XXIV. — Son livre
Anaximène écrivit un livre qui se conserva certainement jusqu'à l'âge de la critique littéraire ; car on nous dit qu'il se servait d'un ionien simple et sans prétentions très différent, nous sommes en droit de le supposer, de la prose poétique d'Anaximandre '. Nous pouvons sans doute nous fier à ce jugement qui, en dernière analyse, remonte à Théophraste ; et il nous fournit une bonne illustration de cette vérité que le caractère de la pensée d'un homme s'exprime à coup sûr dans son style. Nous avons vu que les spéculations d'Anaximandre se distinguaient par leur hardiesse et leur largeur ; celles d' Anaximène sont marquées par les qualités précisément opposées. 11 semble avoir élaboré son système avec soin, mais il rejette les théories, plus audacieuses, de son prédécesseur. Il en résulte que, tandis que sa vue du monde est en somme beaucoup moins près de la vérité que celle d'Anaximandre, elle est plus fertile en idées destinées à durer.