‹ L'aurore de la philosophie grecqueChapitre 35 sur 240 · XXII. — Théologie · texte numérisé non relu

XXII. — Théologie

Au cpurs de notre discussion sur les « mondes innombrables », nous avons vu qu'Anaximandre regardait ceuxci comme des dieux. Il est vrai, sans doute, comme le dit Zeller S que pour les Grecs le mot 0z6^ signifiait à l'origine un objet d'adoration, et il ajoute avec raison que personne ne songerait à adorer des mondes innombrables. Ce n'est pas, toutefois, une objection réelle à notre interprétation, quoique cela serve à mettre en lumière un point intéressant dans le développement des idées théologiques grecques. En fait, les philosophes s'écartèrent tout à fait de l'emploi reçu du mot Osoç. Empédocle appelait dieux la sphère et les éléments, quoiqu'il ne soit pas à supposer qu'il les regardât comme des objets d'adoration, et nous constaterons que Diogène d'ApoUonie, d'une manière analogue, parlait de l'air comme d'un dieu °. Ainsi que nous l'apprennent les Nuées d'Aristophane, ce fut justement cette façon de parler qui valut aux philosophes la réputation d'athéisme. Il est très important de ne pas perdre de vue ce point ; en effet, lorsque nous arriverons à Xénophane, nous verrons que par le dieu ou les dieux dont il

~poç Tiij ùsrÉpa, waTî àvaXiaxoaÉvojv tOùv u.'(î)v ôaoîiuc Soxîîv £"/£iv ro îfijjp'jov TO'.ç Tî-pànoaiv. Il n'est pas nécessaire de supposer qu'Anaximandre s'en référait au phénomène ultérieur décrit par Aristote, lequel dit plus d'une fois que tous les -j-aX^oî excepté l'à/av^taç ( mettent bas leurs petits et les réabsorbent » (sçasiâst zal oLyo^Jzai e-'ç ja-j-oûç -ojç vsotioJç, ib. 565 b 23), au sujet de quoi comparer aussi Ael. 1,17; Plut, de soll. anim. 982 a ; de amore prolis 494 c. Le placenta et le cordon ombilical décrits par Johaunes Millier rendent suffisamnunt compte de tout ce que dit Anaximandre. J'ai appris, en outre, que des pécheurs en mer profonde confirment aujourd'hui cette remarquable indication, et deux témoins dignes de foi m'ont informé qu'ils croyaient avoir vu cette scène de leurs propres yeux.

' Zeller, p. 230.

- Sur Empédocle, voir chap. V, § 119 ; et sur Diogène, chap. X, S 188, frg. 5. Les cosmologues suivaient en cela les auteurs de théogonies et de cosmogonies. Personne n'adorait Okeanos et Téthj's, ni même Ouranos.

parlait il entendait précisément le monde ou les mondes. Il semble donc qu'Anaximandre appelait divin l'Illimité luimême S ce qui s'accorde tout à fait avec le langage d'Empédocle et de Diogène, dont nous avons fait mention ci-dessus.

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