -/.al ô ctpt&fjio; Sozcî âitsipoc eivat xai tÔl [i.a&T][jLaTf/.à [leYÉ&T] .-/al xà e^w xoù oùpavoù' àus.tpou 8' ôvxoç xoù eÇ(u, xai ocûfia àirsipov £ivai 8oxeI xal xoauLoi. 3° La théorie anaximandrienne de l'ôiteipov fut adoptée par Anaximéne, qui identifia l'âueipov avec l'Air, lequel n'est pas qualitativement indéterminé.

cessus, mais le terme de « séparation » fait supposer qu'il s'opérait par des secousses et par un criblage. Or, c'est justement un processus de ce genre que Platon fait décrire au Pythagoricien Timée, et l'hypothèse la plus probable est certainement que là, comme dans beaucoup d'autres cas, il a reproduit une opinion vraiment ancienne. Comme nous le verrons, il est tout à fait vraisemblable que les Pythagoriciens suivirent sur ce point Anaximandre^ Dans tous les cas, c'est un tort d'identifier l\c éternel mouvement» avec la révolution diurne des cieux, comme on l'a fait quelquefois. Il n'est pas possible que ce mouvement soit éternel, pour la simple raison que les cieux eux-mêmes sont périssables. Aristote dit, il est vrai, que tous ceux qui croient que le monde est né se représentent que la Terre a été poussée au centre par le mouvement circulaire - ; mais quoique cette phrase vise certainement Anaximandre à côté d'autres personnes, elle ne prouve absolument rien ici. Elle ne concerne la formation du monde qu'une fois qu'il a été /léfinitivement séparé et enfermé dans son propre ciel, et nous aurons à nous en souvenir quand nous arriverons à cette partie de la théorie. Pour le moment, nous n'avons affaire qu'au mouvement de l'infini luimême, et si nous désirons nous le représenter, il est beaucoup plus sur d'y voir une sorte de secousse de haut en bas et de bas en haut, en suite de laquelle les opposés sortent de la masse infinie.

1 Platon, Tim. 52 e, où les éléments sont séparés par le fait qu'ils sont agités, secoués et emportés en des directions diverses « exactement comme, par des cribles et%les instruments pour vanner le blé, le grain est secoué et criblé, et les parties denses et lourdes vont d'un côté, et les rares et légères sont portées en un lieu différent et s'}' déposent. » Sur la relation du Pythagorisme avec Anaximandre, voir plus loin, I 53.

2 Arist. de Cœlo, B, 13. 295 a 9. L'identification de l'éternel mouvement avec la révolution diurne est défendue avec insistance par Teichmûller, et est l'origine réelle de la très peu naturelle interprétation qu'il donne du mot aitEipov. 11 était évidemment difficile de créditer Anaximandre d ■ la croyance en un corps infini qui se meut circulairement. La théorie tout entière repose sur une confusion entre le xoaaoç

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