‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 33 sur 240 · XX. — La terre et la mer · texte numérisé non relu

XX. — La terre et la mer

Venons-en maintenant à l'examen des textes relatifs à l'origine de la terre et de la mer. Toutes deux sont sorties de la matière froide et humide qui fut « séparée» au commencement et qui remplit l'intérieur de la sphère de flamme :

La mer est ce qui reste de rtiumidité primordiale. Le feu en a desséché la plus grande partie, et transformé le reste en sel en le brûlant. — Aét. III, 16, 1. (R. P. 20 a ; DV 2, 27.)

Il dit que la Terre est de forme cylindrique, et que sa profondeur est égale au tiers de sa largeur. - Ps.-PIut. Strom. fr. 2. (R. P., ib. ; DV, 2, 10.)

La terre plane librement, sans être soutenue par rien. Elle demeure en place parce qu'elle est à égale distance de tout. La forme en est convexe et ronde, pareille à une colonne de pierre. Nous sommes sur l'une des surfaces, et l'autre est du côté opposé \ — Hipp, Réf. I, 6 (R. P. 20 ; DV 2, 11, 3.)

' Les mss d'Hippoh-te ont {lypiv 3-rpoYY'jXov. Hoeper lisait jjp&v [ctpoY- Y'JÀov], supposant que le second mot n'était qu'une glose du premier ; mais Diels a montré (Dox. p. 218) qu'ils sont nécessaires tous les deux. Le premier signifie « convexe » et s'applique à la surface de la terre, tandis que le second signifie « rond » et se rapporte à son circuit. Sur zîovi Xî&u), il est difficile de dire quoi que ce soit de positif. Il ne serait pas impossible que ce fût une simple corruption de x'jÀ(vôpw (cf. Plut. Strom. frg. 2 ; R. P. 20 a ; DV 2, 10); mais s'il en est ainsi, c'est une corruption très ancienne. Aétius (Hl, 10, 2 ; DV 2, 25), qui est tout à fait indépendant d'Hippolyte, a Xî&w y.(ovt; Rœper suggérait xtovéïn Xî&w ; Teichmûller, xîovoç Xî&iu, tandis que Diels songe dubitativement à Xî&oj

Adoptant pour un moment la théorie postérieure des « éléments », nous voyons qu'Anaximandre plaçait le feu d'un côté parce que c'est le «chaud», et tout le reste de l'autre parce que c'est le « froid », qui est aussi humide. Cela peut expliquer comment Aristote en vint à parler de l'Illimité comme d'un intermédiaire entre le feu et l'eau. Et nous avons vu aussi qu'une partie de l'élément humide fut transformée par le feu en «air» ou vapeur, ce qui explique comment il pouvait dire que l'Illimité était quelque chose entre le feu et l'air, ou entre l'air et l'eau ^

L'humide, froid intérieur du monde, n'est pas, on le remarquera, simplement de l'eau. Il est toujours appelé «l'humide» ou «l'état humide». Et la raison en est qu'il doit être différencié encore en terre, en eau et en vapeur sous l'influence de la chaleur. Le dessèchement graduel de l'eau par le feu est un bon exemple dé ce qu'Anaximandre entendait par «injustice». Et nous voyons comment cette injustice amène la destruction du monde. Avec le temps, le feu desséchera et brûlera l'ensemble de l'élément froid et humide. Mais alors il n'y aura plus de feu ; il n'y aura plus que le « mélange » du chaud et du froid, si nous pouvons l'appeler ainsi — c'est-à-dire qu'il se confondra avec l'Illimité qui l'entoure et s'y perdra.

L'idée que se faisait Anaximandre de la terre dénote un grand progrès sur tout ce que nous pouvons raisonnablement attribuer à Thaïes, et Aristote nous a conservé les arguments sur lesquels cette idée s'appuyait. La terre est à égale distance des extrêmes dans chaque direction, et elle n'a pas de raison de se mouvoir en haut, en bas ou de côté '. Néanmoins, Anaximandre n'en vient pas encore à

y.iov(, qui, à ce qu'il suggère, pourrait être la modernisation — due à Théophraste — d'un primitif Xi^érj xtovt (Dox. p. 219).

ï Voir plus haut, p. 58, note 2.

2 Arist. de CaeIo,B, 13. 295 fc 10 : étal hi -civeç oï Stà ttjv ôîiotÔTTjTci <paaiv aÙT>]v (ttjv y^^ ) [Aévetv, wts-Ktp xwv àp^aîojv "Ava^îaavSpoç" [iàXXov |j.£v yàp oùOèv àvu) fj xaTU) ri etç xà TtXâ-^ia. «pépea&ot Tcpoorjxeiv to itzi toù [aéoo'j ISpujjiÉvov xal ô[jLOÎoJc upoç xà layaxa ê^ov. Qu'Aristote reproduise réellement

l'école milésienne 73

se la figurer sphérique. Il croit que nous vivons sur un disque convexe : aussi lui attribue-t-il comme une chose toute naturelle la torme cylindrique. Mais, chose réellement remarquable, il semble avoir compris, quoique obscurément, qu'il n'y a ni haut ni bas dans le monde.

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